Message du 25 février 1984

Bien chers frères,

Vous avez lu le récit d’une vie mystique et percevez mal le renoncement et la souffrance perpétuels qui imprègnent ces pages. Écoutez donc ceci.

Vous appartenez au Corps Mystique du Christ : vous communiez chaque semaine à Son Corps et à Son Sang et Il vous donne Son Esprit. Observez un corps : chaque membre, chaque organe a une fonction différente et complémentaire des autres. Même les deux mains, même les deux pieds, qui semblent si identiques, ne se comportent pas de la même façon.

Chez le droitier, la main gauche est auxiliaire de la droite pour l’écriture et, tout en n’écrivant pas elle-même, elle soutient la règle qui permet de tracer droit des traits, elle approche l’encrier, elle retient le stylo lorsqu’il faut changer la cartouche. Mais quand il s’agit de soulever un poids très lourd un meuble, une caisse -, elle devient l’égale de la main droite sinon il y aurait déséquilibre. Au clavier de la machine à écrire, les deux mains se complètent ; au piano, l’harmonie surgit de leur combinaison subtile. Ainsi, mélodie et accompagnement mêlés procurent à votre oreille des sons qui la ravissent.

Passons aux pieds : chacun leur tour, ils vous soutiennent ; si l’un trébuche, l’autre vous évite la chute. Eh bien, chers frères, dans le Corps Mystique du Christ, tous les membres sont complémentaires. Si Jésus-Christ s’est livré pour vous, c’est pour que Lui, qui en est la Tête, puisse en influencer directement les membres. Par Son Sacrifice, Il enlève le péché du monde, délivrant ainsi Ses membres de cette tare immonde. Les membres qui suivent la Tête n’ont point à se soucier du lendemain : la Tête pense pour eux, le Chemin est tracé pour eux. Une seule vertu est nécessaire en supplément de l’amour demandé par le Christ : c’est la confiance. Car celui qui ne possède pas la confiance tombe facilement sous l’emprise du Démon…

Il est des êtres qui semblent préservés de la souffrance : ne les jugez pas. Comment savez-vous qu’ils n’ont jamais souffert ? Il est des êtres aimants, épanouis, priants, fraternels que rien ne semble ébranler, nantis qu’ils sont d’une étonnante confiance en leur Dieu et Sauveur. Il est d’autres êtres qui souffrent le martyre en leur corps et en leur âme, en leur cœur parfois, et qui, pourtant, prient et vivent une vie qui semble irréprochable. Dieu ne désire pas voir les hommes être accablés par la souffrance : au contraire, Il aime les voir aimants, épanouis, fraternels ; Il voudrait une terre qui soit un havre de compréhension et d’amour, d’aide et de fraternité, de pardon et de clémence. Il voudrait la justice et Il voudrait la paix. Il ne veut pas la maladie : la maladie provient du péché et souvent de générations antérieures, de mauvaises vies dont les germes sont transmis à la postérité. Jésus, le Christ, n’a-t-Il pas démontré cela par les multiples guérisons qu’Il a accomplies sur cette terre ? L’Esprit de guérison opère encore, chers frères : les charismes n’ont pas été, en effet, le privilège du temps des premiers disciples ! Dieu les accorde parfois à Ses fils pour soulager le monde et y apporter la paix.

Mais si certains membres du Corps Mystique veulent, après une longue préparation ou spontanément, participer aux souffrances de la Tête lorsqu’Elle voit le désordre s’installer dans Ses membres, n’en soyez pas choqués ! Le Ciel tout entier se réjouit de ce qu’une âme puisse accepter de suivre le Christ en Lui offrant des sacrifices personnels, en se privant sur terre de multiples plaisirs dans le but de redresser les membres distordus. Mais cela reste du domaine de l’exception…

Frères, lorsque la main droite est en difficulté, la main gauche ne vient-elle pas immédiatement à son secours ? Et s’il faut couper la main droite, la gauche ne finit-elle pas par assumer totalement le travail de la droite, et la droite ne fait-elle pas encore souffrir la Tête bien qu’elle ne soit plus visible ?

Le Corps Mystique est l’un des plus merveilleux mystères du christianisme (Cf. 1 Co, 12). Notre-Dame y joue le rôle de Médiatrice entre la Tête – Son Fils – et le tronc et les membres – la communauté chrétienne. Elle est la Mère des Victoires Intérieures, la Reine des Armées Célestes qui purifient les cœurs et les âmes. Priez-La, suppliez-La, demandez-Lui Ses Grâces !

Qu’y a-t-il de plus touchant, lorsqu’un enfant tombe et se blesse, que de voir sa maman se précipiter, affolée, le prendre dans ses bras, le consoler, et nettoyer sa blessure, la panser et la surveiller jusqu’à sa cicatrisation ?

Penchez-vous sur le travail positif de renoncement, de sacrifice, de prière accompli par certains hommes qui donnent leur vie au Christ pour leurs frères. Ils se sont offerts pour participer à Sa Croix Rédemptrice dont le but n’est autre que le salut des âmes.

Tout le système humain est soumis à des lois physiologiques et psychologiques qui mêlent intimement le corps et l’esprit. Les savants découvrent et découvriront encore de nombreuses informations sur le fonctionnement cérébral. Ils iront même jusqu’à le modifier, à créer de véritables robots humains et votre science-fiction deviendra réalité. Mais les lois de l’âme étonneront toujours les savants. Malgré leurs expériences, ils contempleront les effets de la Grâce et des charismes avec un rictus qui dénotera leur impuissance à pénétrer les mystères de Dieu. Ah ! chers frères, si le « besoin » de Dieu pouvait apparaître comme une composante nécessaire à l’équilibre humain fragile, combien le monde changerait !… Mais l’homme rejette la spiritualité et désire tout rationaliser. Il parviendra à montrer que ce qu’il nomme l’amour n’est qu’un instinct naturel qui ne fait appel à aucun critère spirituel. Il parviendra à tourner la foi en ridicule, et de nombreux chrétiens perdront confiance : pris au piège de ces élucubrations, ils s’écrouleront, soumis au découragement, à la dépression, au doute, aux ténèbres de l’angoisse et du vide intérieur…

Ils ne devront pas oublier, alors, que toutes les démonstrations des hommes de science portent sur le corps et sur l’esprit, mais que l’âme n’y est pas prise en compte. Elle est une autre composante qu’on a omise parce qu’elle n’apparaît pas concrètement au niveau anatomique. Mais quel est ce pouvoir étrange qui guérit à distance ? qui communique des pensées à distance, même depuis l’au-delà de la vie terrestre ? Quel est ce pouvoir si immense qui parvient aussi à vaincre la mort ? Quelle est cette force qui transporterait des montagnes si l’humain la possédait ? C’est une force de l’âme : celle de la foi, de la confiance et de l’amour. N’oubliez jamais cela, chers frères, car avec l’amour que vous devez montrer chaque jour entre vous, la foi et la confiance font la force des vrais chrétiens.

Ne jugez pas les êtres qui souffrent et offrent leurs souffrances. Ne jugez pas ceux qui semblent délivrés de toute forme de souffrance. Ne souhaitez de mal à personne mais comprenez votre prochain et restez unis. Que la joie d’offrir compense vos souffrances : ceux qui souffrent sans révolte sont aimés de Dieu, et ceux qui offrent leurs souffrances pour qu’elles soient associées à celles du Fils de l’Homme sur Son Autel Céleste sont chéris plus encore… Car ceux qui demandent à participer au Calvaire ne sont pas tous des malades mentaux, frères, loin de là ! Même certains prêtres vont penser cela, et pourtant, vous connaissez des exemples convaincants, n’est-ce pas ? Ces êtres s’offrent en compensation pour les péchés du monde afin que les âmes des pécheurs soient sauvées de la damnation – et croyez qu’à l’époque que vous vivez, cela n’est pas inutile ! À quoi pensez-vous que serve la vie monacale, sinon à se couper du monde pour que vive le monde ? Regardez l’enfant à sa naissance : ne faut-il point couper le lien qui le retient à sa mère pour qu’il continue de vivre ?…

Mais une telle décision n’est pas chose facile, car le Démon prend une puissance terrifiante sur les jeunes âmes qu’il étourdit de plaisirs pour ensuite les déséquilibrer et les diriger plus facilement. Prières, renoncements et sacrifices sont donc plus que jamais nécessaires ! Parfois un simple acte de renoncement suffit à délivrer une âme des Ténèbres. Offrez de multiples petits sacrifices à cette intention. Il n’est pas demandé davantage au commun des mortels. Allez en paix.

+ Vos frères dans la Foi