Message du 31 mai 2020

 MESSAGE DE PENTECÔTE 2020

Bien chers frères,

En ce jour de Pentecôte où la Pâque de Notre-Seigneur s’accomplit dans l’effusion de l’Esprit Saint, qui est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine (1), et où est pleinement révélée la Trinité Sainte (2), l’Église fête ce même Esprit, le Paraclet ou Grand Consolateur, qui vient apaiser vos âmes et vous faire participer à l’ineffable intimité qu’il partage avec le Père et le Fils.

Dieu donne cet Esprit à ceux qui le cherchent et qui lui obéissent (Ac 5, 32). Le Christ vous l’a envoyé d’auprès du Père et il continue de vous l’envoyer à travers sa sainte Église. En effet, au jour de votre Baptême, l’Esprit Saint vient habiter votre âme en état de grâce, et, au jour de votre Confirmation, il vient la combler de la plénitude de ses dons et imprimer en elle une marque spirituelle indélébile (3). Mais ce n’est pas tout ! car en vous revêtant de cette force venue d’En-Haut et en vous nourrissant de son Eucharistie, Notre-Seigneur veut faire de vous des témoins de son amour et d’authentiques missionnaires !

Pourtant, il est, dans les pays occidentaux, peu de jeunes qui continuent à fréquenter régulièrement les sacrements de l’Église à l’issue de leur première communion ou de leur profession de foi, et encore moins qui reçoivent le sacrement de Confirmation. C’est un très grand malheur pour leur âme ! En conséquence, nous invitons évêques, prêtres et parents à réfléchir sérieusement sur les causes d’une telle inconstance…

Afin de vous aider, amis, à mieux connaître les dons de l’Esprit Saint, nous vous invitons aujourd’hui à méditer sur le premier de ces dons, qui est la Sagesse – celle-là même que Dieu, le Père tout-puissant, mit en œuvre dès l’origine pour réaliser la Création :

« Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela, ta sagesse l’a fait ;
la terre s’emplit de tes biens. »  (Ps 104 (Vulg. 103), 24)

Et celle-là même dont il combla Marie de Nazareth, la Nouvelle Ève, en la préservant, dès l’instant de sa conception, du Péché Originel, pour qu’elle portât en son sein Jésus, son Fils bien-aimé :

« Elle est, en effet, plus belle que le soleil,
Elle surpasse toutes les constellations » (Sg 7, 29)

Tout d’abord, il serait bon que vous lisiez ou relisiez, dans votre Bible, le livre de la Sagesse de Salomon, et vous comprendrez, à l’issue de cette lecture, que le « sage » selon Dieu n’est pas un devin ni un mage aux pouvoirs qui émerveillent ceux qui l’approchent – tel un Simon le magicien (cf. Ac 8, 9-25) – mais un authentique chrétien possédant l’amour et la connaissance de Dieu confessé comme Père, Fils et Saint-Esprit.

Le « sage » est aussi celui qui, par son humilité et par sa foi, place en Dieu le Père sa confiance et son espérance ; celui qui se nourrit de sa Parole et s’unit à lui dans la prière et dans le sacrement de l’Eucharistie, Pain vivant et Manne céleste ; celui qui fait reposer sa tête sur la poitrine de Jésus et s’abandonne entièrement à sa divine volonté ; celui, enfin, qui se laisse embraser du feu de son amour pour mieux aimer le Christ et mieux aimer son prochain.

Cependant, Dieu « se laisse trouver par ceux qui ne le tentent pas, il se révèle à ceux qui ne lui refusent pas leur foi » (Sg 1, 2). C’est pourquoi, si vous voulez être éclairés par la Sagesse, vous ne devez point rejeter Dieu a priori sans même savoir qui il est, ni le considérer avec l’œil dubitatif du philosophe ou de l’homme de science agnostique ou athée. Ne fermez pas, chers frères, votre cœur à l’amour de Dieu ni à la foi en son Fils Jésus-Christ ni aux dons de son Esprit, car ce serait là une bien grave erreur ! Au contraire, approfondissez et nourrissez votre foi par la lecture d’ouvrages de spiritualité, sans, bien sûr, pour autant négliger votre devoir d’état.

Et ne pensez pas qu’en vous tournant vers d’autres « religions » que la vôtre – la religion catholique, que beaucoup d’entre vous connaissent, en fait, si mal – vous allez pouvoir découvrir la Sagesse ! Au contraire, séduits par des thèses polythéistes voire panthéistes, ou happés par des sectes qui refusent la Trinité Sainte, fascinés par des doctrines plus ou moins ésotériques ou attirés dans les filets de l’hérésie, vous vous éloigneriez dangereusement de la Vérité. Et il serait tout aussi nocif pour votre âme d’aller, par esprit de syncrétisme, puiser de droite et de gauche parmi les différentes « religions » les doctrines qui vous semblent les plus alléchantes, car tout cela n’est que construction purement humaine et relève de l’illusion !

Imaginez, chers frères, le corps d’un défunt élégamment vêtu, habilement maquillé, coiffé et gratifié d’yeux de verre de la couleur de ses vrais yeux grâce au savoir-faire d’un thanatopracteur : il semble plus vivant que nature, mais ce n’est qu’illusion ! En vérité, il en est ainsi de la véracité de toutes les croyances qui ne confessent pas notre Seigneur Jésus-Christ comme vrai Dieu et vrai Homme.

Parallèlement, imaginez le corps sans vie de Jésus crucifié, descendu de la Croix : une dépouille froide et ensanglantée qui « n’avait plus figure humaine » et dont « l’apparence n’était plus celle d’un homme » (Is 52, 14). Il était bien mort, et personne ne pouvait imaginer qu’il allait ressusciter ; mais au matin du troisième jour, ce même corps, glorifié, surgissait du tombeau, et Jésus, bien vivant, se montrait à ses Apôtres : « Voyez mes mains et mes pieds, leur dit-il ; c’est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai » (Lc 24, 39). Et comme, dans leur joie, ils ne le croyaient pas encore, il leur demanda même quelque chose à manger et consomma devant eux le morceau de poisson grillé qu’ils lui présentèrent (cf. Lc 24, 41-43).

Alors, amis, est-il un autre Dieu que celui des chrétiens qui ait vaincu la mort pour ressusciter l’humanité à sa suite et entraîner les justes jusqu’aux Cieux, où il règne aujourd’hui éternellement à la droite du Père dans la communion de l’Esprit ? Est-il un autre Dieu qui se soit incarné par pur amour pour sa créature afin de la nourrir de son enseignement, de son Corps sacré et de son précieux Sang ? Est-il un autre Dieu qui ait fait, à travers son Fils et par l’action de l’Esprit Saint autant de miracles et autant de prodiges – que vous pouvez retrouver, en partie, consignés dans le Nouveau Testament ? Est-il, enfin, un autre Dieu qui ait vécu le martyre, ait été crucifié et soit mort – « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1 Co 1, 23) – pour racheter l’homme-pécheur de la Faute Originelle ? La réponse est : non !

Chers frères, soyez sérieux et ne vous tournez pas vers l’illusion alors que vous avez tout à portée de main pour accéder à la Vérité. Car, vous l’avez compris, c’est lui, Jésus, le Christ, le Verbe de Dieu, Deuxième Personne de la Trinité Sainte. Et il n’y en a pas d’autres qui eussent le droit de dire : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi » (Jn 14, 6) ! – ce qui signifie que c’est vers lui et vers lui seul que nous vous convions à aller si vous voulez accéder à la Sagesse !

Ensuite, si d’autres « religions » excitent votre curiosité, vous pourrez toujours leur accorder quelque attention. Mais il faut que cette curiosité soit seulement de nature intellectuelle et ne nuise en rien à la relation de filiation et d’amour que vous aurez contractée avec Dieu par votre Baptême, fait croître par votre Confirmation, et enrichie par le sacrement de l’Eucharistie et votre fidélité à l’Église une, sainte, catholique et apostolique.

C’est à la Sagesse, chers frères, que vous devez tous aspirer, en vivant une vie sainte et toute tournée vers Dieu, à l’instar de celle de la Bienheureuse Vierge Marie, fêtée demain comme Mère de l’Église (4), dont la foi fut totale et exemplaire, car « la Sagesse n’entre pas dans une âme malfaisante, elle n’habite pas dans un corps tributaire du péché » (Sg 1, 4).

Cependant, n’allez pas vous imaginer que vivre en Dieu soit réservé aux seuls ecclésiastiques ou habitants des couvents, ou consiste à se priver de toute joie et de toute satisfaction terrestre ; cela n’aurait aucun sens ! Ces messages vous le rappellent régulièrement : Dieu aime chacune de ses créatures – dont il ne veut que le bonheur – et il aime sa Création, qu’il a confié à l’homme (cf. Gn 1, 28-29) pour qu’il en fasse bon usage dans un esprit de foi, d’espérance et de charité.

Dieu réprouve seulement l’indifférence, l’irrespect, la trahison et la méchanceté que l’homme peut montrer à son égard, ainsi qu’à l’égard de tous les hommes car quiconque médit, calomnie, profère des paroles injustes ou irrespectueuses envers son prochain pèche doublement : non seulement parce qu’il fait mauvais usage de sa langue mais aussi parce que celui qui l’écoute risque également de colporter ses jugements (cf. Rm 2, 1-2). « C’est le monde du mal, cette langue placée parmi nos membres : elle souille tout le corps », dit Jacques dans son Epître (cf. Jc 3, 6).

Votre Père du Ciel, chers frères, a envoyé son Fils sur la Terre pour y semer la paix et l’amour. Cet amour, c’est le premier des Commandements, et il consiste justement à vivre selon les Commandements (cf. 2 Jn 6) ! La Sagesse est l’un de ses fruits. C’est pourquoi « contre la Sagesse, le mal ne prévaut pas » (Sg 7, 30). Ainsi, la Sagesse réprouve toutes les pensées, toutes les paroles et toutes les actions qui vont à l’encontre de l’amour, et, par là même, du respect du prochain et de la vie depuis la conception jusqu’à la mort ; elle réprouve aussi celles qui nuisent à la pureté du corps, temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19), et à la pureté de l’esprit – en particulier à l’innocence des petits enfants (cf. Mt 18, 6).

À l’inverse, la Sagesse chérit la paix, la douceur, le bon sens, l’honnêteté, la vertu, la fidélité, l’équité, la vérité, la charité, la liberté des enfants de Dieu (cf. Ga 5, 13), et « Dieu n’aime que celui qui habite avec la Sagesse » (Sg 7, 28). La Sagesse protège les justes. Elle les guide sur le chemin de la sainteté et les assiste, démasquant toutes les dérives : hérésies et déviances, idolâtrie et superstition, mensonge et supercherie, envie, jalousie et corruption. C’est pourquoi, chers frères, elle est le don de l’Esprit-Saint que vous devez ambitionner en premier (5), et que nous vous invitons à demander inlassablement à votre Père du Ciel :

« Dieu des Pères et Seigneur de miséricorde,
Toi qui, par ta parole, as fait l’univers […],
avec toi est la Sagesse, qui connaît tes œuvres,
et qui était présente quand tu faisais le monde ;
elle sait ce qui est agréable à tes yeux
et ce qui est conforme à tes commandements.
Mande-la des cieux saints,
de ton trône de gloire envoie-la,
pour qu’elle me seconde et peine avec moi,
et que je sache ce qui t’est vraiment agréable ;
car elle sait tout et comprend tout.
Elle me guidera prudemment dans mes actions
et me protégera par sa gloire. » (Sg 9, 1. 9-11)

Que le Paraclet, Esprit de puissance et de paix, vienne, en ce jour béni, au secours de votre faiblesse (cf. Rm 8, 26), chers frères. Qu’il vous comble de ses grâces et vous éclaire de sa lumière.

+ Vos frères dans la joie de Pentecôte

(1) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 731.
(2) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 732.
(3) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 1304.
(4) Cf. Le 21 novembre 1964, lors de son discours de clôture de la troisième session du Concile Vatican II, le saint pape Paul VI a proclamé « Mère de l’Église » la Bienheureuse Vierge Marie. Le 11 février 2018, à l’occasion du 160e anniversaire des apparitions de Lourdes, le pape François instituait la mémoire obligatoire de la Bienheureuse Vierge Marie « Mère de l’Église » le lundi de Pentecôte.
(5) v. Sg 9, 6-11.

 

Nihil obstat : Abbé Marc-Antoine Fontelle
Imprimatur : + Mgr Gilbert Aubry