Message du 23 mai 2020

Bien chers frères,

Comme notre Seigneur Jésus-Christ (cf. Lc 2, 40), qui a grandi auprès de sa Mère, la Très Sainte Vierge Marie, et de Joseph, son père putatif, tout enfant est appelé par Dieu à grandir en taille, à se fortifier, à se remplir de sagesse et à accueillir en lui la grâce de son Créateur auprès d’un père et d’une mère. Et ceux-ci sont censés « l’élever » – c’est-à-dire  le « faire grandir » – à leurs côtés dans le domaine physique, grâce à une alimentation saine et équilibrée et à des exercices corporels ; dans le domaine affectif, en lui prodiguant tout l’amour nécessaire à l’épanouissement de sa personne et de son identité humaine ; dans le domaine intellectuel, en confiant la charge de son instruction à des enseignants chevronnés ; dans le domaine moral, en l’éduquant à toujours faire le bien, à aimer son prochain et à respecter les Commandements ; et enfin, dans le domaine spirituel, en lui apprenant à aimer son Père du Ciel et à aimer Jésus, notre Seigneur, à se reconnaître devant lui pécheur et à confesser ses fautes auprès d’un prêtre chaque fois que nécessaire, à participer à la sainte messe et à se nourrir de l’Eucharistie, et, bien sûr, à accueillir en lui les dons du Saint-Esprit sous la douce tutelle de la Vierge Marie, qui est Mère de l’Église et notre Mère à tous.

En vertu de tout cela, les enfants doivent aimer leurs parents et leur témoigner respect et reconnaissance (1) parce que ces derniers leur ont donné la vie. Il plaît à Dieu que les enfants soient conçus dans l’amour et élevés sainement dans la foi catholique. Si certains enfants, une fois devenus adultes, clament avec aigreur qu’ils n’ont jamais demandé à vivre, c’est qu’ils n’ont pas été conçus ni élevés dans les meilleures conditions et que la partie a été faussée dès le départ. Pourtant, tout être humain est appelé au bonheur et sa croix peut être rendue plus légère s’il se met à l’école de Notre-Seigneur, qui vient alors lui apporter son aide (cf. Mt 11, 28-30).

Il est malheureusement de plus en plus fréquent, aujourd’hui où les exigences morales passent au second plan, que les enfants ne soient pas le fruit d’un amour authentique, vécu dans le cadre d’un Mariage chrétien, et qu’ils soient élevés dans des familles « décomposées », « recomposées », ou, tout simplement, pas élevés du tout ! C’est pourquoi nul ne doit s’étonner qu’ils en portent plus tard les séquelles sur le plan affectif, comportemental, et même intellectuel et spirituel. Cependant, il faut le dire, il s’agit là d’un moindre mal par rapport à l’avortement provoqué, qui n’est pas un acte anodin mais un acte gravement contraire à la loi morale (2).

C’est pourquoi le Ciel tout entier supplie les femmes de ne jamais avoir recours à cette pratique criminelle. Quoi qu’en disent vos lois humaines (3) ou certains hommes de science (4), tout fœtus doit être considéré comme un enfant dès sa conception, et nombreuses sont les femmes qui n’en prennent conscience qu’une fois que l’acte irréparable a été commis, et ne s’en remettent jamais ! C’est pourquoi il serait bon que de solides structures pourvues de personnels compétents soient de plus en plus développées, d’abord pour éduquer jeunes filles et jeunes femmes afin qu’elles soient parfaitement instruites de cela, et, si elles se trouvent d’être enceintes, pour les assister pendant tout le temps de leur grossesse plutôt que de les inciter à éliminer sans état d’âme l’enfant avant terme si elles ne veulent pas de lui (5). Ensuite, ces mêmes structures peuvent recueillir l’enfant et l’orienter vers une adoption dans les meilleures conditions et les meilleurs délais.

Cependant, combien les hommes, de leur côté, devraient apprendre à se maîtriser et à se comporter en êtres responsables ! Car beaucoup, par égoïsme et insouciance, préfèrent céder à la concupiscence de la chair et inciter ensuite leur compagne à avorter, ou, si la grossesse est préservée, abandonnent carrément la mère et se désintéressent complètement de l’enfant et de son éducation.

En outre, pour ce qui est des enfants, combien aujourd’hui, ne connaissent pas leur père, ou sont les victimes impuissantes des querelles de leurs parents, de leurs violences conjugales, et même de leur séparation ! Combien d’enfants se trouvent déstabilisés par un papa qui leur semble indifférent ou qui n’assume pas son rôle, par l’absence d’un papa, ou, à l’inverse, par tous les « papas » que leur mère invite ponctuellement chez elle dans le but de combler ses propres blessures affectives ! Combien se voient meurtris par une mère toxicodépendante, esclave de substances illicites, d’antidépresseurs, d’anxiolytiques, d’alcool ou de la cigarette, qui est elle-même victime de ses propres blessures ou maltraitances du passé et souvent aussi du présent ! Autant de critères qui font que ces enfants risquent de ne pas être « chimiquement » ni psychologiquement parés pour affronter la vie avec une âme saine dans un corps sain.

Doivent également être prises en compte les multiples transformations sociétales qui, sous prétexte de modernité, n’en déstabilisent pas moins la cellule familiale et les mœurs en général. C’est d’abord le cas de la contraception, qui vise à un usage libre et facile de la sexualité conçue comme une simple recherche de plaisirs charnels, s’opposant en cela à une régulation des naissances saine et responsable, fondée sur des « méthodes » naturelles et la bonne volonté des couples (6).

Vient ensuite la question de l’équilibre à trouver, au sein de chaque famille, entre les études, le travail des parents, leurs ressources financières et l’éducation des enfants. En tout cela, ce qui devient invariablement problématique est la question du « moi d’abord ! » et la recherche sans concession de ce que l’homme ou la femme nomme son propre « épanouissement » au détriment de l’autre, et surtout des enfants.

Enfin, compte-tenu de tous ces paramètres, les enfants se voient de plus en plus souvent éloignés de leurs parents et confiés à des crèches, à des garderies ou – et c’est un moindre mal – à de généreux grands-parents ; puis ils vont à l’école dans un milieu laïcisé où la foi catholique et ses valeurs morales n’ont que peu de crédit et peu droit de cité.

Devenus adolescents, ces enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes face à la domination des médias et de l’informatique, à la puissance tentaculaire d’Internet, au pouvoir abêtissant de jeux stupides et de musiques infernales, au despotisme de la pornographie, qui anéantit leur innocence, et à l’emprise des téléphones portables, dont les écouteurs les coupent, jusqu’à l’autisme, de la réalité extérieure. Sans compter tous les déséquilibres et toutes les maladies physiques et psychiques que l’utilisation sans retenue de ces nouvelles technologies risque d’engendrer chez eux dans l’avenir.

Vous pouvez aussi imaginer, chers frères, ce qu’il adviendra des enfants qui, avec l’assentiment de la loi, ne connaîtront jamais leurs parents biologiques, ou qui vivent avec deux « papas » ou deux « mamans ». Nous entendons déjà les hauts cris que vont pousser ceux qui s’opposeront à nos propos, mais, sachez-le bien :« leur esprit même et leur conscience sont souillés » (Tite 1, 15) par l’égoïsme et par la concupiscence. Cela doit être dit ! Car notre rôle, amis, n’est pas d’aller dans le sens où va le monde, mais de vous rappeler avec force et autorité comment il plaît à Dieu que vous viviez, c’est-à-dire en adultes responsables. Nous, « nous sommes de Dieu. Qui connaît Dieu nous écoute, qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas. C’est à quoi nous reconnaissons l’esprit de vérité et l’esprit de l’erreur » (1 Jn 4, 6).

Ce qui plaît à Dieu, en effet, c’est que sa créature respecte les lois de la Création (cf. Gn 1, 27), c’est-à-dire que l’homme s’unisse à sa femme pour ne faire plus qu’un (cf. Gn 2, 24) et donne naissance à des enfants dans les meilleures conditions et de façon raisonnable. Tout le reste n’est qu’égoïsme ou perversité. Malheureusement, lorsque des comportements moralement répréhensibles qui portent gravement atteinte à la dignité du Mariage chrétien sont encouragés par des médias antireligieux, ils finissent invariablement – et pour le plus grand malheur des âmes – par s’intégrer petit à petit dans la « normalité » sociale (7). Et quand des chefs d’États libertaires légalisent et encouragent des pratiques intrinsèquement désordonnées propres à des minorités (8) par souci d’égalitarisme, ils font là l’œuvre du Diable, car il s’agit, en vérité, de faux amour et de fausse tolérance ! Mieux vaudrait apporter à ces personnes une aide psychologique et spirituelle solide, tendant vers l’idéal évangélique, plutôt que de les laisser s’engluer dans leur péché, où elles subissent, impuissantes, les conséquences récurrentes de leur mal-être. Et vous ne pouvez pas imaginer, amis, à quel point tout cela risque, avec le temps, de dégénérer…

Si donc vous laissez se désagréger ce noyau le plus précieux qu’est la famille en n’y apportant pas tout l’amour nécessaire, toute la foi nécessaire et toute l’espérance nécessaire, si vous laissez la société pervertir peu à peu l’innocence de vos bambins sans avoir défini avec eux les limites de leur liberté, vous ne devrez pas vous étonner des conséquences dramatiques que tout cela finira par avoir sur leur psychologie – conséquences qui se répercuteront inévitablement sur leur vie d’adultes et sur la société tout entière.

Notre devoir, chers frères , est de vous rappeler inlassablement ce qui est conforme à la saine doctrine (cf. Tite 2, 1) et de vous mettre en garde contre l’esprit de l’Antichrist, qui sévit aujourd’hui dans vos sociétés dites « civilisées », où la morale s’étiole et où l’homme et la femme finissent par adopter, au nom de la liberté et par le truchement de leur esprit tordu, des comportements indignes de leur humanité. Lorsque Jésus et les Commandements sont bannis d’une société pour quelque raison que ce soit, l’Adversaire, en effet, en devient le maître, et, au lieu d’être sous la tutelle du bon sens, de la charité et du bien, cette société se place sous la tutelle de l’arbitraire, de l’égoïsme et du mal. C’est pourquoi vous, chrétiens, devez vous préparer à la résistance et à l’opposition – une résistance qui se voudra, pour le moment, toute pacifique, par la prière, le jeûne, et la sainteté de votre vie afin d’influer sur le cœur de Dieu pour qu’il convertisse les âmes.

Pour les enfants vivant aujourd’hui dans des conditions difficiles auprès de parents peu équilibrés, ils doivent se faire aider par des professionnels compétents. Mais ils doivent aussi comprendre, s’ils aiment leurs parents, qu’il n’est jamais opportun de rendre le mal pour le mal, et que le respect filial doit toujours rester de mise : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21), dit Paul. Condamner, se rebeller ou en venir aux mains et à la violence ne sont pas les meilleures des solutions pour faire avancer les choses.

Il est bon que les enfants comprennent qu’ils ne sont pas, la plupart du temps, responsables des problèmes de leurs parents, et que, au fur et à mesure qu’ils progressent en maturité, ils doivent, s’ils veulent que leur Père du Ciel leur pardonne leurs propres fautes, pardonner à leurs parents leurs faiblesses et de leurs imperfections (cf. Mt 6, 9-13) et continuer à les aimer coûte que coûte. C’est cela qui est agréable au Seigneur, même si ce n’est pas facile ! Et lorsque des situations deviennent inextricables à cause de violences verbales ou d’atteintes aux personnes, il est bon que cette maturité leur permette, sans avoir l’impression de trahir leurs parents, de s’en ouvrir à d’autres adultes qui puissent leur apporter leur concours : médecins, thérapeutes, juristes, prêtres, amis des parents, etc.

Que Notre-Seigneur, sa très sainte Mère et Joseph vous aident, avec l’assistance de l’Esprit Saint, à comprendre tout cela, et qu’ils vous bénissent.

+ Vos frères dans la Vérité

 

(1) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2214 à § 2220.
(2) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2270 et § 2271.
(3) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2273.
(4) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2274 et § 2275.
(5) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2272.
(6) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2366 à § 2379 ; v. Message du 3 juillet 1986 de Vos frères dans la Pureté, Un Souffle qui passe…, Tome 1 ; v. Discours de saint Paul VI aux Équipes Notre-Dame du lundi 4 mai 1970 (https://w2.vatican.va/content/paul-vi/fr/speeches/1970/documents/hf_p-vi_spe_19700504_notre-dame.html).
(7) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2351 à § 2354 ; § 2380 à § 2387 ; § 2389 à § 2391.
(8) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, § 2357 à § 2359.

 

Nihil obstat : Abbé Marc-Antoine Fontelle
Imprimatur : + Mgr Gilbert Aubry