Message du 19 août 1988

(Au messager et à son frère spirituel après qu’ils
ont nettoyé, avec leurs amis, une chapelle dédiée
au saint Curé d’Ars)

Mes chers enfants,

Je vous remercie pour votre bonté à mon égard : Notre Seigneur vous rendra tout cela au centuple. Et moi, je vais continuer de vous aider à corriger vos défauts pour vous conduire à mieux aimer notre bon Père du Ciel.

Vous manquez encore, mes enfants, de patience et de douceur, que ce soit entre vous ou vis-à-vis de votre entourage. Toi, mon fils, tu restes trop prompt à critiquer la corruption du monde et ton esprit compétitif te pousse parfois à des actes que certains jugent d’un œil réprobateur. Conserve plus de simplicité et adresse tes remarques directement au Bon Dieu : Il t’apprendra à ne pas parler inutilement et à ne pas agir sans réflexion. Car tu n’es pas toujours raisonnable. Même dans les petites choses, tu dois rester vigilant. Interroge-toi toujours sur la portée de ce que tu vas faire : sera-ce vraiment utile sur le plan humain ? sur le plan spirituel ? Dans le doute, tourne-toi vers tes amis du Ciel et ils te communiqueront leur avis. Tu sais que ton entourage est souvent porté à te juger, surtout à travers les petits détails de la vie de tous les jours, parfois même sévèrement, et tu t’évertues néanmoins à dévoiler les faiblesses de ton caractère. Pris de remords, tu reconnais bien vite ton erreur, mais il est trop tard : le jugement reste impitoyable !

Fais donc des efforts, mon cher fils, pour rester patient en toute chose. Dans l’épreuve, ne te plains pas, garde le silence et pense que tu as de la chance. C’est que le Bon Dieu veut voir où en est Son enfant : dans des embouteillages interminables, face à de mauvais conducteurs, avec des personnes qui éprouvent sa patience en lui barrant la route, en lui apportant la controverse, en le critiquant ou en lui faisant des remarques désagréables.

Mon fils, tu dois conserver dans ton cœur un poids de douceur supérieur à celui des attaques et des contrariétés afin que rien ne trahisse chez toi l’impatience ou le manque d’amour. Préfère le mot juste aux détours tièdes, le silence et l’isolement passager aux répliques blessantes ou irréfléchies. Sois franc avec une grande douceur afin que ton entourage reconnaisse en toi un instrument authentique de l’Esprit Saint. Il faut à présent marcher plus vite et plus loin, mais la pente est difficile et ces petits détails te feront acquérir plus de sagesse.

Quant à ton frère spirituel, qui se réjouira de ces quelques paroles, il a lui aussi beaucoup à apprendre. Qu’il ne soit point toujours à juger les autres en fonction de sa propre façon de faire ou de celle de sa famille comme si la perfection y avait déjà été atteinte ! – et à s’emporter et colérer dans les moments où son amour-propre est piqué au vif.

C’est la voix de la sagesse que je viens vous apporter, mes enfants, celle qui doit vous aider à vous parfaire. Dans une amitié authentique, le bonheur et les intérêts de l’un sont en parfait accord avec le bonheur et les intérêts de l’autre. Ainsi, quand l’un des amis se voit complimenté pour quelque raison, l’autre s’en réjouit aussitôt comme si cet éloge lui avait été adressé à lui-même. Quand l’un des amis est gratifié d’un don, quel qu’il soit, l’autre s’en réjouit également, car ce qui est au premier appartient au second et ce qui est au second appartient au premier. Je ne saurais assez vous faire l’éloge de cette sorte d’amitié, mes chers enfants, et, voyant qu’elle peut être possible entre vous pour rayonner sur la communauté, je l’encouragerai à devenir plus belle encore. Entre amis, les croix, les faiblesses, les déceptions, les peines, tout doit être partagé sans réticence sinon il n’y aurait pas d’amitié. Comment un véritable ami pourrait-il juger l’autre ? S’il le fait, c’est que son cœur est encore trop dur, trop personnel, trop égoïste. C’est qu’il pense d’abord à son intérêt propre et non à celui de l’autre.

Que les amis soient donc entre eux des modèles de douceur, de compréhension, de tendresse et de charité. Qu’ils restent de véritables frères unis par des liens bien plus forts que ceux du sang, des liens que le Bon Dieu a voulus et qu’Il se plaît à resserrer au fil du temps. Soyez patients, mes enfants, et demandez au Bon Dieu la paix intérieure. C’est elle qui vous permettra de vaincre vos tribulations et d’apaiser vos doutes.

Comme la vie des uns et des autres serait facile si les desseins des hommes correspondaient à ceux de Dieu ! Mais malheureusement, l’homme cherche trop souvent un accomplissement personnel copié sur la société humaine dans son ensemble, et le Bon Dieu est repoussé au second plan ou oublié totalement. Sachez donc L’aimer comme II l’attend.

À présent, écoutez ceci, mes enfants. Lorsque vous avez dîné et que vous souhaitez ranger deux assiettes sur une étagère d’un placard, vous vous assurez qu’elles sont bien propres et bien sèches et que leurs formes correspondent pour se bien encastrer l’une dans l’autre et ne point glisser, sinon l’une ou l’autre ou les deux ensemble tomberaient et se briseraient. Si l’une, l’autre ou les deux étaient sales au moment du rangement, la saleté de l’une viendrait imprégner l’autre, ou les deux se maculeraient réciproquement et finiraient par se coller entre elles. Il faudrait peut-être les casser pour les séparer et elles ne pourraient plus servir. Mais deux assiettes toujours bien lavées après qu’elles ont servi s’encastrent parfaitement et sont chaque fois prêtes à contenir de nouveau la nourriture des hommes. Qu’il en soit de même pour vous, mes chers enfants : si votre âme est propre, vous serez toujours en mesure de donner aux autres une saine nourriture, celle de votre perfection. Mais si de mauvais sentiments, de mauvaises pensées, des actes d’orgueil ou d’égoïsme, des accès de colère, d’amour-propre, de méchanceté, viennent ternir les réceptacles d’amour que vous devez être, vous ne parviendrez pas à créer l’harmonie entre vous. Car c’est par le Bon Dieu que passe l’harmonie, par Son Amour de Perfection.

Ne vous attaquez donc pas entre vous ni ne vous emportez. Regardez les problèmes humains avec les yeux de la compassion et ne vous querellez pas pour des questions stupides. Lorsque l’amour a manqué à un petit enfant, cela crée en lui des taches douloureuses qui le poussent parfois, à l’âge adulte, à adopter des comportements excentriques ou marginaux dus à cette regrettable carence. Cependant, il ne doit pas pour autant conserver un mauvais caractère, de crainte d’exaspérer les autres et de se voir rejeté.

Laissez-vous éduquer par le Bon Dieu, mes chers enfants ! Vivez sainement et sachez reconnaître la valeur de chaque chose sans pour autant accorder à certaines plus d’importance qu’elles n’en méritent. Vous avez parfois entre vous des idées différentes. En Dieu, tout est unité. Que ceux qui sont excentriques dans leurs jugements apprennent à les modérer et que ceux qui font fi de détails importants apprennent à les prendre en considération. Il en est de même en matière spirituelle : lavez vos assiettes, mes enfants, et ne les rangez pas ensemble si elles n’ont été débarrassées de toute cette mangeaille humaine de défauts et de vices, si chère à la table du Prince des Ténèbres.

Je suis si triste lorsque je lis des pensées de trouble, d’opposition, de doute, d’égoïsme en vous. Retirez-vous au fond de vous-mêmes, en présence de Notre Seigneur et voyez quelle mangeaille humaine entache encore vos assiettes. Acceptez les épreuves que le Bon Dieu permet que vous subissiez pour vous purifier, afin qu’Il puisse mieux se révéler à votre âme et lui confier Ses desseins.

Merci pour ces fleurs que vous m’apportez, mes enfants. Moi, ce sont des pensées du Ciel que je vous donne. Au Ciel, nous sommes comme des assiettes empilées autour de Dieu. Chacune est encastrée dans l’autre parfaitement. Aucune n’a conservé de tache, car le nettoyage du Purgatoire, qu’il soit bref ou plus long – puisque tels sont les termes que vous pouvez comprendre – rend chacune d’elles blanche et lisse à l’image des autres. Nous attendons à présent le Grand Banquet de Dieu, celui du Dernier Jour. Alors, disposées sur la nappe blanche autour de la grande table, nous recevrons la nourriture d’Éternité, celle qui ne donne plus jamais faim ni plus jamais soif.

Soyez donc bons entre vous, mes enfants, pour acquérir de tels bienfaits. Vaquez à vos devoirs spirituels et n’oubliez pas que vous ne deviendrez crédibles pour votre entourage que dans la mesure où votre comportement sera en accord avec votre foi. Ainsi donc, si vous prêchez la bonté, soyez doux. Si vous prêchez la patience, ne vous montrez pas colères, si vous avez soif de vérité, ne faites pas de mauvais esprit, si vous aspirez à l’ordre et à la propreté, ne répugnez pas à aider ardemment au nettoyage et au rangement non seulement pour faire œuvre de charité auprès des autres, mais aussi chez vous, dans l’intimité de votre propre demeure. Que chaque chose ait une place bien à elle afin que vous ne perdiez point de ce précieux temps que le Bon Dieu vous donne à toujours chercher quelque objet, et que vous évitiez d’accuser votre entourage de l’avoir pris ou rangé à un autre endroit.

Apprenez aussi à planifier votre temps et à organiser votre vie afin qu’elle soit à tout instant emplie de Dieu. Même dans la joie des loisirs partagés, prenez la peine de rendre grâce intérieurement à Notre Seigneur pour les bontés qu’Il vous accorde. Même dans le travail, où doivent s’exercer le jugement, la patience, l’effort, sachez tenir bon grâce à votre Père du Ciel et ne jamais vous décourager. Restez attentifs aux autres et toujours charitables. Écoutez la voix intérieure qui vous conduit au bien et profitez de ces derniers jours de vacances pour vous tourner davantage vers le Bon Dieu et fortifier votre vie intérieure.

Les futilités de l’humaine nature sont si vaines ! Allez au but sans détours, mes chers enfants. L’objectif commun doit être visé par tous, sinon ce sera la déception, le désespoir, le regret. Chacun doit marcher à son rythme, certes, mais le pas assuré des uns n’est-il pas là pour entraîner les autres ? Certains abandonnent, attirés par le monde, mais les prières des autres doivent les tirer comme des remorqueurs. Aidez les ignorants, mes enfants, ceux qui ont soif de Dieu. Faites-leur découvrir ce que vous savez et ramenez à la Sainte Église ceux qui s’en sont écartés. Que l’effort soit votre devise.

Mon fils, ton frère spirituel et toi devez vous soutenir d’une manière permanente. Des liens spirituels unissent vos familles. Ainsi l’a voulu le Bon Dieu. Reprenez-vous lorsque cela vous paraît utile. Ménagez-vous des moments de discussion en dehors du groupe lorsque vous êtes tous ensemble. Cela vous est nécessaire, tous doivent le comprendre. Ensuite, vous repartirez plus forts et plus emplis de Dieu. Chassez l’un et l’autre vos réticences mutuelles à vous parler avec le cœur et avec douceur. Toi, mon fils, lorsque tu as une observation à formuler, tu crains d’être désagréable à ton frère et t’enfermes dans le silence. Quant à lui, il rumine intérieurement ses remarques, ses doutes, ses jalousies, son agressivité. Cependant, ne vois-tu pas que lorsque tu as parlé, vos cœurs se sentent tous deux soulagés ? N’hésite donc pas à le faire au lieu de discuter de tout et de rien. Ton frère et toi possédez le même objectif, et lorsqu’il s’agit d’aider l’autre à progresser, ni lui ni toi ne devez hésiter à parler !

« Mon fils, garde confiance ! Nous y arriverons ! Tu as les défauts de ton père, mais tu as la chance d’avoir des guides sûrs ! Ne regarde pas en arrière : fonce ! », dit son aimable papa.

Le chemin de la perfection ne fait jamais de mal à personne. Qui pourrait regretter de l’avoir suivi ?

Exercez-vous donc à la vertu en commun et n’hésitez pas à vous signaler vos imperfections. Souffrez en silence et soutenez-vous dans les épreuves. Qu’il en soit ainsi. Les étapes doivent être franchies avec confiance, courage et persévérance.

Je vous bénis, vous, vos familles et vos amis.

+ Jean-Marie Vianney, prêtre