Message du 2 août 1985 (I)

Bien chers frères,

Souvent, lorsque vous pensez que vous allez enfin choisir votre voie, viennent vous assaillir le doute et les pensées obscures. Alors, vous vous trouvez face à un mur et il vous semble que vous ne pouvez plus avancer ni même revenir en arrière. Que de batailles n’avez-vous pas livrées pour faire se lever les barrières, et elles se sont levées ! Que de travail n’avez-vous pas fourni pour aplanir la route, et elle s’est aplanie ! Que d’efforts n’avez-vous pas faits pour gagner enfin le bonheur que vous pensiez mériter, et, soudain, tout paraît s’effondrer autour de vous ! La route ne vous semble plus droite, l’avenir vous semble incertain et même parfois inexistant. Vous avez peine à vous imaginer ce qu’il va advenir de vous et de ceux que vous aimez : le vide s’installe en vous puis le doute sur tout… La vie vous paraît de nouveau futile, votre entourage préoccupé de choses sans importance, les défauts des uns et des autres vous hérissent, l’imperfection sous toutes ses formes vous révulse, même l’ordre des choses ne vous satisfait plus. Les traits de vos meilleurs amis se modifient à vos yeux : vous êtes prompts à remarquer chez eux les moindres défauts et même leurs qualités vous déplaisent.

Vous devenez sombres et moroses. Les paroles qui vous sont adressées vous agacent, même celles qui sont prononcées avec gentillesse. Vous les trouvez vides de sens et sans intérêt. On tente de vous ramener à la raison des hommes et vous désirez vous en éloigner. On vous impose des horaires, des rencontres, des lectures, des travaux et tout, absolument tout vous déplaît et vous laisse sans courage. Vous désirez faire un pas vers vos aimés de la terre et, lorsque vous le faites, vous vous demandez si vous les aimez vraiment. Vous vous montrez aimables, gentils avec vos amis et votre entourage et vous vous demandez si vous n’avez pas à vous forcer. Vous vous soumettez à l’emploi du temps habituel du monde des hommes et tout cela vous écœure. Vous tentez de vous divertir par des rires, des danses, des spectacles. Pris dans le jeu, vous oubliez provisoirement vos préoccupations pour sombrer de nouveau dans le doute : il vous semble que vous avez joué une sinistre comédie ! Vous rejetez ce monde dont vous ne voulez plus. Vous avez soif et vous buvez mais aucune eau terrestre ne parvient à étancher cette soif, car elle n’est autre que la soif de perfection, la soif de Dieu…

Jeunes frères, vous ne comprenez pas par quel chemin le Créateur, qui connaît votre âme mieux que quiconque, permet que vous passiez. Un chemin pierreux qui élimera vos sandales, les déchiquettera, blessera vos pieds jusqu’au sang mais les recouvrira ensuite d’une pellicule calleuse protectrice que rien ne pourra arracher. Un chemin épineux qui heurtera votre corps, le griffera d’épines, mais ces épines ne seront pas mortelles et vos blessures se refermeront un jour pour ne plus jamais s’ouvrir. Un chemin étouffant puis un chemin glacé, dont les différences de température bouleverseront votre âme, la conduisant à travers les cahots de l’exaltation et de la dépression, mais à l’issue desquels vous trouverez le climat idéal à l’épanouissement de votre âme et de votre cœur.

Ne doutez point de vous-mêmes. Ne laissez pas le Tentateur utiliser sa perfide psychologie pour vous montrer et vous démontrer la puissance de vos sens humains et leur suprématie sur votre désir de Dieu. Ne le laissez pas sans cesse rappeler du passé les pensées et les actes que vous avez honnis, les péchés qu’il vous a entraînés à commettre. Ne le laissez pas vous persuader que les mauvaises pensées dont il tente souvent d’accabler votre esprit viennent uniquement de vous et font partie intégrante de votre être : son plus cher désir est de vous faire croire cela, frères bien-aimés, afin que vous en veniez à avoir un tel mépris de vous-mêmes en cette vie que vous n’ayez plus envie de la vivre et que vous y mettiez un terme. Combien d’âmes éprises de perfection sont tombées dans ce piège et n’ont pas eu suffisamment de confiance dans leur Père du Ciel ! Combien se sont dit que jamais Dieu ne pourrait les accepter dans leur noirceur et ont préféré se donner la mort plutôt que de vivre un seul instant de plus sous le regard indiscret de ce Juge scrutant leur âme et leur cœur !…

Mais il n’en est pas ainsi de vous qui êtes en recherche et qui, malgré vos imperfections, avez confiance dans votre Père-Amour. La Très Sainte Vierge Marie, Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu le Fils, vous a pris sous Sa protection et étend Son manteau pour regrouper sous Son aile tous Ses poussins égarés.

« Ô Vénérable Mère de Dieu,
Protégez Vos fils aimants et fidèles,
Et montrez-leur le Chemin
Qui conduit à Jésus par Vous,
Puisque telle est Sa Volonté
Et donc la Vôtre. »

Voici notre prière pour vous, très chers amis de la terre qui recherchez votre voie pour servir Dieu le mieux possible. Car vous avez en vous tous les éléments pour devenir des serviteurs utiles et zélés. Votre âme, malgré les obstacles, malgré les imperfections, a été formée à distinguer la vérité de l’erreur, à extraire le bon grain de l’ivraie. La preuve n’est autre que la nuit spirituelle que vous traversez parfois et qu’ont vécue, à des degrés divers, la plupart des grands saints que vous connaissez. Leur soif de Dieu était si intense qu’ils ne vivaient chaque instant que par Lui, avec Lui et en Lui.

Dans sa grande bonté, le saint Curé d’Ars, que vous fêterez dans quelques jours, a rejeté le péché et refusé de se compromettre avec le monde. Déjà à son époque, il refusait les danses et les spectacles douteux qui, il le savait mieux que tout autre, conduisent l’âme au péché plutôt qu’à Dieu. Aspirez, frères si faibles, aux choses saines et sachez ne point vous compromettre avec le monde, vous qui êtes encore dans l’incertitude au sujet de votre voie, car Dieu vous veut sains de corps et d’esprit et purs comme la Source d’Eau Vive qui désaltère les cœurs épris de vérité.

Quelle que soit votre voie, vous devez porter partout la Bonne Nouvelle et parler le plus souvent possible de Dieu autour de vous. Vous devez faire connaître tout ce que le Seigneur a voulu que vous sachiez de Lui. Sans choquer les autres par vos paroles, vous devez montrer que Dieu est avec vous afin qu’eux aussi aient le désir de Le rencontrer. Entre vous qui croyez, combien plus vous devriez avoir de conversations spirituelles, particulièrement pendant cette période de vacances où votre corps goûte un repos sain et bien mérité. N’hésitez pas à parler du Ciel, à parler des Écritures : lisez-les. Lisez des écrits de saints et des messages célestes et méditez-les ensemble. Ils réuniront les âmes qui vibrent à la Paix et à la Sagesse de Dieu et, malheureusement, éloigneront les autres. Comme un flambeau, ils ramèneront à l’Église les hommes épris de perfection, ôtant de leur esprit les doutes qu’ils ont sur eux-mêmes et sur Dieu. Ils montreront que le péché éloigne vraiment de Dieu et qu’il s’agit d’y renoncer, non seulement en parole, mais aussi en pensée et dans le moindre de vos gestes.

Depuis le Ciel, le saint Curé d’Ars va s’adresser à vous qui aspirez au même but dans l’existence. Suivez ces saintes instructions, malgré leur caractère rigoureux. Ne vous comparez pas aux autres, référez-vous toujours au Christ, notre Maître, et aux saints qui L’ont imité. Gardez courage et confiance, en toutes circonstances. Vous vivrez bientôt des heures exceptionnelles, sachez en conserver la lumière.

+ Vos frères dans la Paix