Message du 2 septembre 2021





Bien chers frères,

Notre-Seigneur Jésus-Christ s’est souvent exprimé en paraboles. Que celle-ci vous éclaire dans votre réflexion actuelle sur les différentes sensibilités au sein de l’Église catholique.

Dans l’église de Leparadis trône un orgue monumental qui fait l’enchantement de cette petite ville depuis des générations. Roi de tous les instruments de musique, il assume à lui seul, le dimanche, le rôle de plusieurs. Certains fidèles en sont tellement épris qu’ils n’assistent aux offices que lorsque l’orgue les anime, et préfèrent, les autres dimanches, rester chez eux et regarder la messe à la télévision.

Monsieur le Curé de Leparadis n’est pas dupe : il a maintes fois repéré leur manège et tenté d’y remédier en invitant de petits orchestres ou des instrumentistes individuels à venir embellir les célébrations en l’absence de l’orgue, mais ceux qui ne jurent que par cet instrument ne se sont pas déplacés pour autant ! Fort heureusement, les autres paroissiens, beaucoup plus nombreux, assistent à tous les offices quels qu’en soient les animateurs. Pour eux, en effet, la messe reste la messe, et ce qu’ils viennent y quérir ne dépend point de ceux qui l’animent.

Les paroissiens qui veulent coûte que coûte imposer l’orgue persistent et signent, clamant à qui veut bien l’entendre que les messes sans orgue n’ont aucune valeur spirituelle parce qu’elles ont perdu le sens du sacré.

« Mais où donc est Jésus-Christ en de tels propos ? » se demande Monsieur le Curé de Leparadis, qui a même reçu de la part de ces ouailles intransigeantes des pétitions en bonne et due forme. Doué de bon sens, il comprend parfaitement que différentes sensibilités puissent exister au sein de sa paroisse, mais, animé aussi par un désir d’unité, il prie l’Esprit Saint de l’aider à trouver une solution qui vise à rassembler plutôt qu’à diviser. Ainsi, il finit par décider d’organiser des heures d’enseignement et de réflexion non pas sur la musique sacrée mais sur la catéchèse, sur le sens de la messe et sur la liturgie, auxquelles il convie tous ses paroissiens. Pour sa plus grande joie, ceux-ci répondent à son appel.

Le but de Monsieur le Curé n’est pas de prendre parti pour les uns ou pour les autres, de dénigrer les uns ou les autres, ou de rabattre le caquet aux uns ou aux autres. C’est d’expliquer à tous où se trouve l’essentiel : Jésus-Eucharistie offert en humble nourriture de perfection pour la Vie Éternelle : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme et ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn 6, 53), dit Jésus lui-même. Tel est le sens de la sainte messe. Bien sûr, ceux qui préfèrent les célébrations accompagnées par l’orgue seul en ont le droit : c’est leur sensibilité – et Monsieur le Curé la respecte – mais cela ne justifie en rien le fait qu’ils s’autorisent à déserter des célébrations et à se couper de l’Eucharistie. Et qu’ils n’aillent point s’en prendre à ceux qui préfèrent les instrumentistes en groupes ou en solo : cela n’est pas charitable. Et quel mal ne fait-on pas avec la langue !…

Monsieur le Curé de Leparadis explique donc à ses paroissiens pourquoi ceux qui agissent ainsi pèchent gravement. Il leur dit aussi que, quels que soient les animateurs, il s’engage solennellement  à veiller à ce que l’orthodoxie de la liturgie soit toujours respectée dans sa paroisse. Enfin, pour ouvrir l’esprit des fidèles les plus rigides, il se propose de concilier de temps à autre l’orgue avec d’autres instruments comme la trompette, le violon ou le violoncelle…

En fin de compte, il ressort de tout cela que, forts d’une solide compréhension du sens de la sainte messe et de la liturgie, tous les paroissiens de Leparadis peuvent à présent assister aux offices quels qu’en soient les animateurs, dans un esprit de charité, sans réticence ni critique.

Que celui qui a une intelligence spirituelle comprenne !

+ Vos frères dans la Sagesse

 

Approbation du Père Marc-Antoine Fontelle, docteur en théologie, en droit canonique et en droit.