Message du 15 août 2021





MESSAGE DE L’ASSOMPTION 2021

Bien chers frères,

Vénérez la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de notre Seigneur Jésus-Christ vrai Dieu et vrai Homme. Car elle a été choisie par le Père entre toutes les femmes pour porter en son sein son divin Fils, l’Enfant de la promesse destiné à racheter l’humanité alourdie par le Péché.

Préservée intacte dès sa conception de la tache originelle (1), cette sainte Mère, au jour de son Assomption (2), n’a pas connu la corruption du tombeau. Elle s’est vue, en effet, enlevée en corps et en âme à la gloire du Ciel, où elle fut la toute première à participer totalement à la Résurrection de son Fils, anticipant, par là-même, la résurrection de tous ceux que le Père a choisis, dans son amour, pour être ses enfants d’adoption par le Christ Jésus (3). Elle prie depuis lors pour tous ses enfants et veille sur chacun d’eux dans la communion des saints ; elle les assiste tout particulièrement à l’heure de leur mort (4).

Or, malgré tout l’amour qu’il est possible de porter à cette Maman céleste, il ne faut pas, quoiqu’elle soit vénérée comme Reine du Ciel et Reine de l’Univers, faire d’elle une déesse, car elle ne doit pas être mise sur le même plan que la Trinité divine, qui se compose uniquement du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Souvenez-vous, à cet égard, de la comparaison – certes réductrice mais si éclairante – que nous vous avons donnée par le passé, mettant en parallèle la Trinité Sainte et un système d’arrosage rudimentaire : le robinet y figurait le Père, le tuyau le Fils et l’eau le Saint-Esprit ; quant à la Vierge Marie, Dispensatrice des grâces, elle y tenait le rôle – et non le moindre ! – du jardinier, qui peut orienter le tuyau à sa guise (5).

Ceux qui méprisent ou rejettent la dévotion à cette sainte Mère, pensent souvent que les fidèles qui s’y emploient adorent la Vierge Marie comme on adore Dieu. Ils se trompent ! Ils devraient savoir que les catholiques – tout comme les orthodoxes, d’ailleurs -, ne lui vouent pas un culte de « latrie » (ce mot désignant l’adoration réservée aux trois Personnes divines) mais un culte d’« hyperdulie », qui est le plus haut degré du culte de « dulie », réservé aux autres saints.

Les adversaires de la dévotion mariale ne se privent pas non plus de dire que l’Église catholique a tout bonnement « inventé » la naissance virginale de Jésus. Ignorent-ils donc que cette naissance était déjà prophétisée dans l’Ancien Testament ? « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, dit Matthieu, reprenant Isaïe (cf. Is 7, 14), et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : ‘Dieu avec nous’ » (Mt 1, 23). Et lorsqu’ils continuent à polémiquer au sujet de la traduction du mot hébreu « `almah » par « vierge » au lieu de « jeune fille » (6), qu’ils consultent donc le texte des LXX (7), qui montre que cette interprétation se justifie d’autant plus qu’elle était déjà présente dans le judaïsme ancien.

Qu’est-ce à dire ? Eh bien tout simplement que la Vierge Marie, qui a cru au plus profond d’elle-même que rien n’est impossible à Dieu (cf. Lc 1, 37), et qui a permis, par son fiat au jour de l’Annonciation (cf. Lc 1, 38), la réalisation du mystère de l’Incarnation en acceptant de se faire Tabernacle vivant de l’amour du Père, mérite sans conteste une vénération toute spéciale, au point que toutes les générations puissent la dire bienheureuse (cf. Lc 1, 48).

Ceux qui refusent de croire à la conception virginale de Jésus ne croient évidemment pas davantage à la virginité perpétuelle de Marie. Ils considèrent, en effet, cette sainte Mère comme une femme ordinaire – et, de surcroît, mère de plusieurs enfants ! – en s’appuyant sur l’Évangile de Matthieu, qui dit que Joseph, son époux,  « ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils » (Mt 1, 25). Cela, pourtant, ne présuppose absolument rien concernant la période ultérieure. Ils citent aussi l’Évangile de Luc, qui évoque le « fils premier-né » de Marie (cf. Lc 2,7), mais cela ne présuppose pas davantage que Marie ait pu avoir d’autres enfants (8).

Ils arguent enfin que sont mentionnés à plusieurs reprises dans l’Évangile des « frères » ou des « sœurs » de Jésus, mais ils devraient savoir que les mots concernés, issus de la langue hébraïque et de l’araméen, peuvent désigner tout autant des liens de parenté plus étendus tels des « cousins », des « cousines » et des « demi-frères » ou « demi-sœurs ». La vérité, chers frères, est, comme l’enseigne l’Église catholique, que Jésus n’a pas eu de frères ni de sœur de lait issus de la Vierge Marie. Les Pères de l’Église, même les plus anciens, n’ont jamais, dans leur grande sagesse, remis en question la virginité perpétuelle de la Mère de Jésus, notre Rédempteur et Sauveur. D’autre part, si Jésus avait eu un frère ou une sœur, croyez bien que l’Évangile et les Actes de Apôtres en auraient fait mention avant et après la mort et la Résurrection de Jésus, notre Seigneur !

D’aucuns, même parmi les chrétiens, pensent qu’une telle apologie de la virginité par l’Église fait carrément insulte à de saines relations conjugales entre époux dans le cadre du Mariage, et au droit des époux de jouir librement de leurs corps. Frères, là n’est tout simplement pas la question !

Il s’agit plutôt de comprendre et de croire que Marie, choisie depuis toute éternité par Dieu pour être la Mère de son Fils unique, est, comme il se doit, restée fidèle à son divin Époux, et que c’est dans ce contexte même que, toute donnée à Dieu dès sa conception et comblée par Lui de grâce, elle a pu être enceinte par la puissance du Très-Haut sans jamais avoir connu d’homme (cf. Lc 1, 28. 34-35). Allons, frères, soyons sérieux ! Lorsqu’on croit que Dieu a créé l’univers tout entier, ne peut-on pas croire aussi, à plus forte raison, qu’il ait pu s’incarner dans le sein d’une vierge ?

Il s’agit également de comprendre et de croire que Joseph, l’époux terrestre de Marie, après qu’il a été avisé en songe de cette situation par l’Ange du Seigneur (cf. Mt 1, 20-21), a sagement choisi de prendre chez lui sa femme afin que s’accomplît l’oracle prophétique de cette naissance du Fils de Dieu fait Homme.

Sachez enfin, amis, que c’est d’un commun accord que Marie, toujours vierge, et Joseph, son très chaste époux, tous deux mandatés par le Père du Ciel pour élever Jésus-l’Emmanuel, se sont délibérément consacrés corps et âme à cette mission dans une vie d’oblation entièrement tournée vers Dieu.

Au sujet de cette continence volontaire et perpétuelle – qui peut effectivement choquer certains -, notre Seigneur Jésus n’a-t-il pas dit en personne à ses disciples au cours de sa vie publique : « Il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux » ? Et n’a-t-il pas même ajouté, signifiant ainsi qu’une telle assertion n’est pas forcément facile à saisir : « Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Mt 19, 12) ?

En effet, seules les âmes spirituelles sont manifestement capables de comprendre cela, et, a fortiori, de le mettre en pratique. Preuve en est que, même au sein de vos communautés ecclésiales, les âmes qui ne sont pas aussi spirituelles trouvent souvent « regrettable » voire « inconcevable » que des hommes ou des femmes dotés d’un physique agréable ou de brillantes qualités intellectuelles restent célibataires pour se donner à Dieu en embrassant la prêtrise, la vie monastique ou la vie consacrée.

Mais revenons à notre propos : la Vierge Immaculée, Épouse de l’Esprit Saint et Mère de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, unie à la Croix de son Fils, a vécu avec lui la Passion et s’est vue, au terme de son terrestre séjour, enlever en corps et en âme à la gloire du Ciel. Comment eût-il pu en être autrement ? Comment la Toute-Belle, la Toute-Pure, dont les lèvres avaient prononcé le Magnificat, dont les entrailles avaient accueilli le Verbe de Dieu, et qui, dans la douleur, s’était tenue debout au pied de la Croix, eût-elle pu connaître la corruption du tombeau ?

C’est par une grâce toute spéciale issue de cette même Croix que la Vierge Marie a pu directement rejoindre le Seigneur au plus haut des Cieux. Et c’est en tant que modèle de foi, d’espérance et de charité (9) et en tant que Mère du Christ, dont le Corps Mystique est l’Église elle-même, qu’elle peut, à juste titre, être invoquée sous le vocable de « Mère de l’Église » (10).

Ainsi, nous vous invitons, chers frères, à trouver refuge sous sa protection (11) et à la prier pour vous obtenir des grâces. N’est-elle pas, en effet, venue rappeler, en 1830 à Paris, son rôle de Médiatrice de grâces (12) ? Une médiatrice, cependant, qui dépose immédiatement tout ce qui lui est confié entre les mains de son divin Fils, Celui-ci restant, de fait, l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes (cf. 1 Tm 2, 5) : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, dit, en effet, Jésus, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils » (Jn 14, 13).

Donc, bien qu’elle ne soit pas une déesse, la Vierge Marie, parce ce qu’elle est Mère de Dieu et Mère de l’Église, possède un pouvoir inégalable : celui d’intercéder efficacement à la demande de tous ses enfants auprès de son Fils pour leur obtenir des grâces.

Nous vous invitons aussi, en cette période de trouble où les peuples du monde entier se voient attaqués par les puissances des Ténèbres et soumis à rude épreuve, à solliciter l’aide urgente de la Vierge Marie, à lui offrir des bouquets de rosaires (13) et à visiter les lieux reconnus de ses apparitions. N’ayez pas peur, frères aimés ! Réfugiez-vous dans son Cœur immaculé de Maman et changez votre propre cœur. Blottissez-vous sous son manteau, convertissez-vous et laissez-vous conduire par sa main maternelle vers tout ce qui est vrai, tout ce qui est juste, tout ce qui est bien, tout ce qui est beau et tout ce qui est pur. Ne vous laissez pas abuser par les mensonges de ceux qui vous gouvernent et priez pour vos ennemis tout en gardant confiance et courage !

Si vous avez la foi gros comme un grain de sénevé (cf. Lc 17, 6), si vous aimez notre Seigneur Jésus-Christ, si vous suivez ses Commandements (cf. Jn 14, 15), et si vous faites appel à sa bienheureuse Maman, que nous fêtons tout spécialement aujourd’hui au Ciel et sur la Terre, si vous êtes patients et persévérants, Dieu  finira par vous exaucer !

Que Notre-Seigneur et sa très sainte Mère vous protègent et vous gardent.

+ Vos frères dans la Joie de l’Assomption

 

(1) Le dogme de l’« Immaculée Conception » a été proclamé le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus : « La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel » (v. Catéchisme de l’Eglise catholique, § 491). Cette appellation a été utilisée par la Vierge Marie elle-même lors de sa seizième apparitions à Bernadette Soubirous à Lourdes le 25 mars 1858.

(2) Le dogme de l’« Assomption au Ciel » de la Vierge Marie a été proclamé 1er novembre 1950 par le pape Pie XII dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus (v. Catéchisme de l’Eglise catholique, § 966).

(3) v. Catéchisme de l’Église catholique, § 974 et Ep 1, 5.

(4) v. Catéchisme de l’Église catholique, § 975.

(5) v. Message du 16 juin 1984, Un Souffle qui passe…, Tome 1.

(6) Dans l’Antiquité, le mot « jeune fille » désignait forcément une « vierge » après la puberté et jusqu’au mariage.

(7) Les LXX ou Version des Septante, est une traduction ancienne de la Bible en grec.

(8) Le « fils premier-né » est une expression juridique utilisée pour désigner le premier enfant mâle sur la liste de la succession du père. Cela ne signifie aucunement qu’il y ait eu d’autres enfants avant ou après lui.

(9) v. Catéchisme de l’Église catholique, §§ 967-968.

(10) La bienheureuse Vierge Marie a été proclamée « Mère de l’Église » par le pape Paul VI le 21 novembre 1964 lors de la clôture de la troisième session du concile Vatican II. En 2018, le pape François a institué la mémoire liturgique obligatoire de la messe du lundi de Pentecôte en l’honneur de la Vierge Marie sous le vocable de « Marie, Mère de l’Église ».

(11) L’antienne mariale « Sub tuum praesidium » est la plus ancienne prière connue adressée à la Vierge Marie (IIIe siècle) : « Sous l’abri de ta protection, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie ».   

(12) Le 18 juillet 1830, dans la chapelle des Filles de la Charité, rue du Bac à Paris, en la veille de la fête de saint Vincent de Paul, la Sainte Vierge, lors de son apparition, désigne de la main à Sœur Catherine Labouré l’autel où repose le tabernacle et dit : « Venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur ».

(13) v. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, Éditions Médiaspaul, 2018.

 

Approbation du Père Marc-Antoine Fontelle, docteur en théologie, en droit canonique et en droit.