Message du 31 mars 1986

Bien chers frères,

Ne soyez pas tels des étangs asséchés ou des arbres sans feuilles. Le Seigneur sème en tout homme la graine de la foi, et il s’agit de la cultiver non pas avec les moyens qui vous siéent mais avec ceux qui Lui conviennent.

N’arrosez pas une plante avec du parfum afin qu’elle dégage plus vite les effluves attendus. Utilisez plutôt les vertus du fumier, même si cela vous incommode, car la puanteur ne sera que passagère. Ainsi, apprenez à connaître quelles sont véritablement les Volontés de Notre Seigneur.

D’abord, il Lui plaît que votre cœur vibre à l’appel de Son Nom et que votre corps Lui rende révérence. Il Lui plaît que vous Le louiez et que vous Le respectiez, car Lui seul est votre Vrai Maître. Soyez heureux, frères, de Le connaître ! Sachez Le voir non point en chaque chose, mais derrière chaque chose. Une fois que vous L’avez reconnu, il Lui plaît que vous vous trouviez bien en Sa Compagnie et que vous désiriez Le retrouver le plus souvent possible dans votre cœur, ce cœur qu’Il modèle avec tant d’Amour afin de le rendre attentif à Sa Présence et à Ses Œuvres, ce cœur à qui Il envoie Son Esprit Saint afin de le rendre sage et parfait.

Ah ! frères, quelle joie lorsque le Seigneur habite dans un cœur ! Quel sentiment de plénitude extraordinaire qui donne force et courage dans la lutte contre les tentations et qui préserve du Mal ! Apprenez à accueillir le Seigneur : vous Le reconnaîtrez au sentiment de paix qui pénétrera votre être, à la brise légère qui adoucira les ardeurs trop virulentes de l’âme convertie et réchauffera la froideur du doute pour la transformer en sereine confiance…

Il Lui plaît que vous acceptiez avec courage les épreuves qu’Il permet que vous subissiez, car, dans la révolte, la souffrance est vaine et mortelle, mais, dans l’amour de l’acceptation, elle devient la tige épineuse qui maintient le Calice de la Fleur Céleste. Unissez vos souffrances à celles du Sauveur afin qu’elles vous rapprochent davantage de Lui. Les actions d’éclat, les œuvres humaines, les succès, tout cela peut porter l’homme à s’enorgueillir. Les actes charitables et les actes de piété peuvent également être sources d’autosatisfaction et d’orgueil s’ils sont accumulés dans un esprit de fausse humilité qui donne abondamment pour réclamer un jour sa récompense.

Au contraire, c’est dans la souffrance que l’âme ne peut se méprendre. Dans la souffrance, il n’est nulle dissimulation, nulle tricherie, et l’âme meurtrie, éprouvée, solitaire, crie vers son Sauveur sa misère. Comme Jésus au plus profond du désarroi, il lui semble qu’elle ne se peut reposer sur rien, tiraillée par une cruelle blessure. C’est alors que, broyée, elle se contemple à sa juste valeur : sans le Seigneur, elle n’est rien, elle ne peut vivre. Elle erre, lasse et accablée, et ne désire que la mort. Qu’elle se tourne donc vers le Seigneur Puissant et Miséricordieux et Le supplie de la tirer de ses affres ! Qu’elle Lui offre cette croix et se rappelle les blessures de Jésus ! Ainsi, elle ne vivra point égoïstement ses souffrances, rapportant tout à elle et à son mal, maugréant dans les ténèbres sans parvenir à voir la lumière, mais elle ouvrira totalement son cœur à l’écoute du Seigneur au Miséricordieux et Pacificateur Amour.

Frères, n’ayez pas honte de souffrir ! Ne conservez dans votre cœur aucune gêne ou amertume, et, si vous dissimulez vos souffrances, que ce ne soit pas par honte mais par pudeur. Associez Notre Seigneur à votre misère, et, si telle est Sa Volonté, Il soulagera votre peine.

Combien la souffrance purifie le cœur ! Combien elle est une saine épreuve pour l’âme du pécheur ! Si, pourtant, votre confiance en Dieu disparaissait dans l’épreuve, persévérez dans vos exercices de piété et efforcez-vous de recevoir le Seigneur dans l’Eucharistie le plus souvent possible. Implorez-Le et abandonnez-vous à Lui : Il reconstruira votre âme d’un matériau plus solide et plus noble et la modèlera selon Sa Volonté. Purifiés par l’épreuve, il vous sera alors plus facile de vous laisser guider sur les chemins de l’Éternité. Frères, aimez le Seigneur et louez Son Nom toujours et partout.

+ Vos frères dans la Paix de Pâques