Message du 10 août 1994

Mon fils,

Écoute-moi. Ne te laisse pas gagner par la confusion ni par les mauvais sentiments. Ta conception du devoir d’état m’agrée parfaitement. Tu mets tout ton amour et tout ton zèle à recevoir tes amis chez toi dans les meilleures conditions : c’est bien. Tu veilles sur la bonne marche de la maison que tu veux maintenir propre chaque jour : c’est bien. Cependant, tais ce que tu fais et ne gémis pas sous le poids de la tâche. Tes actes ne seront méritoires que si tu les tiens secrets, mais tu ne le fais pas ; que si tu ne te plains pas, mais je t’entends ronchonner contre tes frères.

Tu es peiné, entre autres, par l’attitude de X. : en dépit de ses grandes qualités, il conserve au fond de son cœur trop d’égoïsme, et les jugements qu’il porte sur toi manquent parfois d’objectivité. Mais dis-toi que si je permets à un petit démon de colère de l’aiguillonner chaque fois qu’il te voit vaquer à certaines occupations matérielles, c’est afin que lui et toi ressortiez grandis de ces quelques jours de vie communautaire passés ensemble.

Crois que je suis avec toi et ne te décourage pas. Prends le temps de me rejoindre dans une prière plus profonde et trouve plus fréquemment des moments de silence comme celui-ci pour que je puisse parler à ton cœur. Il en a grand besoin.

Mon enfant, tu dois savoir que dans un contexte de vie communautaire, celui qui donne priorité à des activités personnelles plutôt qu’à celles de la vie communautaire manque à la charité. Si vous aviez pensé à définir chaque jour le rôle de chacun, devoir d’état, spiritualité et loisirs auraient pu être plus facilement et plus équitablement conciliés chez les uns et les autres.

La vie terrestre, mon enfant, est une probation, un exercice. Chacun doit y puiser, certes, des vitamines spirituelles dans la prière, l’oraison, l’adoration, la Communion, et de saines lectures, mais ces vitamines doivent toujours vous porter à faire croître en vous cette charité que je vous ai enseignée et dont Paul vous a si bien parlé. Cette charité, mon fils, c’est le service de l’autre : service spirituel certes, mais aussi service matériel. Souviens-toi du message sur la religieuse qui avait négligé son devoir d’état pour assister à la messe (1). L’attitude du « moi d’abord » est tellement facile ! Vois les efforts que tu fais toi-même pour t’en débarrasser. Alors, quand tu constates chez certains quelque infraction à la vertu de charité, mets tout en œuvre  pour ne pas laisser pénétrer dans ton cœur le moindre sentiment de reproche, d’agressivité, de jalousie ou de dépit, et conserve ta joie parce que je suis avec toi. Je veux que ton cœur reste doux.

C’est ton exemple, mon fils, qui doit porter les autres à se montrer plus charitables et plus coopératifs : ne te renfrogne pas si tu ne veux pas être jugé. Dis-toi que pour soulager leur conscience, ils préfèrent voir en toi un maniaque de la propreté qui s’attarde trop au ménage ou au rangement, et continuer sans aucun scrupule leurs activités au grand air, leurs jeux, leurs prières même, plutôt que de prendre part aux tâches matérielles. Je suis, mon enfant, très sensible au bon accomplissement du devoir d’état et au travail bien fait : c’est une qualité que de tenir convenablement, chaque jour, une maison, surtout lorsqu’elle est gracieusement prêtée. Comme c’est aussi une qualité que de veiller, à tout instant, par quelques précautions élémentaires, à ne pas la détériorer.

Si certains, avec qui tu soulèveras cette question, te parlent de Marthe et Marie (v. Lc 10, 38-42) pour justifier la priorité qu’ils donnent coûte que coûte aux activités spirituelles, réponds-leur que dans ce passage d’Évangile, il s’agissait de leur Seigneur qui n’était pas sur terre pour très longtemps encore. C’est pourquoi, en restant en ma compagnie, Marie avait choisi la meilleure part. Dans votre cas, la situation est différente : le devoir d’état doit être fait en premier et partagé par tous.

Sache, mon fils, que j’apprécie tout particulièrement l’état de propreté de cette maison, même si cela te demande des sacrifices et t’expose à des remarques. Tant d’églises sont si sales ! En honorant ainsi tes frères, sache que c’est moi aussi que tu honores.

Je t’encourage, mon enfant, à te reposer quelques jours avant de reprendre tes activités professionnelles. Ne va pas au-delà de tes forces pour vouloir faire le malin. Reste humble et conscient de tes faiblesses.

Écris à nouveau à ton évêque. Remercie-le pour la grâce qu’il a bien voulu te faire (2), et revois-le dès qu’il le pourra.

Je te bénis ainsi que ton frère spirituel, vos familles, vos amis et tous les prêtres et religieux qui soutiennent cette œuvre.

 Jésus

  

(1) v. Message du 8 juin 1984, Un Souffle qui passe…, Tome 1.

(2) L’évêque du messager a accordé à ce dernier de bénéficier de la Présence réelle dans le tabernacle de sa maison communautaire.