Message du 17 novembre 2018

Mon fils,

Je suis heureux que par ton obéissance tu aies compris une chose essentielle dans le domaine de la charité.

Le problème auquel tu as dû faire face est celui de toute personne bien portante qui rechigne à aller rendre visite à un parent âgé atteint d’une maladie affectant son psychisme : Alzheimer, démence ou paranoïa. Le souvenir des belles années et de tous les moments agréables vécus ensemble se trouve alors brutalement confronté à la triste réalité : la personne n’est plus la même, et parfois elle a du mal à reconnaître un fils, une fille, un neveu, une nièce. Elle peut aussi s’enfermer dans un monde où elle trouve sa propre sécurité – mais qui déroute complètement le visiteur – ou montrer de la violence et des comportements déplacés.

Il est compréhensible, mon fils, que tu aies eu des réticences à te rendre auprès de ta parente et que tu aies dû te forcer pour retourner la visiter. Je te félicite de ne pas avoir cédé à la facilité, qui eût été de rester tranquillement chez toi. En revanche, je t’ai montré combien gravement tu avais péché contre la vertu de charité en voulant à tout prix lui imposer ta façon de voir les choses, pensant que tu pourrais parvenir à la faire sortir de son délire, et en la forçant à se comporter comme tu le souhaitais. Lorsque tu l’as quittée, je t’ai sermonné et tu as eu honte de ton comportement.

Plus tard, je t’ai ouvert les yeux en te montrant le fonctionnement cérébral de ta parente, et tu m’as fait la joie de constater ses limites et de comprendre que ton attitude d’irritation provenait du fait que tu voulais absolument qu’elle raisonne comme quelqu’un qui a toute sa tête, c’est-à-dire comme toi, mon fils. Mais tel n’est plus le cas, comme en témoigne la triste réalité, que tu ne voulais pas reconnaître parce qu’elle te faisait trop souffrir. Tu voulais que ta parente raisonne comme autrefois, lorsqu’elle allait bien, et ton énervement témoignait de ton impuissance à ce que ta volonté se fasse.

Prenant conscience de ta faute, tu t’es privé d’aller communier à la messe dominicale et tu as bien fait. Tu as préféré, par respect pour ton Seigneur, une communion de désir – ce qui est fort louable. Combien de fidèles vont aujourd’hui recevoir mon Corps et mon Sang sans même s’être confessés alors qu’ils ont commis des fautes graves !

Mon enfant, je te félicite d’être resté à mon écoute et de ne pas avoir cédé aux sollicitations de ton entourage. Tu t’es isolé, tu as jeûné, tu as prié et je t’ai dit à une heure moins le quart ce dimanche, de te rendre dans un magasin qui devait être fermé à cette heure-là pour acheter à ta parente un article qu’elle voulait absolument que tu lui offres. Tu as douté comme n’importe qui l’aurait fait, mais tu m’as obéi : tu as pris ta voiture et tu t’es rendu à ce magasin. À ta grande surprise, il était encore ouvert, et moi, je le savais. Et tu t’es procuré l’article en question. Dans l’après-midi, tu es retourné voir ta parente, tu l’as saluée chaleureusement, tu t’es excusé de ton comportement de la veille, et tu lui as offert ce qu’elle attendait. Elle s’est montrée très courtoise envers toi et t’a remercié du fond du cœur. Tu n’as rien exigé d’elle car tu avais compris la leçon…

Avec un parent souffrant de ce genre de maladie, la meilleure façon de communiquer avec lui est de l’accepter tel qu’il est avec la plus grande charité, de lui parler avec douceur et de lui montrer qu’il est aimé. Tu as compris, mon fils, que le problème ne venait pas de ta parente mais de toi – et cela a été pour toi un pas de géant sur le plan spirituel par rapport à la vraie charité. En effet, il est tellement plus facile aux êtres humains de toujours rejeter la faute sur le prochain plutôt que d’apprendre à se remettre en question.

À présent, mon fils, non seulement tu n’auras plus de réticences à aller voir ta parente mais tu désireras même la visiter, sachant combien ces rencontres lui sont précieuses.

Si j’ai voulu que tu traverses cette épreuve, c’est aussi afin que ton frère spirituel comprenne ce qui t’est arrivé en profondeur et qu’il en tire des conclusions pour sa propre personne. C’est pour que tous ceux qui visitent régulièrement des personnes atteintes de ce type de maladie comprennent qu’ils doivent les accepter telles qu’elles sont et respecter leur différence.

Au-delà des personnes démentes, je voudrais que mes propos soient aussi appliqués à tous les êtres humains présentant des différences qui peuvent déranger : les malades, les handicapés, les personnes souffrant de problèmes d’identité sexuelle, les pauvres, les étrangers, etc.

Je te bénis, mon fils, ainsi que ton frère spirituel, ton évêque, ton directeur spirituel, vos familles, vos amis, et les pasteurs et prêtres qui soutiennent cette œuvre.

Jésus