Un souffle qui passe...

Message du 19 septembre 1981

Bien chers frères,

Il nous est doux de commenter avec vous certaines pages des Saintes Écritures. Ainsi, nous allons traiter ce soir de la parabole des Ouvriers de la Dernière Heure (Mt 20, 1-10).

Les différents Ouvriers représentent les hommes de la terre. Les premiers ont rencontré le Maître, qui leur a offert un contrat. Ce contrat est, en quelque sorte, celui qui unit le peuple chrétien à l’Église Universelle et au Père Céleste par l’Amour de Son Christ. La récompense convenue, c’est le Ciel. Dans les paraboles, en effet, l’argent représente souvent les biens spirituels.

Mais il est un facteur supplémentaire auquel il faut songer : les Ouvriers qui ont rencontré le Maître ont tous accepté de travailler pour lui avec amour. Ils l’ont trouvé généreux et n’ont pas hésité à accepter son offre. Qu’est-ce qu’une courte journée pour une pièce d’argent ? La perspective matérielle fausse la véritable signification de la parabole car il semble que les Ouvriers ne travaillent que pour gagner cet argent.

Les chrétiens auront-ils compris qu’en matière spirituelle la cause rejoint l’effet et la source le but ? que l’argent à gagner est le travail lui-même ?

Il y a des chrétiens qui travaillent seulement pour gagner leur Ciel, pour mériter le pardon de leurs péchés et pour obtenir des grâces personnelles : ceux-là n’en sont qu’aux rudiments de la compréhension du Grand Mystère Divin, et le Seigneur n’est pas encore satisfait d’eux. Mais ceux qui œuvrent spontanément dans l’amour, qui volent au secours de l’opprimé, du pauvre, de l’affamé, de l’ignorant, et qui en retirent de la joie, ceux-là ont découvert l’amour authentique et la vérité dans le Christ, et ils ne perdent pas de temps à se demander ce que leur acte leur rapportera.

Votre morale a été construite sur les bases faussées de la loi du mérite mais tout cela ne forme qu’une étape de la progression spirituelle du chrétien. Le chrétien doit être un cœur, une sensibilité à la souffrance d’autrui, aux problèmes d’autrui, aux malheurs d’autrui et il doit être une main tendue pour aider.

Aimer est le but final : retrouver le Père qui est Amour. Aider c’est aimer, et en aimant, vous recevez déjà ce que vous appelez votre récompense. Qu’attendez-vous de plus ? de joyeux festins ? des orgies interminables dans un nouveau monde où rien ne manquerait ? Comme vous êtes loin de la vérité ! Celui qui n’aime pas ne peut hériter du Ciel. Le Royaume de Dieu commence sur la terre ! « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés » (Jn 15, 12), a dit le Christ-Amour.

Oui, chers frères, c’est cela le Royaume, et par là même, la Clé du Royaume. Celui qui aime d’amour pur ne cherche pas à savoir si tel homme doit purger sa peine en Purgatoire plus longtemps que tel autre ou si tel repenti de la dernière heure va être jugé plus sévèrement par le Seigneur. Soyez amour et réjouissez-vous que le Seigneur, qui est Amour, accepte l’humble et sincère repentir de vos frères même s’ils n’ont entrevu cet Amour que l’espace d’un instant avant leur dernier souffle. L’amour est comme une bataille : si elle est proposée à tous, elle n’est pas gagnée par tous sans efforts ni sans sacrifices. Qui veut dès ses premières années faire l’ascension de la montagne et persévère arrivera un jour au sommet ; mais qui s’éloigne à l’appel du gouffre se perd dans les ténèbres. Seriez-vous jaloux que Dieu offre à l’égaré, qui ne possède pas vos privilèges, un rayon de lumière qui d’un seul coup va le transporter vers le sommet ? Vous êtes encore bien loin de la Vérité si tel sentiment étreint votre cœur ! L’Amour de Dieu est total et qui a découvert cet Amour n’aura plus jamais soif.

Alors, réjouissez-vous que les Ouvriers de la Dernière Heure, vos frères humains même les plus misérables, puissent être élevés au rang de la Lumière au même titre que vous ! Rendez grâce au Seigneur de ne point, malgré votre indignité, vous laisser choir dans les ténèbres, car vous, vous savez combien il est pénible de se débattre avec la matière et ses tentations, et combien il est doux de les vaincre et de triompher de la chair…

Frères, soyez des enfants devant Dieu. Décidez de vivre dans l’amour parce que cela vous plaît ! Telle est la liberté que vous offre Dieu et qui vous apportera le bonheur. Sinon, qu’attendez-vous de plus ? Le Seigneur ne saurait vous combler davantage. Pourquoi ne pas commencer dès ici-bas ?

Les moments intenses de bonheur que vous aurez pu vivre sur terre dans l’amour du prochain, ceux qui vivent dans le mal ne les connaissent pas, ils ne les comprennent pas ! Leur vie est faite de ripaille et de plaisirs charnels ô combien futiles. Est-ce donc là le bonheur auquel vous aspirez ? Croyez-vous que vous retrouverez dans l’Autre Monde vos corps actuels pour vous repaître de sensations comme sur cette terre ? Erreur, frères, erreur ! Car il est dit : « La chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu » (1 Co 15, 50).

Si vous vivez en Dieu, votre prochain qui vit dans le mal vous désignera du doigt, il se moquera de vous, il vous crachera au visage « à cause de Moi » (Mt 5, 11), a dit le Christ. Il n’aura pas compris… Mais que Dieu, à son heure dernière, l’éclaire de Sa Lumière d’Amour et il s’apercevra alors qu’il s’est privé de bien des joies supérieures : la confiance en Notre Seigneur, Son aide, la Communion des âmes, et le bonheur immense de vivre dans la Vérité de l’Amour du Père.

Chers frères, la terre est si loin de ce Plan aujourd’hui ! Elle s’enfonce de plus en plus dans l’abîme sous les rires claironnants de Lucifer. Que ceux qui se veulent chrétiens prient pour tous leurs frères et, en particulier, pour les plus pécheurs afin que le Seigneur, qui est Amour, les aide à rejoindre les premiers. Car ceux qui se croient les premiers tout en faisant de la discrimination, en jugeant, en méprisant, en asservissant, ceux-là mêmes seront les derniers ! Par orgueil, ils se croient grands et ils s’arrogent le droit de juger, mais ils s’éloignent de la Vérité dans leur aveuglement !

Frères, soyez vigilants. Restez humbles. Vivez dans l’amour, allez vers les petits. Donnez l’exemple d’un christianisme authentique et œuvrez dans la foi toujours par amour. N’attendez en échange aucune autre récompense que l’Amour de Dieu : telle est la Vérité. Cela ne vous comble-t-il point ? Il est dit : « Demandez et vous recevrez » (Jn 16, 24) mais nous vous disons aussi : « Donnez et vous recevrez ».

Ainsi soit-il dans le Christ.

          + Vos frères dans l’Équité