Message de Toussaint 2019 (II)

MESSAGE DE TOUSSAINT 2019 (II)

Bien chers frères,

L’harmonie qui règne dans les Demeures Célestes, que nous avons précédemment évoquées, devient de plus en plus forte au fur et à mesure que l’on se rapproche du Trône de Dieu, où le chœur des anges et les âmes bienheureuses chantent sans fin les louanges de l’Éternel.

En fait, cette harmonie se fait sentir dès le seuil de ces Demeures, où les âmes des nouveaux arrivants retrouvent, dans un amour indicible, tous ceux qui sont déjà Là-Haut et viennent à leur rencontre. Car au Ciel, tout n’est qu’amour, et l’amour attire l’amour.

Imaginons, chers frères aimés, que vous arriviez dans les Demeures Célestes : vous y voyez d’abord Notre Seigneur, dont l’amour et la lumière rayonnent où que vous soyez, et la Très Sainte Vierge Marie, Reine du Ciel. Vous y rencontrez votre ange gardien et tous les saints que vous avez aimés et priés sur la Terre. Vous y êtes aussi accueillis par des membres de vos familles, des amis, des voisins et des gens que vous avez bien connus et qui ont rejoint le Ciel avant vous.

À votre grande surprise, vous y retrouvez aussi une multitude de personnes dont vous n’aviez peut-être plus souvenir : l’institutrice de maternelle à qui vous offriez de belles fleurs du jardin de vos parents, ou la catéchiste à qui vous aviez fait un beau dessin de la Vierge Marie ; le gentil clochard du coin de la rue que vous gratifiez d’une obole quand vous étiez enfant ; le jeune garçon en difficulté que vous avez, un jour, défendu contre une bande de racketteurs, ou la dame âgée que vous aidiez souvent à porter son sac de courses jusque chez elle. Quand ce n’est pas cet ancien collègue que vous avez, il n’y a pas si longtemps, charitablement remplacé pendant quelques jours, dont la mort vous a profondément affecté et pour qui vous avez fait célébrer une messe. Toutes ces personnes vous sont reconnaissantes et elles sont là pour vous, en harmonie avec vous, parce que l’amour de Dieu vous rassemble et vous unit.

Vous pouvez aussi, chers frères, vous trouver précédés Là-Haut par des pécheurs notoires dont vous aviez toujours bien pris soin d’éviter la compagnie sur cette Terre. Nous vous le redisons : n’en soyez pas étonnés mais réjouissez vous ! Car grâce aux prières et aux intercessions des uns et des autres, ils auront été rachetés et accueillis à la Table des Élus (1).

Amis, sachez que chaque fois qu’au cours de votre vie terrestre vous avez donné de vous-mêmes ou de votre temps, chaque fois que vous vous êtes sacrifiés pour d’autres personnes, chaque fois que vous avez donné de l’amour à quelqu’un – même à un animal -, cela vous a été compté, tout comme les cheveux de votre tête (cf. Lc 12, 7) ! Car tout acte de charité authentique émane de l’amour de Dieu, et tout ce qui sort de Dieu, Dieu en a connaissance. À cet égard, souvenez-vous du passage d’Évangile où une hémorroïsse toucha le vêtement de Jésus parce qu’elle avait foi en lui : ce dernier se rendit compte en lui-même qu’une force était sortie de lui, et la femme s’en trouva guérie (cf. Mc 5, 30).

Ainsi, chers frères, aucune pensée ou parole d’amour ni aucun acte de charité n’est oublié dans le Ciel, et chaque personne qui vient nous y rejoindre arrive avec le bagage d’amour et de charité de toute sa vie, où absolument rien n’est omis – et cela pour l’éternité ! C’est, entre autres, de cet extraordinaire tissage d’actions humaines charitables, mues par l’amour de Dieu, qu’émane cette musique si harmonieuse des sphères célestes et que se dévident les notes de ce puissant concert d’amour.

Vous retrouvez aussi, dans les Demeures Célestes, vos animaux favoris – en particulier les chiens, les chats ou les chevaux, qui sont de fidèles amis des hommes. Et si vous avez quelque doute à ce sujet parce que l’enseignement de l’Église ne le mentionne guère (2), pensez à ces braves toutous qui font des kilomètres pour aller se coucher sur la tombe de leur maître et s’y laisser mourir, ou à ces gentils matous qui accompagnent pendant des années et jusqu’au bout leur veille maîtresse de leur affection et de leurs ronrons. Pensez à tous ces chevaux qui, au cours des siècles, ont transporté sur leur dos tant d’êtres humains, ou qui, en vaillants destriers, ont péri avec eux dans la bataille. Comment Dieu pourrait-il séparer dans l’Autre Vie tout ce qu’il a créé de bon et avec amour sur cette Terre ?

Et tout cela forme, Là-Haut, comme un majestueux feu d’artifice avec ses bouquets, dont les retombées sont autant de bras multicolores tendus vers vous pour vous remercier des moindres actes de charité que vous avez posés tout au long de votre vie terrestre. « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40), dit Notre Seigneur.

Parallèlement, vous pouvez aussi retrouver dans les Demeures Célestes tous ceux qui ont exprimé de la bonté à votre égard, et qui ont rejoint le Ciel avant vous : cet ami de votre père qui avait réparé, pour votre plus grand bonheur, votre jouet favori quand vous étiez enfant ; cet inconnu qui a sauté à l’eau pour vous sauver alors que vous alliez être emporté par le courant, ou cette bonne grand-mère qui, dans le train, avait partagé avec vous ses sandwiches parce qu’elle avait deviné que vous aviez faim. Et il en est de même des personnes qui ont prié pour vous avec foi et sincérité au cours de leur vie terrestre. Quelle merveilleuse communion !

C’est pour que tous les hommes puissent aller au Ciel que Jésus a fondé son Église. Certains vous diront qu’il n’a rien fondé du tout, et que toutes les religions se valent. Ne les écoutez pas et ne l’abandonnez pas, cette Église, car une, sainte, catholique et apostolique, elle est la Gardienne de la Vérité et les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle (cf. Mt 16, 18).

Elle est une parce qu’unique et indivisible, sous la tutelle d’un seul chef : le pape. Si ceux qui auraient pu la rejoindre dès son origine ne l’ont pas fait, plongés qu’ils ont été dans les ténèbres envoyées par le Père alors qu’approchait l’heure de la mort de son Fils sur la Croix (cf. Mt 27, 45 ; Mc 15, 33 ; Lc 23, 44), et si, au cours des siècles, d’autres, à cause de leur orgueil, ont décidé de déserter son giron, tous n’en sont pas moins appelés à la rejoindre à la fin, pour que soit exaucée la prière de Jésus à Dieu, son Père : « que tous soient un » (Jn 17, 21), et que, comme le dit l’apôtre Paul, Dieu soit « tout en tous » (1 Co 15, 28). Malheureusement, certains ne la rejoindront vraisemblablement pas à cause de leurs péchés, comme nous vous l’avons expliqué dans notre précédent message.

Elle est sainte parce que, quelle que soit l’histoire des êtres humains qui l’ont composée et qui la composent, elle reste, en dépit de leurs fautes, dépositaire de l’unique Vérité, éclairée par la lumière de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Sainte Église de Dieu, vous êtes la Gardienne de la foi.
Sainte Mère des croyants, vous êtes la Tutrice de l’humanité.
Saint Tabernacle du Dieu vivant, vous êtes la Nourrice de tous vos enfants.

Elle est catholique parce qu’universelle, et que, comme Jésus lui-même, elle appartient à l’éternité du Père. Corps Mystique du Christ, elle est aussi l’union de tous les croyants, ceux de la Terre, du Purgatoire et du Ciel.

Enfin, elle est apostolique parce que le Seigneur Jésus a voulu non seulement manifester le Nom de Dieu, son Père, aux apôtres que Celui-ci lui a donnés, mais aussi leur communiquer son Évangile de Vie (cf. Jn 17, 6-10), afin qu’ils le transmettent à toutes les nations et fassent des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (cf. Mt 28, 18-20).

Frères aimés, l’Église « militante », celle de la Terre, est la voie de votre salut. Par votre Baptême, vous en faites partie intégrante et vous entrez dans son éternité. Vous en êtes même les poumons qui lui donnent du souffle. Aimez-la. Ne lui ôtez pas votre confiance. Pensez plutôt à tous les martyrs qui l’ont édifiée par leur sang, et à tous les saints qui l’ont enrichie de leur exemple et de leur enseignement. Pensez à Notre Seigneur qui a toujours exhorté les hommes au pardon et à la miséricorde, et appliquez-vous à devenir vous-mêmes d’authentiques enfants de Dieu, tout brûlants de charité. Ainsi, la sainteté des uns viendra contrebalancer l’indignité des autres, et les prières des uns adoucir les peines des autres. C’est cela la communion des saints !

Apprenez à aimer, amis. Apprenez à être attentionnés envers vos frères, à être doux, humbles et bons, et laissez l’Esprit Saint vous éduquer à cette spontanéité du cœur qui vous poussera à accomplir une multitude d’actes charitables sans même que vous en ayez conscience. Apprenez à pardonner à l’instar de Notre Seigneur juste avant qu’il rende l’esprit sur le bois de la Croix, car si vous ne pardonnez pas à ceux qui vous ont offensés, vous ne serez pas non plus pardonnés. Devenez des justes, qui aiment à faire spontanément le bien sans calcul d’intérêt, et, après que vous aurez lu ces lignes, nous vous invitons à vous mettre sérieusement au travail pour progresser plus encore sur le chemin de la sainteté.

Que Notre Seigneur et sa très sainte Mère vous bénissent et vous gardent.

+ Vos frères dans la Vérité

(1) v. Message du 23 septembre 1990 in Un Souffle qui passe…, Tome 2.
(2) L’Église n’interdit pas de le penser à condition qu’on ne fasse pas des créatures (anges, hommes, et, pourquoi pas, animaux) la source de la béatitude. Le bonheur du Ciel consiste en effet essentiellement à voir Dieu, à vivre dans l’intimité immédiate du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et à partager leur communion éternelle. Mais ce bonheur rejaillit dans la communion des créatures entre elles. C’est ainsi qu’on peut interpréter le verset « Tu sauves, Seigneur, l’homme et les bêtes » (Ps 35, 7).