Message du 1er octobre 1989

Bien chers frères,

Si vous souhaitez savoir ce que nous pensons des émissions religieuses présentées à la télévision, nous vous répondrons sans hésiter que si certaines sont excellentes, d’autres contribuent malheureusement à fausser la foi chrétienne et à dérouter les téléspectateurs spirituels.

Souvent y sont évoqués, en effet, les problèmes « de société » et les témoignages qui sont donnés n’ont que bien peu de rapport avec la spiritualité. En fait, la société humaine est malade du matérialisme. Elle souffre à travers tous ses membres des souffrances de nature matérielle et de nature spirituelle. Sans doute les inégalités matérielles contribuent-elles à creuser le gouffre qui sépare les plus riches des plus pauvres, et les richesses des uns forment-elles un tel contraste avec la misère des autres que tout cela peut sembler révoltant. Mais le riche qui veut oublier Dieu, tout autant que le pauvre qui veut l’ignorer sont tous deux atteints de la même maladie, la plus grave qui soit au monde : le cancer de l’âme ! et cela, personne ne pense à vous le dire ! Regardez cet homme qui vit dans l’opulence et semble goûter un bonheur sans pareil : il a une famille qui l’aime et des biens au soleil. Il profite de toutes les occasions que lui offre la vie pour enrichir son patrimoine matériel et intellectuel. Chacun le cite en exemple parce qu’il a « réussi » ! Or, personne ne sait encore qu’il est atteint d’une maladie incurable et que, dans quelques mois, il se retrouvera devant le Seigneur ! Cependant, la religion n’est pour lui que le havre des faibles qui doivent bien se raccrocher à quelque chose pour continuer à vivre…

Alors, chers frères, nous vous disons : que vous soyez riches ou pauvres, que vous en éprouviez le désir ou non, vous avez tous besoin du Seigneur. Les émissions religieuses du dimanche devraient toutes permettre aux chrétiens de mieux connaître Dieu d’abord à travers une authentique catéchèse fondée sur l’Évangile et l’Enseignement de l’Église tel qu’il est rappelé avec insistance par le Saint-Père. Combien de chrétiens connaissent les discours du Pape et les lisent régulièrement ? Saturés par l’étalage permanent de violence, de misère et d’immoralité déployé par les médias, les chrétiens, qui, dans leur vie de tous les jours doivent contribuer, avec la société tout entière, à lutter contre ces problèmes angoissants devraient aspirer à entendre parler de Dieu dans un esprit de vérité. La danse, le théâtre, les grands discours, les analyses psychologiques, sociologiques, économiques, artistiques, historiques et autres ne devraient donc pas avoir la première place dans les émissions religieuses. Qu’ils soient donc laissés à des spécialistes à d’autres heures d’écoute ! Mais tout cela est tellement distrayant, amusant, esthétique, intéressant…

Il est vrai que s’il y était seulement question de Dieu, du Ciel et d’une sérieuse préparation à la Vie Future avec tous les impératifs que cela comporte, beaucoup s’empresseraient d’éteindre leur poste car ils seraient agacés et dérangés : dérangés dans leurs habitudes, dans leur « quotidien », dans leur conformisme matériel, intellectuel et même spirituel. Entendre parler, par exemple, une fois encore du chômage alors que tant d’émissions profanes évoquent déjà ce problème, et se laisser persuader d’envoyer une certaine somme d’argent à une bonne œuvre, cela n’est pas très difficile et contribue à donner bonne conscience. Mais entendre parler de tous ces petits défauts que l’on peut avoir, de tous ces petits péchés que l’on peut faire et dont il plairait tant à Dieu que l’on se débarrasse, voilà qui serait bien plus dérangeant mais tellement plus salutaire à la vie spirituelle ! Entendre parler d’une charité qui ne consiste pas seulement à aller donner un bol de soupe aux pauvres, mais aussi à leur parler de Dieu, de leur âme, que Dieu voudrait sienne, et du Ciel, des anges et des saints, des Commandements, de la Confession, de la Communion et de l’intimité avec Jésus, Marie et toute la Cour Céleste, ah ! frères, s’il pouvait en être ainsi !

Les actions charitables ne sont pas votre privilège, nous vous l’avons redit maintes fois ! Votre privilège, c’est d’abord la connaissance du Seigneur. Si vous possédez cette connaissance et une véritable intimité avec Lui, vous n’aurez plus qu’un seul désir : dire à vos frères qu’ils ont une âme qui les relie à Dieu ; dire à vos frères qu’avec Dieu, ils peuvent tout et que sans Dieu, ils ne peuvent rien sinon se débattre dans la vie comme des poissons hors de leur bassin.

Oyez, chers frères, de quoi l’on vous parle à la télévision : de fraternité humaine, de solidarité humaine, de partage humain, d’entraide humaine. Tout chrétien digne de ce nom n’a pas besoin d’être entretenu de telles notions : il doit les posséder par définition. S’il n’a pas la charité, il est comme une cymbale retentissante, dit Paul (1 Co 13, 1), il est un mauvais chrétien ! En donnant de l’argent, en accueillant, en aidant, vous ne faites que votre devoir d’hommes terrestres. Mais si vraiment vous aimez la personne que vous assistez, non seulement vous contribuerez à la délivrer de sa gêne matérielle, mais, en plus, vous désirerez ardemment de l’aider dans sa vie spirituelle et de lui faire connaître la plus grande richesse que l’humanité ait jamais connue et qu’elle peut faire sienne.

Ah ! frères, comprenez cela, nous vous en supplions ! Toute autre manière de vivre la foi n’est que satisfaction personnelle, esbroufe, hypocrisie sociale, principes, faux amour ! Faites donc vibrer votre cœur à la vraie misère : celle de la méconnaissance de Dieu. Nous semblons parfois durs, nous le savons, mais telle est la vérité et nous ne pouvons point vous la dissimuler. Le Seigneur est exigeant, vous savez :

« Quiconque accueille un enfant comme celui-ci à cause de mon nom, c’est Moi qu’il accueille. » (Mc 9, 37).

Donner est un acte humain magnifique, mais donner au nom du Seigneur et faire connaître aux hommes Son Amour et Son Enseignement, voilà qui est plus magnifique encore !

Lorsque vous donnez sans parler de Dieu, le bien dont vous vous séparez ne peut fructifier ni dans un sens, ni dans l’autre. Écoutez ceci :

 

Un homme vint un jour auprès d’un pauvre et lui dit : « Je vais te donner toute ma fortune et tu pourras en disposer comme bon te semblera. » Puis il lui laissa des milliers de liasses de billets de banque. Le pauvre fut émerveillé et il n’en crut pas ses yeux. À mesure qu’il défaisait les liasses, il jetait les billets en l’air en criant : « Je suis riche ! je suis riche ! » Puis le riche le quitta, le laissant avec son nouveau patrimoine.

Mais le pauvre n’avait, pour engranger tout cet argent, qu’une minuscule maison qui fermait mal au milieu d’une lande isolée, et il dut la vider de son modeste mobilier pour y loger les liasses. Une nuit, comme il faisait très froid, il se vit contraint d’allumer du feu avec quelques billets. Mais des visiteurs qui passaient par là, attirés par la lumière, découvrirent l’argent et dépouillèrent l’homme de son bien.

 

Le riche a-t-il, selon vous, agi avec discernement ? Il a fait don de sa fortune au pauvre sans lui donner les moyens de la conserver en sûreté et de la faire fructifier. Ainsi en est-il de vous lorsque vous donnez sans parler de Dieu. Votre bien est englouti, dilapidé, dépensé et oublié… Si au contraire vous donnez au nom de Dieu, vous aidez vos frères non seulement dans le domaine matériel, mais aussi dans le domaine spirituel, et vous les préparez à changer de vie et à acquérir des biens mille fois plus précieux, tout un patrimoine d’une richesse intarissable : celui de connaître Dieu, de vivre en Sa compagnie, de Le recevoir avec tous les présents qu’Il apporte à l’homme humble et repentant, de L’aimer et de se nourrir de Sa Parole. Qui découvre le véritable amour, simple, désintéressé, total, la joie de la pureté, la maîtrise de la pensée et du corps avec le secours de la Grâce, le bonheur de la Communion au Corps et au Sang du Christ pour grandir en perfection, et celui du partage, dans la Communion des Saints, de la Bonne Nouvelle, qui découvre cela, disons-nous, a vraiment trouvé le trésor des trésors !

Ne sont-ce point, chers frères, ces richesses que devrait faire découvrir à tous les chrétiens affamés la télévision lors des émissions religieuses ? Or, à quelques rares exceptions près, il n’en est rien. Quant aux Messes qui vous sont présentées, elles ne respectent pas elles non plus, dans la majeure partie des cas, les consignes données par le Saint-Père au sujet de la liturgie, et l’innovation va bon train ! La liturgie est tronquée, tantôt remplacée par des textes qui n’ont rien à voir avec la Sainte Messe, tantôt agrémentée de véritables « spectacles » donnés par certains groupes, alors qu’il ne reste point de temps pour la Seconde Lecture ! Comme par hasard, c’est souvent celle qui se trouve être la moins tendre, la plus gênante, celle qui remet, avec Paul par exemple, les pendules des chrétiens à l’heure. Alors, elle est tout simplement escamotée… Les sermons, qui devraient, s’adressant au pays entier et même au-delà, rappeler les grandes vérités de l’Église en union avec Rome, sont parfois de véritables entreprises de démolition de la foi catholique parce que les prêtres qui les prononcent ne laissent plus l’Esprit Saint s’exprimer par leur bouche. Ainsi parle-t-on de la spiritualité des « grands saints » comme d’une chose inaccessible au lieu de la donner en modèle à tous les chrétiens. Ainsi s’insurge-t-on contre la souffrance du monde et ne comprend-on pas comment un Dieu qui est Amour puisse permettre de telles horreurs. Ainsi encourage-t-on sans cesse à l’activisme social et à la solidarité, mais bien peu à la recherche spirituelle profonde, personnelle, mystique, au coeur-à-Coeur avec Notre Seigneur, au discernement permanent du bien et du mal, à la Confession individuelle fréquente, à la Communion en état de Grâce !

Qui peut voir à la télévision qu’il est encore permis de recevoir la Sainte Communion à genoux et sur la langue ? Par esprit d’imitation et pour ne pas paraître rétrogrades, surtout dans les petites paroisses, les fidèles se pressent de faire « comme à la télé », mais se demandent-ils ce que Notre Seigneur, qui est l’Invité de leur cœur, préfère ? Que l’Église autorise la pauvre grand-mère qui a du mal à recevoir le Seigneur sur la langue à cause d’un appareil dentaire à communier « dans la main », ou celle qui ne peut se mettre à genoux à cause de son arthrose à communier « debout », cela n’a rien de condamnable contrairement à ce que prétendent certains esprits étroits. Mais qu’une majorité de fidèles et de prêtres s’arrogent le droit de faire de cette pratique une loi générale pour des raisons de commodité personnelle ou pour « aller plus vite » – car leurs véritables raisons, n’en doutez pas, nous apparaissent au grand jour ! -, cela n’est pas pour plaire à Notre Seigneur.

Allons ! frères, vous qui êtes en bonne santé et qui voulez vraiment communier au Corps et au Sang de Jésus-Christ, pourquoi témoignez-vous si peu de respect devant l’Hostie Consacrée et vous en saisissez-vous comme d’un simple morceau de pain – ce qu’elle n’est plus ? Vous fermerez volontiers les yeux en écoutant religieusement une belle musique, vous vous recueillerez volontiers devant la dépouille de l’un de vos défunts, vous vous inclinerez volontiers devant un roi, un président ou un ministre, et vous vous soumettrez volontiers aux injonctions de votre idole favorite que vous irez applaudir en concert, mais pour la simple raison que vous ne voyez pas Notre Seigneur avec vos yeux humains, Notre Seigneur présent en chair et en os dans ce Morceau de pain, vous agissez avec une désinvolture qui Le peine et nous peine tous profondément…

Réfléchissez à cela, chers frères aimés, et gagnez en sincérité et en spiritualité. Certains diront : « Mais nous ne savions pas ce que nous venons de lire ! » Eh bien, à présent, c’est chose faite : vous le savez ! Méditez donc ces paroles et agissez en conséquence, voulez-vous ?

Que le Seigneur vous bénisse, Lui qui vous aime plus que tout. Aimez-Le de tout votre cœur et de toute votre âme, apprenez à Le mieux connaître et faites-Le connaître à votre tour. Que Marie, Sa Très Sainte Mère, vous protège et vous garde.

+ Vos frères dans la Foi