Message du 20 avril 1986 (II)

Chers frères,

La discrétion est une grande vertu. Sans cesse votre esprit agité juge et condamne les choses de ce monde et les personnes qui s’y meuvent. Il les trouve futiles, sans profondeur, vulgaires, excentriques ; il les méprise comme il méprise le monde sans Dieu. Frères aimés, ne jugez point : mettez un frein puissant à ces élucubrations de votre esprit qui ne peut s’empêcher de juger dès lors qu’il voit ou entend quelque chose. Si, malgré tout, des pensées vous assaillent, ayez soin de les conserver dans le silence de votre cœur. Apaisez ces ardeurs qui enflamment l’esprit et le poussent à la critique et à la condamnation. Refoulez ce mépris qui peu à peu vous envahit, et faites en vous le calme. Appelez votre ange gardien à votre secours et ressentez plutôt la peine que vous causez au Seigneur en accueillant dans votre cœur de tels sentiments. Ainsi transformerez-vous bien vite le mépris en pitié compatissante.

Accueillez la peine amère qui a étreint le Cœur de Notre Seigneur lorsqu’Il se trouvait au Jardin des Oliviers, se voyant abandonné de tous. Accueillez la pitié immense de Notre Seigneur sur la Croix où, au milieu des douleurs, Il agonisait devant ces hommes et ces femmes remplis de haine, assoiffés de sang, dont le cœur restait insensible aux terribles souffrances de l’Agneau Immolé. Jésus a-t-Il été haineux, malgré tout ? A-t-Il montré quelque signe de rébellion, de protestation, de jugement malheureux ? Non point ! Il a souffert de ce que les humains ne savaient pas ce qu’ils faisaient… Son Amour à aucun instant n’a été altéré par les cris hystériques de la foule, qui Lui inspiraient une tristesse plus grande encore. Lorsque vous vous trouvez au milieu d’une foule infidèle, lorsque vous vous trouvez au milieu de chrétiens qui se comportent en païens, frères, vous qui voulez ressembler au Christ, ne jugez pas, mais souffrez et priez ! Ne vous montrez pas méprisants, car, si Dieu n’avait éduqué votre âme à la foi, vous seriez peut-être les premiers à participer aux bâfrées et à l’agitation.

Lors de grandes occasions comme les Baptêmes, les Communions, les Mariages religieux, il est coutume de se réunir pour la cérémonie puis d’offrir aux invités un banquet de réjouissances. Alors qu’elles devraient rester sous le signe du Seigneur, ces manifestations souvent dégénèrent : on boit, on rit, on danse, on se délecte de conversations frivoles et de plaisanteries de mauvais goût, qui, par principe, excluent tout sujet religieux sauf pour s’en gausser. On y parade en vêtements luxueux, on séduit, on sombre dans l’enfer des plaisirs immédiats…

Frères, le Seigneur est tellement peiné de se voir délaissé au profit de futilités, surtout lorsqu’Il est Lui-même l’Invité d’honneur ! Alors vous aussi, partagez Sa peine, et si vous êtes invités à telles réjouissances, refusez poliment et gentiment tout excès. Mangez et buvez avec modération et ne vous laissez pas entraîner à des actes inconsidérés. La sobriété est l’une des vertus de l’ami du Fils de Dieu. Portez sur vos épaules le poids de cette croix que ces infidèles Lui font encore souffrir et soyez fiers de la Lui offrir : lorsque le Mal en vient à vous faire souffrir bien que vous ne le subissiez pas directement, alors, vous participez vous aussi au Calvaire, et c’est le Cœur du Christ qui habite votre cœur. Lorsque vous souffrez les souffrances des autres, cela signifie que vous aimez votre prochain comme vous-mêmes. Mais lorsque vous souffrez ce que les autres ne souffrent pas parce qu’ils sont comme anesthésiés par leur péché, alors, ce sont les Souffrances du Rédempteur que vous vivez. Participant ainsi davantage à Son Calvaire, c’est à ces moments que vous Lui ressemblez le plus.

Supportez donc avec courage les souffrances ressenties en votre cœur à la vue de la corruption et du manque de foi qui sévit dans le monde. Souffrez et priez pour les personnes qui vous sont chères et que vous voyez refuser l’Enseignement de Jésus pour aller se perdre en Enfer. Priez, frères aimés, priez. Aimez ces personnes. Ne leur adressez pas de paroles blessantes pour les mettre en garde ou les effrayer. Maîtrisez vos emportements. Priez et, ensuite seulement, parlez. Vous serez tentés de parler sévèrement, mais, au lieu de ramener les brebis au bercail, vous les feriez fuir entre les griffes de la bête qui rôde… La lumière qui extirpe l’âme des ténèbres doit être douce, progressive et avoir la chaleur de l’amour. Le raisonnement est une chose sage, mais lorsqu’il est assaisonné d’amour, il devient attirant. Soyez donc doux et sachez ne point renoncer dès les premières tentatives, car nous connaissons votre impatience ! Rigoureux avec vous-mêmes, vous désirez aussi que les autres vous suivent.

Qu’a contemplé Jésus du haut de la Croix, frères aimés ? Apparemment, l’étendue d’un échec : des êtres haineux hurlant des insanités contre la Douceur, des horreurs contre la Pureté, des blasphèmes contre Dieu, décochant leurs traits contre Celui-là même qui les avait guéris ! Tout cela était écrit, et la Parole devait s’accomplir. Le Fils de l’Homme devait mourir à ce monde dans la plus grande nudité, dans le plus grand abandon. Mais qu’en est-il, en réalité, amis ? N’a-t-Il pas sauvé l’humanité ? N’a-t-Il pas conduit au Ciel toutes les âmes qui se sont données à Lui et ont suivi Son Chemin ? Ne renoncez pas, ne vous découragez pas. Il ne faut jamais désespérer mais prier. Vous semez aujourd’hui la graine : devrait-elle mûrir dans dix ans, dans vingt ans, cela n’est plus votre affaire : c’est celle de Dieu qui vous a utilisés comme Ses messagers afin que Sa Parole soit connue.

Parlez de Dieu avec amour et respect. Dites combien Il aime Ses enfants et combien cet Amour déçu Le peine ! Expliquez que la tentation est le fruit empoisonné des pièges du Tentateur, qui désire attirer dans la matière le plus d’âmes possible afin de les tuer petit à petit à la Vie Spirituelle. Pour discerner, référez-vous toujours à l’Église et au Saint-Père. Encouragez votre entourage à lire ou relire la vie du saint Curé d’Ars et ses œuvres. Ils y verront combien l’effort peut apporter de paix et comment, en s’éloignant des tentations du monde, le cœur de l’homme peut accueillir le Ciel. Si le saint Curé condamnait hier les bars et les danses, combien plus il est peiné aujourd’hui devant le spectacle du monde en détresse et de tous ces jeunes qui refusent Dieu pour aller se jeter entre les bras du Démon !

Que votre prière soit fervente, frères. Nous vous bénissons. Que la Paix du Seigneur reste avec vous tous.

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