Message du 20 juin 1982

Message du 20 juin 1982
(Poème inspiré au messager)

NAISSANCE

Un torrent de candeur s’échappe du calice
Qui du frais matin bleu a surgi sans effort,
Et, paré des soleils de mille perles d’or,
L’homme, dans la douceur, s’étire sous la brise.
Chaudement caressé, son corps vibre à l’envi.
De ses doigts il saisit le sable de son être,
Les algues de son sang, les marées de ses nuits,
Et plongé dans l’air doux, tout baigné de lumière,
Vers le ciel, il s’écrie : « Comme c’est beau la vie ! »

Pailletée d’argent bleu, la mer, sous son regard,
S’étale et se dilate. De son ventre noueux,
Elle charme le marin au visage d’albâtre,
Et abreuve la grève de son précieux nectar.
Au loin, le blanc bateau gomme les vagues claires,
Et son sillon, sur l’eau, les reforme en moussant.
Dieu, est-il un pays plus beau que l’océan ?

Las de son dur labeur, l’astre, au ciel, se dissout.
Vibrant de ses rayons, l’homme tombe à genoux.
C’est le soir. À la mer empourprée le soleil s’abandonne.
De sa hutte de bois, l’homme épie et s’étonne.
Son regard s’obscurcit comme le bleu du ciel.
Il frémit en voyant les rayons en corolle
Peu à peu engloutis dans l’océan de miel.

La nuit a pris son fief, mais le sommeil obscur
N’a point vaincu encor’ le veilleur vigilant.
À l’infini, là-haut, s’ouvrent mille paupières,
Et des yeux pétillants l’observent sans répit.
Étoiles de vertu, pourtant primesautières,
Elles se mirent dans l’eau, que reflète la nuit.

Happé par l’infini, l’homme, soudain, s’endort.
Et son âme ravie, phare aux rayons ardents,
A garde de son corps.
Monté sur le bateau parti vers le ciel d’encre,
Le marin souriant goûte à la liberté.

Déjà, le ciel pâlit, et, lasses de leur veille,
Les paupières, là-haut, se ferment doucement.
Du fond de l’océan, le spectre du soleil,
Monté sur un radeau, paraît au firmament.
Un torrent de candeur s’échappe du calice…