Message du 22 mai 1988

MESSAGE DE PENTECÔTE

Chers frères aimés,

Qu’en ce jour béni, l’Esprit Saint vous éclaire de Sa vive Lumière et fortifie les qualités si précieuses que le Seigneur a déposées en votre âme. Demandez la protection toute spéciale de Marie, notre Très Sainte Mère, et accueillez Jésus-Christ en vous avec le désir de L’y conserver durablement. Que ce soit Lui qui agisse par Son Esprit, l’Esprit de Pentecôte que vous avez reçu, chers frères, au jour de votre Confirmation. Il n’est nul besoin d’une nouvelle cérémonie pour rappeler cet Esprit sur vous car Il est déjà en vous ! C’est pourquoi il n’est pas raisonnable de L’y laisser sommeiller. Bien au contraire, frères aimés, si le Seigneur vous a fait don de Son Esprit, c’est afin que vous Le mettiez à contribution à chaque instant de votre vie.

Si vous avez été confirmés et que vous ne ressentiez pas cette Divine Présence, ne cherchez point dans l’exaltation à La recevoir de nouveau de manière plus spectaculaire car alors, quelle serait votre foi ?

Lorsque vous invitez chez vous un ami et que vous lui offrez votre plus belle chambre, fermez-vous la porte à double tour et oubliez-vous sa présence jusqu’au jour où quelque événement vous rappelle son nom ? et vous rendez-vous chez lui pour le retrouver alors qu’il est déjà chez vous ? Ah ! frères, quelle négligence et quelle absurdité ce serait ! Votre rôle n’est-il pas plutôt, dans l’intimité de cette chambre que vous lui avez offerte, de réveiller celui qui s’est endormi, lassé de vous attendre ? de ranimer celui que vous avez si négligemment condamné à une hibernation inutile ?

Frères, l’Esprit Saint est votre véritable Ami, Celui dont l’amour et le discernement sont sans faille, Celui qui peut vous guider et vous protéger aussi souvent que vous solliciterez Son aide, Celui qui peut faire vivre votre âme de la Vie de Plénitude. Logez-Le, aimez-Le, nourrissez-Le du mets exquis de la prière du cœur, réservez-Lui des moments de quiétude pour converser avec Lui et vous enrichir de Sa présence. Vivez avec Lui, par Lui, en Lui, car il n’est pas plus immense présent sur terre que Celui du Fils de Dieu vous laissant Son Corps et Son Sang précieux en Nourriture Spirituelle et vous envoyant Son Esprit-Paraclet pour vous guider et vous instruire.

Toutefois, vous devez vous montrer vigilants face à certains groupes exaltés qui prétendent recevoir les faveurs de l’Esprit Saint. Rappelez-vous ce passage du Livre des Rois où Élie se préparait à accueillir le Seigneur : ce dernier n’était ni dans l’« ouragan violent », ni « dans le tremblement de terre » ni dans le « feu ». Il était dans « le silence d’une brise légère », et Élie, en humble et respectueux serviteur, « se couvrit le visage de son manteau » (1 R 19, 11-13). Prenez garde, frères, à ces prétendues manifestations extraordinaires dont vous ne connaissez point l’origine et qui attirent si facilement les faibles et les malheureux. Comme mus par une force mystérieuse dont ils clament à grands cris l’origine céleste, ces gens se prétendent soudain guéris de tous leurs maux et proclament leur conversion à la face du monde. Mais que le groupe vienne, pour quelque raison, à disparaître, et avec lui les prétendues manifestations de l’Esprit Saint, et voilà les nouveaux convertis qui sombrent dans des tribulations plus grandes encore… Quant à la direction spirituelle de certains de ces groupes, assurée par des laïcs, elle est parfois si dure – dans un souci d’imitation de l’obéissance monastique – qu’au lieu de laisser les adeptes se prendre en charge et découvrir, sous l’influence de l’Esprit Saint, quelle est leur voie dans la prière et le recueillement, elle leur impose un mode de vie profondément inadapté à leur propre psychologie et à l’accomplissement sérieux de leur devoir d’état. Montrez-vous donc prudents, chers frères aimés !

L’Esprit de Dieu n’en inspire pas moins le cœur de l’homme dans le recueillement et la prière. Certaines personnes et certains groupes chrétiens, plus humbles et plus silencieux, peuvent en témoigner. Pour quelle raison, alors, hommes d’Église, vous montrez-vous si réticents à croire aux authentiques manifestations de l’Esprit Saint, pourtant si indispensables à la vie de la communauté chrétienne ? Pourquoi vous montrez-vous si embarrassés et si profondément hostiles face à des textes de messages soumis humblement à votre jugement ?

Nul n’a le monopole de l’Esprit Saint, et nous pouvons même vous dire que si vous ne vous décidez point à ranimer la Flamme de Pentecôte qui sommeille en vous-mêmes et en vos ouailles, ce ne sera plus Elle qui guidera vos actes et vos paroles mais votre propre jugement !

Quel est ce jugement péremptoire qui déclare, par exemple, que les messages que nous vous communiquons ne viennent pas de Dieu mais de l’esprit de notre messager, pour la seule et unique raison qu’ils se permettent quelques remarques judicieuses sur la vie actuelle de la communauté chrétienne : mettre les hommes en garde contre l’œuvre si sournoise de Satan dans le monde moderne, déplorer l’inconduite de certains prêtres, l’exaltation de certains mouvements religieux, ainsi que le développement de certaines formes de compromission en matière de foi, qui outrepassent les limites d’un œcuménisme légitime ?

Lorsqu’un homme d’Église se doit prononcer sur quelque phénomène extraordinaire, c’est l’assistance de l’Esprit Saint en premier qu’il doit requérir dans la prière et dans l’humilité et non l’aide tout intellectuelle de certains érudits chez qui l’étude détruit si souvent le discernement authentique communiqué par l’Esprit.

Comme votre foi est faussée par l’intellectualisme, chers frères ! Quand allez-vous enfin vous décider à ouvrir la porte de votre chambre d’ami et à libérer Celui que vous y retenez prisonnier ? C’est seulement alors que vous pourrez Le voir à l’œuvre, à l’œuvre de Dieu. Les prodiges extérieurs ne sont rien en comparaison des transformations qu’Il a pouvoir d’opérer en votre âme ! Donnez-Lui Sa liberté, frères aimés, et vous verrez !

De jour en jour, Il vous transformera, vous modifiera, vous sanctifiera. Il illuminera votre âme et changera votre vie, pourvoyant à vos besoins spirituels et même matériels, bannissant vos doutes, chassant vos pensées mauvaises, étouffant votre orgueil, votre vanité, votre amour-propre, votre désir de briller humainement, de paraître coquets en dépit de vos salissures intérieures. Il vous poussera vers un prêtre dès que vous aurez eu le malheur d’offenser gravement le Seigneur, afin que vous Lui demandiez bien vite pardon. Il instillera en vous la douceur de la Présence Eucharistique et fera fondre votre cœur de pierre. Il vous apprendra à ne pas juger, car qui Le possède ne voit plus qu’à travers les yeux de l’amour et de la charité.

Ah ! bien chers frères, quelle merveille que l’Esprit de Pentecôte ! Il rend l’être humain patient, doux et charitable et transforme le cœur le plus froid en ardent foyer d’amour. Sollicitez-Le afin qu’Il vous aide à manifester davantage votre amour à vos aimés de la terre, et ne craignez pas d’en être jugés. N’écoutez pas l’esprit du monde qui moque les attentions d’un grand fils pour sa mère en public, ou cherche à salir les amitiés les plus pures : Dieu a créé l’homme pour aimer, pour L’aimer Lui, Dieu, et pour aimer les hommes d’un même amour fraternel et pur. Ainsi donc, chers frères aimés, soyez un seul et même cœur aimant dans le Cœur de Jésus. Votre amour est encore trop fade, votre rayonnement encore trop terne ! Faites de cette Pentecôte un renouveau d’amour et remerciez le Seigneur de continuer de vous instruire par Son Divin Paraclet.

Vous vous interrogez, chers amis, au sujet de Judas, et vous vous révoltez devant sa trahison, mais avez-vous songé que chaque fois que vous péchez en toute connaissance de cause, vous clouez vous aussi Jésus sur la Croix ? Judas a été, en livrant Jésus, l’agent même du Démon, mais Jésus lui a pardonné son infamie. Il fallait que s’accomplissent les Écritures, que triomphât provisoirement le pouvoir des Ténèbres pour que le Fils de l’Homme rachetât Adam de son péché. Mais Judas n’a pas eu la chance de bénéficier dès cette terre du Pardon du Seigneur* :

« Alors Judas, qui L’avait livré, voyant qu’Il avait été condamné, fut pris de remords (…) ‘J’ai péché, dit-il, en livrant un Sang innocent’. Mais les grands prêtres et les Anciens, ne voulant pas reconnaître leur part de responsabilité, le renvoyèrent face à sa conscience : ‘Qu’est-ce que cela nous fait ? C’est ton affaire’ » (Mt 27, 3-4).

Ah ! frères, voyez comme vous avez de la chance que le Seigneur vous ait envoyé Son Esprit-Consolateur et comme vous avez de la chance de pouvoir confier vos péchés à Ses prêtres et recevoir, à travers eux, Son doux Pardon !

Que l’Esprit de Pentecôte vous donne plus de douceur et plus d’amour, chers amis. En ce jour de Fête, nous vous envoyons notre amour le plus fidèle et nous vous bénissons. Notre Sainte Mère et Son Fils Bien-Aimé se joignent à nous pour déposer sur vos joues un tendre baiser de paix et de joie.

+ Vos frères dans la Joie de Pentecôte

 

* Du haut de la croix, par son sacrifice, Notre Seigneur a pardonné les péchés de tous les hommes sans exception. Cependant, ils ne peuvent recevoir ce pardon que s’ils le demandent à Dieu. En fait, seul Dieu peut connaître le cœur de chacun et savoir si, à l’heure de sa mort, la personne a effectivement demandé le pardon pour bénéficier de la Rédemption. Pronostiquer ce que devient une âme dans l’Au-delà est pour le moins déplacé. Seule l’Église, par un jugement infaillible, peut déclarer une personne vénérable, bienheureuse ou sainte et nous donner ainsi la certitude qu’elle est bien au Paradis. On notera, en revanche, qu’elle ne s’est jamais prononcée sur qui devait être en Enfer. C’est pourquoi, dans l’espoir du salut de tous, nous prions à chaque messe pour les défunts.