Message du 24 janvier 1996

Mon fils,

Il y a longtemps que je ne me suis adressé à toi par des lignes. Je souhaite te confier celles-ci. Elles se veulent fermes mais encourageantes et pleines d’espérance. Je te remercie pour l’intérêt que tu as récemment témoigné à mon œuvre. J’en ai été touché, et je bénis ta recherche. Ce que tu as entrepris t’aidera à mieux comprendre l’évolution de l’Église au cours des siècles, et toutes les valeurs qui doivent être défendues comme étant inaliénables. Quant à l’étude de la langue grecque et des Écritures, elle te permettra de te plonger davantage en Dieu et d’aimer ce divin Maître plus encore.

Pour ceux qui le peuvent, il est bon qu’à la foi ils associent l’étude. Cependant, pas n’importe quelle étude. Maudits soient les commentaires stériles qui ne savent que plaquer des étiquettes sur des textes bibliques sans rien expliquer ni analyser, et maudites soient aussi ces interprétations oiseuses et insipides qui enveloppent la Parole de Dieu de l’opaque fumée qui monte des méninges infernales de leurs auteurs ! Au contraire, bénie soit la recherche de ceux qui tentent d’approfondir le grand mystère de Dieu dans l’humilité et la prière, avec le secours des Pères de l’Église et de bons auteurs spirituels. C’est pourquoi tu tireras de ces paroles les conclusions qui s’imposent quant au but des études que tu as commencées.

Avance, mon cher fils, sans te laisser influencer par personne. Tu sauras ce qu’il convient de faire en temps voulu. Ton chemin est tout tracé, mais il ne t’est donné encore de n’en entrevoir, de manière fugace, que quelques étapes. Suis la route et continue de t’abandonner à Notre Seigneur dans la confiance. Si tu agissais trop hâtivement, tu serais comme le propriétaire d’une haute demeure qui irait l’habiter avant même que d’en avoir fait recouvrir la toiture. De l’extérieur, personne n’y verrait rien et tous se diraient au contraire : « Comme il a de la chance d’habiter une telle maison ! Comme elle doit être confortable ! » Pourtant, les intempéries y causeraient de multiples dégâts et tout agencement intérieur serait vain tant que la toiture ne serait pas finie…

Notre Seigneur t’aime et te protège, mon fils. C’est pourquoi tu dois faire l’effort de vivre chaque jour une plus grande perfection dans le Christ. Dans chacune de tes activités, va à l’essentiel et sache prendre plus de repos, car tu en as besoin. Ne t’impose pas un surcroît de travaux inutiles, qui alourdissent ton emploi du temps et empiètent sur ta vie intérieure. Car c’est celle-ci qui nous est chère à nous, tes amis du Ciel, et c’est celle-ci qui est chère à Notre Seigneur et à sa sainte Mère. Continue d’assister à la sainte messe aussi souvent que tu le peux et nourris-toi de l’amour de Dieu. C’est par lui que tu accompliras tout ce qu’il te demandera. Reste le secours de ceux qui t’appellent sans cependant te laisser dévorer par leurs exigences ou leur possessivité. Efforce-toi de toujours élever tes pensées vers le Bien et le Beau et de conserver une grande pureté d’âme et de corps. Notre Seigneur prépare son enfant, que son enfant ne le déçoive pas.

Je prie Dieu qu’il accorde à l’Abbé X. les grâces qu’il demande pour son ministère. Prie à cette intention toi aussi, mon fils.

Un bon père de famille* qui a été recommandé à ta prière va être rappelé auprès de Dieu. Il est bien jeune. Mais que de grâces ses proches reçoivent déjà, et que de grâces ils recevront encore après son départ ! Que son épouse sèche ses larmes et qu’elle ne se désole pas, car lorsque de grandes souffrances sont sincèrement offertes à Notre Seigneur, elles sont comme un moteur qui propulse l’homme au cœur de la vie divine. Ainsi, une place lui est déjà préparée.

Continue, mon fils, d’œuvrer dans la discrétion. Accomplis au jour le jour les démarches que te dicte ton cœur dans la prière, et ne t’inquiète de rien. Cette œuvre est de Dieu et elle se développera au sein de l’Église. Patience ! Patience ! Chaque chose vient en son temps.

Sois bénis, mon fils, ainsi que tes chers parents, ton frère spirituel, vos familles et vos amis.

+ François de Sales, prêtre

 

* Le jeune père de famille dont il est question a été rappelé auprès de Dieu le 15 février 1996, jour de la saint Claude de la Colombière, à trois heures précises de l’après-midi.