Un souffle qui passe...

Message du 25 octobre 1987

Bien chers frères,

Pourquoi faut-il toujours que les incroyants accusent les chrétiens de « chercher refuge » dans la pratique de leur religion ?

Le refuge est utilisé en montagne par les alpinistes ou les touristes pour se prémunir contre le mauvais temps et contre le froid. On y trouve un abri, de la chaleur, un couvert, un bon feu – tout ce qu’il faut pour nourrir et reposer le corps.

Le monde moderne avec ses attraits, ses loisirs, ses spectacles, sa permissivité, n’est-il pas, de même, le refuge de l’homme ? – refuge où il peut satisfaire ses désirs, ses passions, divertir son esprit par le jeu et son corps par maintes activités différentes ? L’homme qui a accompli son travail et ses obligations se réfugie donc dans les plaisirs des sens pour oublier les contraintes que la société lui impose.

En revanche, très chers frères, celui qui vit en Dieu n’a nul besoin de refuge. La présence de Dieu lui étant tout aussi familière que celle d’un être cher, il se plaît à la savourer à chaque instant, et la joie que cette présence lui apporte ne saurait en quoi que ce soit être qualifiée de refuge puisqu’elle est le sentiment permanent de l’existence de Dieu et du partage de la Vie surnaturelle. De telles dispositions n’incitent guère le chrétien convaincu à se réfugier dans le monde puisque sa vie est déjà comblée par la présence du Tout-Puissant ! De son travail il ne se plaint pas puisqu’il l’accomplit avec amour dans l’esprit de perfection et qu’il y découvre à tout moment la présence de Dieu, même au travers d’activités parfois difficiles et de relations humaines plus délicates encore. C’est en effet dans la vie de tous les jours que le chrétien rencontre Dieu au milieu des épreuves, des souffrances et des contrariétés aussi bien que dans les joies et les satisfactions qu’il éprouve.

Alors, en quoi peut-on parler de refuge ? Lorsqu’il rentre chez lui, il réfléchit sur sa journée à la lumière de Dieu, cherche à améliorer son caractère, son comportement face à ses frères, accomplit son devoir de père ou de mère de famille avec amour, et retrouve Dieu d’une façon plus profonde dans l’oraison et la prière, la méditation ou la contemplation. Les spectacles douteux ? les mauvais films ? les mauvaises lectures ? S’il a parfois la tentation de s’y aventurer pour satisfaire sa curiosité, il comprend bien vite que ces activités nuisent à son équilibre intérieur. Comment donc un être empli de Dieu pourrait-il se compromettre avec telle pourriture ? La vie du chrétien ne respire que par Dieu, ne voit qu’à travers Dieu, n’agit que pour Dieu. Ainsi, elle ne saurait en quoi que ce soit se compromettre avec le monde sans nuire intensément à l’état de Grâce apporté par la présence de l’Être Suprême. Il n’est donc pas question de se réfugier dans la vie du monde comme le font la plupart des êtres humains, lassés des obligations qu’ils accomplissent en rechignant, mais de conserver l’état de Grâce qui apporte, d’une manière permanente, la paix.

C’est la permanence de cette paix dans le cœur du chrétien qui fait de lui un être équilibré et ami de Dieu, ce Dieu qui lui donne de ressentir ses petitesses et ses faiblesses face à la Perfection, et qui lui procure le désir de la Communion avec Lui dans l’Eucharistie, tant cette union mystique est grande et parfaite lorsqu’elle est vécue dans la plus grande pureté. Le chrétien a soif de Dieu, chers frères, une soif intarissable de perfection qu’il tente, tant bien que mal, d’exprimer dans le quotidien à travers chacun de ses actes, chacune de ses pensées, chacune de ses paroles. Il ne se réfugie pas en Dieu seulement lorsqu’il a des misères, il vit entre les mains de Dieu quotidiennement.

L’incroyant qui douterait de cela ne doit pas, dans son jugement, se référer à ces piètres chrétiens qui ne pensent à Dieu que lorsqu’ils sont éprouvés par quelque malheur, car, bien évidemment, ces chrétiens-là cherchent un refuge, tel l’homme malheureux qui va noyer son chagrin dans l’alcool, ou la femme délaissée qui s’abandonne entre les bras d’un amant…

Chers frères, le vrai chrétien n’est pas une girouette. Parce qu’il vit en Dieu, il désire de toutes ses forces conserver ce précieux joyau qu’est l’état de Grâce et renonce au contraire à tous ces refuges artificiels que lui propose le monde. Il assume la tristesse et la souffrance dans sa foi de tous les jours, offrant ses épreuves à Dieu, et, s’il mène une vie plus ou moins ascétique, renonçant, pour conserver son trésor, à des satisfactions moins subtiles, il écarte de lui ce refuge facile que l’incroyant recherche, pour sa part, avec frénésie.

« Penser qu’il existe une vie après la mort auprès d’un Dieu qui vous aime, voilà qui vous évite d’assumer votre néant ! » disent souvent les athées. Mais eux, que font-ils, chers frères ? Ils passent leur temps à chercher refuge dans les plaisirs matériels, l’argent, l’intellectualisme, les mondanités ou une vie dissolue loin du regard de Dieu. Ils passent leur temps à essayer d’oublier qu’un jour, ils doivent mourir. Croyez bien que face à la mort, ils ne sont pas tous si courageux, et cela, nous pouvons vous le dire ! Le chrétien qui a toujours vécu en Dieu ne doit pas même se poser le problème de la mort : il sait que la vie continue et il met toute sa confiance dans Celui qu’il aime. Cela fait partie de sa foi et il n’est point non plus question d’un quelconque refuge ! Une fois encore, que l’incroyant ne cite pas en exemple ces prétendus chrétiens qui se font baptiser, font leur Première Communion et désertent l’Église – à l’exception du jour de leur mariage ! – jusqu’à la fin de leur vie où ils font appeler un prêtre lorsqu’ils sentent venir la mort. La démarche est différente, n’est-ce pas ?

Ouvrez donc votre cœur à Dieu afin de L’y accueillir entièrement et que ce soit Lui qui conduise votre vie. En ce mois du Rosaire, prenez Marie comme Modèle de cet accueil de la Parole de Dieu. Qu’Elle soit votre Mère et votre Reine et qu’Elle vous comble de Grâces pour vous conduire plus aisément à la Vérité de Son Fils.

Un refuge est une solution de facilité, un abri contre l’hostilité, mais le chrétien, pour sa part, doit préférer l’armure au refuge et la lutte à la désertion. Il doit se battre dans le monde contre le Mal et la corruption avec les armes de la foi et de l’état de Grâce.

S’il renonce au mal, c’est au prix de nombreuses batailles et d’une volonté tout imprégnée de Dieu. Car le chrétien est soumis aux mêmes tentations que les autres et s’il ne cède point à la facilité, ce n’est pas par désertion mais par amour pour Dieu. C’est pour vivre de la Vie de Plénitude dès cette terre, parce que son cœur n’aspire profondément qu’à cette vie-là.

Un ‘frustré’? un lâche ? un timoré ? Certainement pas ! Un passionné de Dieu, un amoureux, un apôtre, tel est le vrai chrétien !

Frères, gardez confiance ! Vous n’êtes pas des lâches face au péché !

Quel piège du Démon que de penser cela ! Que Dieu ne soit pas seulement pour vous un refuge dans la tourmente, comme aiment tant à vous le faire remarquer les incroyants, mais qu’Il soit toute votre vie : pensez, agissez, respirez en Dieu et que Sa divine Grâce vous accompagne toujours.

+ Vos frères dans la Foi