Message du 4 août 1992

(Fête du saint Curé d’Ars)

Mes frères,

Comme il plaît au Bon Dieu que vous vous réunissiez souvent pour lui témoigner votre amour et votre fidélité, et comme votre humble serviteur est heureux que vous l’honoriez de la sorte en ce jour anniversaire de son départ pour le Ciel !

Il est si facile, en effet, lorsqu’on ne manque de rien et que l’on mange à sa faim, d’oublier le Bon Dieu. Car, pour exprimer l’opinion de certains, le Bon Dieu n’apporte que des contraintes à l’homme : il faut toujours le prier, aller à la messe, résister aux tentations et se priver des choses agréables ; il faut rester purs, honnêtes, francs ; il faut être au service des autres ; il faut faire des sacrifices, et, si l’on ne parvient pas à accomplir ce programme, il faut, par-dessus le marché, aller s’humilier auprès d’un prêtre et demander pardon ! De quoi rebuter des foules et détourner les chrétiens eux-mêmes de leur Église !

Cependant, le Bon Dieu n’est pas un tyran, et les hommes qui vivent leur foi comme une contrainte n’ont rien compris à l’amour qu’il leur porte. Si un enfant se plaignait de ses parents parce que ces derniers lui interdisent de jouer avec des armes ou de boire du poison, aurait-il compris comment il est aimé ? Le Bon Dieu est un Père, un Père aimant qui veille sur chacun de ses enfants et qui leur offre tout ce qui est nécessaire pour leur propre perfection : un code de vie fondé sur des valeurs solides, l’exemple de son Fils Jésus-Christ, Notre Seigneur, relaté dans les Écritures Saintes, la possibilité, en cas de défaillance, de recevoir son pardon, et enfin, le Corps et le Sang de ce Fils unique en nourriture spirituelle.

Ah ! mes frères, si les hommes daignaient se tourner vers le Bon Dieu, combien ils seraient transformés et combien ils changeraient la face de la terre ! Car la religion catholique n’est pas une religion d’hypocrisie ou d’à-peu-près : elle est une religion de perfection, et tout homme qui l’embrasse doit savoir qu’il s’engage, de ce fait, dans une vie de sainteté.

Il ne s’agit pas, en effet, de dire sans cesse, à la manière de certains : « Nous sommes pécheurs mais Dieu est bon. Il nous pardonnera nos faiblesses parce qu’il a pris nos péchés avec lui sur la Croix » ! Un tel raisonnement sonne faux. Pourquoi ne pas dire plutôt : « Essayons à chaque instant de notre vie de mettre tout en œuvre pour imiter Notre Seigneur, et, s’il nous arrive de chuter sur ce chemin difficile, ayons  confiance car nous sommes sûrs d’obtenir son pardon. Mais gardons-nous bien de rester dans le péché, et efforçons-nous toujours de progresser non point par crainte mais par amour ! »

Bien peu d’hommes, cependant, même parmi les chrétiens, acceptent de s’engager dans cette voie de sainteté, qu’ils sont pourtant, par leur Baptême, tous appelés à vivre. Ils la trouvent trop contraignante. Lorsqu’il s’agit de réciter quelque prière, d’assister à la messe dominicale, de faire quelque œuvre charitable ou de participer à quelque réunion paroissiale ou diocésaine, tout va très bien. Mais lorsqu’il est question de mettre en pratique l’Évangile sur le terrain, de renoncer à son petit « moi », de se débarrasser de mauvaises habitudes, de se couper d’une situation de péché ; lorsqu’il est question de ne plus voir la paille qui est dans l’œil du voisin mais la poutre qui est dans le sien (cf. Mt 7, 3-5), et de ne plus sans cesse juger et condamner les autres ; lorsqu’il est question d’aller vers son prochain pour l’écouter et répondre à son appel ou à sa détresse à toute heure du jour et même de la nuit ; lorsqu’il est question de défendre le Saint-Père qui, dans une absolue fidélité à la foi reçue des Apôtres, se fait l’ardent gardien de la morale chrétienne dans une société qui, bien souvent, le tourne en ridicule ; lorsqu’il est question, enfin, de se montrer fidèle et obéissant à l’enseignement de l’Église sans polémique ni révolte, alors, rien ne va plus !

Rien ne va plus parce que chacun entend vivre sa vie comme bon lui semble. Rien ne va plus parce que chacun n’a de leçon à recevoir de personne, pas même de l’Église ! Rien ne va plus parce que chacun décide de vivre sa foi à sa façon et décide de son propre code de morale. Aux yeux du monde, plus rien n’est péché et tout est permis ! Les gouvernements humains vont même jusqu’à cautionner les actes les plus abominables, encourageant ainsi le meurtre, l’adultère, et les relations contre-nature. Au nom d’une fausse liberté, ils bannissent une légitime censure dans le domaine moral et laissent s’étaler dans les kiosques et sur les panneaux publicitaires les images les plus obscènes. Tout semble programmé pour transformer les futures générations en de simples animaux violents et jouisseurs.

Ah ! mes frères, ouvrez donc les yeux ! Si les sages conseils de l’Église pour une vie de sainteté sont volontairement rejetés par les hommes, il n’en est pas ainsi de ceux que la presse et la télévision diffusent à grande échelle dans tous les foyers et jusque dans les coins les plus éloignés des campagnes : on ne parle plus que de libération de l’individu, d’épanouissement sexuel, de connaissance rationnelle des êtres et des choses. La religion catholique est tournée en ridicule et les notions de sainteté, de pureté et de sacrifice sont démolies. La publicité réutilise le vocabulaire sacré et religieux à mauvais escient afin de mieux en détruire le sens* ; le Christ et sa sainte Mère sont traînés dans la boue ou transformés en gourous par des sectes ; la divinité de Jésus est mise en doute et l’enseignement de l’Église n’est plus suivi que par une poignée de catholiques.

Cette prétendue liberté est, en fait, le signe d’une société décadente et en mal d’amour véritable. En mal de cet amour qui ne se trouve pas dans le libertinage mais dans une relation profonde avec Notre Seigneur et sa sainte Mère, et avec le prochain. Il faut que cette société retrouve le sens du véritable amour, et ce n’est qu’en redécouvrant l’amour incommensurable de Dieu qu’elle pourra y parvenir !

Alors, que faire ? Tout d’abord redevenir comme ces petits enfants, que Jésus aimait tant pour leur simplicité et leur pureté. Cela est bien connu, les adultes se créent tant de problèmes ! Ne vous faut-il pas, plutôt, remettre toute votre vie entre les mains de Notre Seigneur dans une grande confiance, en considérant que tout ce qui peut vous arriver de bon – et même de moins bon – sur cette terre doit vous rapprocher de lui ?

Les bonnes choses sont sources de joie : remerciez le Bon Dieu de vous les accorder, mais n’en jouissez pas sans avoir une seule pensée pour celui qui les a créées ! Les mauvaises sont sources de peine : ne cherchez pas coûte que coûte à en connaître l’origine mais acceptez-les sans révolte, et, si votre chagrin est trop grand, allez donc vous blottir entre les bras de votre Père du Ciel et de la Sainte Vierge Marie et leur confier votre peine. Ouvrez-leur votre cœur et demandez-leur des grâces. Ayez foi en eux et restez humbles dans la souffrance. Ne les accusez pas ! Ils ne sont pour rien dans tous les malheurs qui peuvent arriver en ce bas monde. Ceux-ci ne sont que la conséquence de l’insouciance, de l’égoïsme et de la méchanceté des hommes.

Combien la vie serait plus facile si chaque matin, au réveil, chaque être humain avait une pensée pour le Bon Dieu et demandait, pour lui et pour les siens, grâces et protection pour la journée qui commence ! Ce n’est pas parce que vous ne voyez pas le Bon Dieu que votre foi doit s’affadir jusqu’à devenir inexistante et que les jouissances matérielles doivent la remplacer. Le Bon Dieu est comme le sel dans un plat cuisiné : il ne se voit pas, mais il fait toute la différence ! Ne trouvez-vous pas vos pensées, vos paroles et vos actions insipides lorsque le Bon Dieu en est absent ? Et lorsque vous agissez égoïstement, contre sa volonté, pour satisfaire votre amour-propre ou votre sensualité, ne sentez-vous point dans votre bouche le goût amer du péché qui vous enlève toute joie ?

Si chacun n’agissait pas toujours que pour soi et cessait de juger son prochain, combien la vie serait plus facile ! Alors, qu’attendez-vous pour vous mettre à la tâche ? Il n’est pas utile de quitter votre ville ou votre village et d’aller de par le monde accomplir de grandes choses pour devenir des saints. Il suffit de se faire tout-petit et d’accueillir Dieu dans son cœur avec la candeur de l’enfant. Le Bon Dieu n’attend que ça !

Il préfèrerait tant vous voir vous brancher sur ses ondes et l’écouter un peu dans votre cœur, plutôt que de vous voir allumer la télévision dès que vous rentrez à la maison. Ah ! mes frères, quel instrument du Diable que celui-là ! Vous vous laissez intoxiquer sans vous en rendre compte. Vous détruisez les relations profondes que vous devriez avoir avec vos enfants et entre vous, dans les couples, pour satisfaire égoïstement votre curiosité devant le petit écran. Chacun aimerait dire : « Et si nous parlions un peu tous ensemble ? » mais personne ne le fait de peur de déchaîner les foudres !

Mes frères, le monde est en manque d’amour. Les jeunes le cherchent désespérément dans le sexe, dans la drogue, dans la fuite, dans l’alcool, dans les sectes. Ne croyez-vous pas qu’il est temps de retrouver le Bon Dieu d’une manière authentique et de l’accueillir dans votre cœur pour qu’il puisse y combler tous les manques, toutes les frustrations, toutes les faims ? pour qu’il puisse y guérir toutes les blessures, toutes les écorchures, toutes les maladies ? pour qu’il puisse y éveiller le sens de l’amour véritable, le sens de la douceur, de la patience, du partage, de la charité, de la compassion, de la pureté ? Car tout cela peut encore exister !

Ne vous laissez pas décourager par tout le mal que vous voyez dans le monde, et ne vous laissez pas entraîner dans son sillage ! Aujourd’hui, plus rien n’est péché ! Le bien-être et la jouissance ont remplacé le bien véritable, et toute source de souffrance est devenue synonyme de péché ! Pourtant, mes frères, ne croyez-vous pas au message du Christ ? Quelle est la part de la souffrance dans ce message ? Elle est au cœur du mystère de Rédemption. C’est par elle et grâce à elle que Dieu, qui est si bon, a choisi de racheter le péché des hommes. Afin de mieux comprendre combien Dieu a été bon pour l’homme, écoutez ceci.

Un roi confie un jour à un homme un vase précieux, lui demandant de veiller sur cet objet pendant son absence. L’homme, devant à son tour s’absenter, en laisse la garde à son fils en lui faisant moult recommandations. Par mégarde, le fils casse le vase et en est tout contrit. Lorsque le père revient, le fils se précipite à ses pieds et lui demande pardon. Alors, le père, voyant sa sincérité, ne l’accable point : il le console et l’aide à recoller les morceaux… Ainsi, le roi sera satisfait. Eh bien, mes frères, il en est de même du Bon Dieu qui, en vous donnant la vie, vous a confié un vase merveilleux. Chaque fois que vous péchez par orgueil, par égoïsme, par méchanceté, par impureté, vous détruisez ce vase. Alors, vous êtes malheureux parce que le Bon Dieu permet que, même dans votre bassesse et votre désobéissance, vous ressentiez encore dans votre cœur le sens du bien et du mal.

En s’offrant au sacrifice de la Croix, c’est cette souffrance du Péché qu’il est venu prendre sur ses épaules, et, lorsque vous allez confier humblement vos faiblesses à un prêtre et que ce prêtre vous donne le pardon du Bon Dieu, c’est Jésus-Christ en personne qui vient et vous aide à recoller les morceaux de ce si précieux vase qui vous a été confié. Et il y réussit d’autant mieux que votre confession est sincère et que votre contrition est profonde. Combien alors vous êtes libérés et prêts à repartir d’un bon pas sur le chemin de la sainteté !

Ceux qui ne se confessent pas régulièrement ne savent pas de quoi ils se privent. Que de tourments ils doivent garder pour eux seuls ! Que de culpabilité ils doivent conserver dans leur cœur ! Les catholiques qui ne vont pas se confesser sont comme des protestants : ils ne sont pas soulagés de leurs fautes, et, même s’ils demandent pardon directement à Dieu, ils ne reçoivent pas la grâce de ce si beau sacrement ! Si l’homme avait idée de la grandeur de l’amour dont Dieu aime sa créature, il en mourrait !

Alors peut-être chacun à sa façon et à sa dimension pourrait-il enfin montrer aussi à Dieu qu’il l’aime. Qu’il l’aime avec sa foi, forte, inébranlable. Qu’il l’aime avec son cœur et ne rechigne pas pour se rendre à la messe dominicale, où peut, chaque semaine, se concrétiser cette rencontre d’amour dans la sainte Communion. Car, en dépit des simples apparences, c’est bien le Corps et le Sang de Notre Seigneur que le chrétien reçoit en recevant l’Hostie consacrée.

Quel respect, quelle révérence doit-il donc montrer face à Notre Seigneur lui-même, présent intégralement en ce morceau de pain ! Là encore, toute une éducation d’amour reste à faire. Le sauvage à qui il est présenté un livre d’histoires sans images n’y verra aucun intérêt s’il ne sait pas lire. Il le feuillettera et ne découvrira que des pages remplies de caractères bizarres et pour lui dépourvues de sens. Apprenez-lui donc à lire et vous le verrez recevoir l’ouvrage avec respect et s’y plonger avec délectation ! Il en est de même pour Notre Seigneur présent dans l’Eucharistie. Tant que l’homme ne prend pas conscience de la valeur insigne de ce sacrement, il se rend à la Communion comme on se rend au supermarché ; mais lorsqu’il sait avec son cœur qu’il va recevoir Notre Seigneur en personne, alors combien cet acte prend une dimension sacrée et combien cette rencontre est fructueuse !

Dans le silence, l’âme s’adresse au Seigneur, lui confie ses joies, ses peines, ses doléances, et le Seigneur, dans sa grande bonté, l’inonde de son amour et lui donne sa paix. Ah ! mes frères, quelle merveille que Dieu lui-même s’offrant à l’homme en nourriture de perfection ! Quelle joie dans le cœur du bon chrétien ! Quelle confiance en Dieu ! Quel amour ! Nourri de la parole de Dieu, affermi par la force de l’Esprit Saint, rassasié par la sainte Présence, l’homme aborde la vie comme un combat tellement plus doux puisqu’il sait qu’il n’est pas seul ! La meilleure manière de vivre cette vie dans la plénitude, n’est-elle pas, en effet, de la vivre toujours avec Dieu et en Dieu, avec les pieds sur terre, mais aussi avec la tête au Ciel ?

Retrouvez, mes frères, le respect et l’amour de Dieu, et l’obéissance à son Église, et vous verrez combien l’amour du prochain et l’acceptation de vos souffrances vous deviendront plus faciles ! Retrouvez la récitation du chapelet en famille et vous verrez combien notre bonne Mère veillera sur vous et sur vos enfants ! Et n’oubliez pas toute la foule des saints, et particulièrement ceux que vous avez aimés et honorés dans votre enfance et auxquels vous ne pensez plus si souvent… Ils sont là, près de vous, qui vous exhortent à suivre leurs traces. Qu’attendez-vous pour le faire ? Le Ciel un jour, cela en vaut la peine, tout de même !

C’est tout ce que je vous souhaite !

+ Jean-Marie Vianney, prêtre

 

* Cela sera explicité dans le sermon de Noël 1992 : « La Ford Sierra : le diable dans son plus beau rôle », « Le Whisky Pêche Yachting : pêchez en douceur ! », «Égoïste : eau de toilette de Chanel »,  « Les poivres diaboliques de Ducros : choisissez votre enfer ! », « Les infusions Perles de Feu : vous donnerez votre langue au Diable ».