Un souffle qui passe...

Sermon du 25 décembre 1992

SERMON DE NOËL 1992
(inspiré au messager pour une paroisse)

Mes frères,

C’est pour moi une grande joie de vous retrouver dans cette petite église de campagne, pour y célébrer Noël ! Grande joie d’accueillir aussi parmi nous, comme tous les ans, de nouveaux visages.

Une année de plus vient de s’écouler, avec ses joies et ses peines, ses satisfactions et ses contrariétés. Et chacun, je l’espère, a su, dans les moments heureux, prendre le temps de tourner son regard vers Notre Seigneur pour le remercier de ses bontés, tout autant qu’il a su, dans les moments difficiles, frapper à la porte du Père pour lui demander son aide.

Je voudrais, ce soir, profiter de cette belle fête de la Nativité, où un Enfant nous est né afin de nous libérer du Péché, pour méditer un peu avec vous sur le monde d’aujourd’hui si paganisé et si matérialiste. Il ne s’agit pas, bien sûr, de voir seulement ce qui va mal, mais de réfléchir ensemble à ce que nous pouvons faire pour vivre mieux encore pendant l’année qui vient, l’enseignement de l’Évangile.

À en croire le monde – et particulièrement la presse et la télévision -, le péché et l’Enfer ne seraient plus que de vilaines notions totalement démodées, tout juste bonnes à être reléguées dans le domaine de la mythologie. Nos publicistes en sont sans doute convaincus puisqu’il nous suffit d’ouvrir n’importe quel magazine pour y découvrir des slogans très significatifs : « La Ford Sierra : le diable dans son plus beau rôle », « Le Whisky-Pêche Yachting : pêchez en douceur ! », « Égoïste : eau de toilette de Chanel », « Les poivres diaboliques de Ducros : choisissez votre enfer ! », « Les infusions Perles de Feu : vous donnerez votre langue au Diable », et bien d’autres encore, sans parler de tous les spots publicitaires où le vocabulaire religieux est ridiculisé ou vidé de son sens. De quoi faire se retourner le saint Curé d’Ars dans sa châsse !

Cela vous fait sans doute sourire, tout comme les grimaces d’un homme peuvent vous amuser. Mais si vous découvrez soudain que cet homme, lui, ne s’amuse pas, et qu’il est en train de succomber d’une crise cardiaque, alors peut-être cesserez-vous de sourire et vous précipiterez-vous pour lui porter secours…

Eh bien ! mes frères, à la lumière de l’Évangile, à la lumière de Noël, c’est à notre monde grimaçant qu’il s’agit de porter secours ! Lorsque des hommes sans foi ni loi se mettent à exercer sur la société tout entière – et particulièrement sur les enfants -, à travers les médias, une emprise pernicieuse, et lorsque cette même société, faisant fi de ses repères, se met à rejeter la morale et les vertus les plus élémentaires pour n’en faire qu’à sa tête et à ridiculiser l’Église, gardienne de la Vérité, ou à exercer des pressions sur le Saint-Siège pour le pousser à cautionner matérialisme, liberté sexuelle, contraception, avortement, etc., alors, mes frères, rien ne va plus ! D’ailleurs, ce soir, le Bébé de la Crèche pourrait ouvrir tout grand ses yeux étonnés et nous dire : « Je suis venu vous enseigner la Vérité, j’ai même donné ma vie par amour pour vous afin que cette vérité soit vôtre, mais qu’avez-vous fait de votre foi ? »

Alors, mes frères, peut-être ce Noël pourrait-il être une occasion d’approfondir cette foi en vous procurant, par exemple, le Catéchisme de l’Église Catholique, voulu par le Pape Jean-Paul Il lui-même. Vous y découvrirez, sans doute avec surprise, que rien n’y a fondamentalement changé. Car les enseignements traditionnels, découlant de l’Évangile, ne sauraient évoluer en quoi que ce soit. Bien au contraire, conservés précieusement, on les y retrouve plus précis, plus explicites et plus directs.

Peut-être ce Noël pourrait-il être aussi une occasion de nous tourner davantage vers l’intérieur de nous-mêmes pour y rencontrer Dieu, lui dire notre amour, et nous savoir aimés. Prenons-nous le temps de le prier un peu chaque jour et de nous demander, avant d’agir, comment Jésus lui-même agirait à notre place ? Plus encore, pensons-nous à nous abandonner à lui et à laisser agir à travers nous son Esprit Saint ? Pensons-nous à prier la Vierge Marie et à solliciter l’aide de nos anges gardiens ? Ah ! si nous agissions ainsi, que d’erreurs nous éviterions ! que de vices nous mortifierions !

Mais pour cela, il est indispensable que nous fermions nos oreilles aux voix ensorceleuses de la société de consommation, et que nous ouvrions notre cœur à l’amour de l’Enfant de la Crèche.

Car, mes frères, contrairement à ce que peut clamer le monde, le péché existe toujours, et ce n’est pas un croquemitaine mais un vide, un vide de Dieu ! L’homme, qui devrait être empli de Dieu et laisser l’Esprit Saint agir en lui, se laisse séduire par la matière et ne se préoccupe plus que de jouir. Alors, il vide peu à peu son cœur de ce précieux amour et l’emplit de lui-même, de son ego bien-aimé, qui bouillonne à l’intérieur : « Moi je…, moi je…, moi je… ».

Orgueilleux, il recherche frénétiquement le pouvoir, la popularité, l’impureté et le plaisir des sens sans honte ni retenue. Il n’obéit plus même à sa conscience, plus à l’Église, s’arroge droit de vie et de mort jusque sur les enfants dans le sein de leur mère, écarte de lui, d’un geste de colère, tous ceux qui font obstacle à son bien-être, tous ceux qui ne sont pas de son avis. Il tue par la langue et par les calomnies. Enviant ses frères ou convoitant leurs biens, il accumule égoïstement des richesses matérielles, et se goinfre de nourriture alors que, de par le monde, des milliers d’êtres humains meurent chaque jour de faim et de maladie ; alors qu’à sa porte, des malheureux tendent la main, et que son aide – fût-elle modeste – pourrait sauver des vies, des âmes, et rétablir la paix. Et pour finir, il ose s’approcher de la sainte Table et recevoir l’Eucharistie, le Corps du Christ, le Pain d’Éternité, sans même avoir demandé pardon pour ses fautes en Confession, sans même désirer se couper des racines de son péché et mener une vie propre, honnête et correcte sous le regard de Dieu.

Mes frères, avez-vous pensé que dans quelques minutes, sur cet autel, lorsque seront prononcées les paroles de la consécration, c’est l’Enfant de Noël lui-même, le vrai – c’est-à-dire Dieu en personne – qui va descendre une fois encore pour se donner à nous dans l’Eucharistie ? Et avez-vous pensé que, pour recevoir l’hostie consacrée, votre cœur doit être prêt et s’être lavé de toutes ses souillures dans une confession profonde et sincère auprès d’un prêtre ? Car la communion n’est pas une affaire de conscience personnelle – le Pape, souvent, le rappelle. Pourtant, aussi bas que nous tombions, Dieu reste toujours le Bon Pasteur, prêt à tendre la main à sa brebis perdue et à l’accueillir à sa Table. Et pour se préparer à cette rencontre, le seul et unique moyen qui soit donné au pécheur reste la Confession individuelle fréquente, accompagnée du regret de ses fautes et de la ferme résolution de ne plus retomber.

Alors, rendons grâce à Dieu de nous avoir envoyé, en cette nuit de Noël, son Fils pour nous libérer de nos péchés et nous conduire sur la voie de la sainteté. Rendons grâce à la Vierge Marie de s’être faite tout accueil, toute humilité et tout obéissance pour accepter de mettre au monde ce Fils, et de l’accompagner jusqu’à la Croix. Et rendons grâce à saint Joseph d’avoir prodigué à Jésus, en son enfance, toutes les attentions d’un bon père humain, généreux, tendre, et laborieux.

Enfin, en cette nuit si douce, réjouissons-nous avec l’Église du Ciel et tous ceux qui nous ont quittés et qui sont entrés dans la lumière de Dieu. Laissons-nous guider par l’étoile jusqu’à la Crèche de Bethléem pour déposer aux pieds du Sauveur notre foi souvent si chancelante. Et demandons-lui de l’affermir, et de faire de nous de vrais disciples, afin qu’en ce monde enténébré, nous devenions, comme l’étoile, des lumières pour guider nos frères égarés vers la Crèche de l’Enfant-Roi. Joyeux Noël à tous, mes frères !

Amen.