Message du 6 février 1986

Bien chers frères,

Vous qui vous efforcez d’être saints et qui surveillez avec tant d’intérêt votre progression spirituelle, vous qui luttez vaillamment pour vous rendre plus purs, plus rayonnants, plus lumineux, vous qui vous complaisez dans la contemplation de la Divine Présence, vous qui désirez tant paraître sous un jour charitable et veillez à cela chaque minute, vous qui parlez des dons du Ciel avec émerveillement, de Jésus et de Marie avec ravissement, vous êtes pourtant handicapés par une cécité qui constitue l’une de vos principales faiblesses. Lorsque vos frères se déchirent, vous aspirez à la paix et n’hésitez pas à les reprendre et à les aider à progresser, mais lorsque, avec vos proches – parents ou enfants -, vous vous montrez autoritaires, arrogants, désagréables, vous ne vous en rendez pas compte…

Qu’ils aient une parole qui vous déplaise, une attitude qui vous heurte, un acte qui vous rende nerveux, et votre paix – si solide lorsque vous êtes en société – s’effondre pour laisser place à l’emportement, à la colère, à des paroles ou à des actes blessants. Quelle est donc cette sainteté dont vous ne revêtez le manteau que passagèrement ?

Apprenez à rester en toutes choses égaux à vous-mêmes. Apprenez à vivre avec patience auprès de ceux-là aussi qui sont placés à vos côtés et que vous accusez parfois d’entraver votre progression spirituelle. N’est-ce pas, en effet, dans la tempête que vous mesurerez vos progrès ? Apprenez donc à rester calmes. N’ayez pas sans cesse de préjugé défavorable sur votre entourage et acceptez de vous taire afin de laisser s’exprimer les autres. Ne méprisez pas ceux qui ne suivent pas la même progression spirituelle que vous, ne les traitez pas avec hostilité ou indifférence. Croyez-vous que le Seigneur puisse accepter de voir Ses fils mépriser leurs frères ?

Amis qui vous sentez concernés, vous êtes comme une mère qui nourrirait des orphelins et aurait grande presse dans les associations de charité pour sa bonté et sa générosité, mais qui aurait rejeté son propre enfant affamé… Comprenez-vous ? Les personnes attirées par la spiritualité ont tendance à faire preuve d’un trop grand zèle dans le monde et à négliger leur entourage immédiat – famille, parents, époux, épouse, enfants – et cela sous le prétexte fallacieux qu’ils ne sont pas « sur la même longueur d’onde » : tel est l’un des pièges subtils du Démon !

Lorsque vous paraîtrez devant le Seigneur, Il ne vous demandera point quel apostolat grandiose vous aurez fait car Il sait vos victoires. Il vous dira : « Qu’as-tu fait de ton père, de ta mère, de ton époux, de ton épouse, de tes enfants ? Quelle persévérance as-tu montrée à leur enseigner ce que Je t’ai fait comprendre ? Quelle douceur leur as-tu témoignée ? Jusqu’où est allée ta patience ? Quel amour leur as-tu donné, à eux qui t’étaient si proches ? »

Pauvres frères, comment voulez-vous être crédibles dans votre foi si l’on voit votre entourage malheureux à cause de vous ? Comment pouvez vous croire que vous avez réellement rencontré Dieu si vous n’avez fait aucun progrès, non pas au milieu de personnes qui louent votre dévouement et vos vertus, mais avec vos proches qui, eux, connaissent bien vos faiblesses ? Pourquoi continuez-vous de les accabler de reproches ? Votre voix si douce devient froide et brutale, votre paix céleste disparaît, votre regard lance des éclairs : vous vous montrez outrés, scandalisés, vous ragez intérieurement et parfois cette rage vous pousse à la violence la plus farouche ! Vous vous demandez même comment vous pouvez aimer ces personnes et si vous les avez jamais aimées.

Comment, chers frères qui aspirez à la sainteté, pouvez-vous tomber en pareils états ? Regardez-vous agir : vous en convenez, cela est indigne de votre noblesse…

S’il n’y avait que cela, vous ne peineriez pas autant le Seigneur, mais Sa blessure s’ouvre davantage à mesure que vous donnez à votre entourage immédiat tous les torts : vous l’accusez d’être matérialiste, vain, hypocrite dans sa foi, sensuel, vide, plat, et vous vous plaisez à l’humilier alors qu’il tente désespérément de parer vos coups, qu’il vous parle gentiment, mais que vous interprétez faussement ses paroles en leur prêtant un ton mielleux et hypocrite. Si tel est votre état d’esprit, nous vous l’affirmons : même l’amour se changera en haine et ceux que vous aurez aimés vous donneront le désir de fuir. Alors, que faire ?

Ne vous renfermez pas chacun de votre côté dans un univers égoïste et personnel d’où chacun ne sort que pour les obligations de la vie en commun. Ne cherchez pas toutes les occasions pour rechigner et ne pas apprécier ce qui vient de l’autre. Si l’amour peint tout en couleurs de soleil, la haine recouvre tout de ténèbres. Il faut à tout prix faire briller le soleil là où se sont installées les ténèbres. C’est donc dans l’amitié et une délicate franchise que tous les problèmes de promiscuité doivent être réglés. Le premier but de la famille chrétienne n’est-il pas de tendre vers Dieu ? Si l’un s’éloigne de Lui, l’autre doit tout mettre en œuvre pour le ramener. Si les enfants s’écartent de Lui, les parents doivent tout tenter pour les sauver, et s’ils ne le peuvent concrètement, ils doivent prier. L’Évangile ne vous cite-t-il pas l’Enfant Prodigue ? Ce n’est nullement un hasard…

Frères qui voulez défendre Dieu, copiez Jésus et Marie dans les moindres détails de votre vie afin qu’il n’y ait point de faille. Si vous avez la lumière, prouvez-le en illuminant d’abord votre propre maison. Comment pouvez-vous aimer le Seigneur et vivre dans l’insupportable promiscuité de l’indifférence ? Faites des efforts, nous vous en supplions ! Bannissez les paroles blessantes, les accès d’autoritarisme ou de colère, les ordres maladroits, les paroles formelles, et laissez parler un cœur, un vrai cœur chrétien. Si l’amertume et l’énervement s’y sont réfugiés, chassez-les par la prière et retrouvez ensemble une douceur d’enfants. N’oubliez pas que le Seigneur désire en tout l’unité. Ne brisez pas ce qui ne peut être rompu. Même si des morceaux se sont détachés dans les tempêtes, rassemblez-les humblement et courageusement et ressoudez-les avec le ciment de l’amour.

Alors seulement votre prétendue évolution spirituelle commencera son voyage dans la Lumière dorée du Christ, Lui qui est Tout-Amour et qui vous aime tant. Oh ! frères aimés, frères tant aimés, comprenez cela et faites des efforts !

+ Vos frères dans la Foi