Message du 5 mars 1989

Bien chers frères,

Combien la jalousie est un vilain sentiment ! Et pourtant, c’est à chaque instant qu’elle apparaît chez les êtres humains et dans les situations les plus inattendues. La jalousie est l’une des manifestations les plus graves de l’orgueil et elle s’oppose fondamentalement à l’amour du prochain. En effet, si vous aimez vos frères, vous ne pourrez que vous réjouir de tout ce qui les rend heureux, de tout ce qui les place au-dessus de vous dans la société, dans le travail, dans le domaine spirituel. Vous ne pourrez que vous réjouir des dons que le Seigneur leur fait et Lui rendre grâce pour Sa grande bonté. Sachez donc ne point jalouser ou envier mais plutôt admirer et remercier.

L’homme est un être envieux, empli de convoitise et assoiffé de puissance. Depuis la Chute, il n’aspire qu’à renverser son frère pour prendre sa place (v. Gn 4, 1-16), à démolir sa réputation pour faire valoir la sienne, à le déposséder de ses biens pour se les approprier, et à régner en maître partout. Mais ce règne ne sera que provisoire, car il ne peut subsister au Royaume des Cieux.

L’homme sincère qui s’humilie, celui qui se dit faible et petit n’est pas admiré de ses frères : il est méprisé, souventes fois humilié et traîné encore plus bas dans la boue de la calomnie. C’est lui qui est attaqué parce qu’il n’a pas l’esprit du monde. Les hommes s’attaquent aux êtres pauvres et faibles humainement parce qu’ils craignent de s’attaquer aux puissants. Regardez le frère de l’Enfant Prodigue (Lc 15, 11-32) : depuis toujours il a profité des biens de son père, vivant à ses côtés et mangeant à sa table, alors que son pauvre frère s’est éloigné dans la corruption du péché. Lequel de ces deux frères a été, selon vous, le plus heureux ? celui qui est resté dans le droit chemin et qui a accompli son devoir d’état auprès de son père, ou bien celui qui s’est éloigné de l’autorité paternelle et a connu, outre les jouissances terrestres, les remords de sa conscience, outre la liberté du voyage et du détachement, la pauvreté, la famine, la crainte du lendemain ? Ne vaut-il pas mieux, chers amis, rester dans le droit chemin ?… Le vrai bonheur de l’homme n’est possible que dans une soumission consentie à la Volonté divine et dans le respect des Commandements. Il ne peut trouver sa totale expression que dans la Communion des Saints, qui demeure l’une des principales fonctions du Corps Mystique du Christ à travers l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Le sentiment de jalousie éprouvé par le frère de l’Enfant Prodigue et exprimé par le mouvement de révolte décrit dans l’Évangile de ce dimanche, ne reflète-t-il pas une situation des plus courantes sur cette terre ? Relisez la Parabole des Talents (Mt 25, 14-30) et celle des Ouvriers de la Dernière Heure (Mt 20, 1-16) et voyez combien l’Amour de Dieu est incommensurable ! Apprenez, frères, à vous réjouir du bonheur des autres sans arrière-pensée ni jalousie. Les voies de Dieu sont impénétrables, et s’Il ne vous dote pas des mêmes atouts que vos frères, ce n’est sûrement pas pour vous voir rager de jalousie, car Lui seul sait ce qui est bon pour vous. Dieu aime tous Ses enfants : les pauvres, les malheureux et ceux qui n’ont pas été favorisés par la nature autant que les autres, et Il veut tous les rassembler au sein de Son Amour.

L’ensemble des hommes forme, en effet, comme un gigantesque puzzle entre les mains du Père – puzzle qu’Il souhaite reconstituer et où chaque élément, le plus petit soit-il, a son importance. S’il manquait un élément à une carte de géographie, ce serait un cours d’eau interrompu, une ville disparue, une frontière ouverte, une montagne amputée. S’il manquait un élément à un portrait, ce serait un nez, une bouche ou un œil, dont l’absence nuirait immédiatement à sa beauté. Comprenez donc que chaque élément du puzzle est important, et que si l’un d’eux s’égare, le Père souhaite qu’il soit replacé coûte que coûte. Le seul problème – et ce n’est pas le moindre – reste celui de la liberté dont Dieu a doté l’homme. Car les pièces du puzzle, qu’à l’origine Il a parfaitement disposées, ont été au fil du temps dispersées ou égarées par le Diable, mais devraient, à la fin, retrouver leur juste place. Des indications leur sont fournies par la Sainte Église à qui seule a été confiée la Règle du jeu tout entière. Cependant, elles n’en tiennent pas toujours compte et restent souvent éloignées de la place où elles devraient figurer : alors, le cours d’eau vient se heurter à la montagne, la ville se noie dans la mer, la bouche remplace l’œil et rien ne va plus ! Comprenez que le déséquilibre a commencé le jour où l’homme a refusé de respecter la Règle en s’éloignant de la place que Dieu Lui avait allouée, et que ce déséquilibre se poursuit par son entêtement à ne point vouloir la rejoindre.

Ainsi l’homme sage se heurte-t-il à l’homme corrompu, l’humble à l’orgueilleux, le faible au fort, le riche au pauvre, et il faut parfois que passe un grand souffle pour bouleverser tous les éléments du puzzle, et qu’intervienne une main experte pour leur donner de nouveau la chance de recouvrer leur place…

Frères aimés qui êtes tellement rivés à vos petites personnes et à ces jouissances égoïstes qui vous éloignent de Dieu, acceptez-vous humblement que votre Père du Ciel vous prête main-forte pour rajuster votre puzzle ? Acceptez-vous docilement que vos prêtres, vos parents, vos amis vous y aident eux aussi ? Tel est le thème de réflexion que nous vous proposons aujourd’hui.

Aucune réforme intérieure, aucune action chrétienne ne peut être désordonnée : elles doivent viser en tout et partout à ramener à leur place les éléments dispersés. Elles doivent rechercher l’harmonie, l’unité, l’altruisme, la bonne entente, et cela toujours dans le désintéressement, toujours dans le bien. Car aujourd’hui, les hommes se regroupent souvent pour imposer plus fortement le mal à la société, un mal qui a toute l’apparence du bien puisqu’il satisfait les sens, mais qui alourdit les âmes. Tel est le but de tous vos gouvernements sans Dieu qui visent à vous faire oublier, par leurs politiques exclusivement matérialistes, que votre âme, elle aussi, crie famine… Votre vision des problèmes n’est qu’à court terme, chers amis, mais le prétendu bien-être que vous savourez est presque toujours, à la longue, le pire des poisons pour le corps et pour l’âme. Pensez-y.

Que le Seigneur vous aide à devenir aimants et à vous réjouir du bonheur des autres. Lorsqu’un élément du puzzle retrouve sa place, le Ciel tout entier s’en réjouit ! Pourquoi donc le jalouser si vous êtes à la vôtre ? La richesse, le savoir, le pouvoir humains, tout cela ne fait pas le bonheur, chers amis. En revanche, une conscience en paix, un cœur ouvert à tous, une âme ouverte à Dieu, telles sont les prémices du vrai bonheur, celui qui se poursuit dans le Ciel. Que ces sentiments soient vôtres, frères aimés. Que le Seigneur vous aide à les acquérir et qu’Il vous bénisse. Et n’oubliez pas votre Mère du Ciel : les Grâces qu’Elle peut vous obtenir pour votre progression spirituelle sont sans limites !

+ Vos frères dans la Vérité