Sermon du 25 décembre 1993

SERMON DE NOËL
(Inspiré au messager pour une paroisse)

Mes frères,

C’est toujours, pour un prêtre, une grande joie de voir son église remplie de monde au moment de Noël, et de célébrer avec tous la naissance du Sauveur. Mais cette joie est pourtant mêlée d’une pointe d’amertume lorsque ce prêtre sait qu’il se retrouvera, demain et les jours suivants, dans cette même église, presque seul pour y célébrer la messe dominicale, et parfois totalement seul pour les messes de semaine…

Malgré le discours que je vous adressais l’an passé, où je vous rappelais que le Seigneur nous aime et qu’Il attend que nous nous convertissions plus profondément, malgré aussi mes exhortations à une vie spirituelle plus profonde et à une pratique religieuse plus régulière, les occupations quotidiennes des uns et des autres leur auront fait, sans doute, bien vite oublier les bonnes résolutions prises pendant la nuit de Noël. J’aurais peut-être dû insister davantage sur certains points, mais rien n’est vraiment perdu puisque, vous retrouvant de nouveau cette année, vous me donnez l’occasion de le faire.

Notre Seigneur, mes frères, revient, chaque année au moment de Noël pour transformer notre cœur de pierre un cœur semblable au sien. Mais cela ne doit pas durer seulement l’espace d’une messe ! Si vous êtes ici ce soir, c’est que vous appartenez au peuple de Dieu, et, que vous soyez venus par obligation, par tradition, pour faire plaisir à votre famille ou par amour pour le Seigneur, l’essentiel est que vous soyez présents et que vous vous laissiez interpeller une fois encore par l’Enfant de la Crèche et par ce grand message d’amour et de joie que Dieu vient nous livrer chaque année à Noël.

Ah ! si chacun mettait autant de zèle à se précipiter vers Dieu pour lui offrir une vie de sainteté qu’il en met à se précipiter dans les magasins pour acheter des cadeaux, la face du monde serait changée ! Et pourtant, mes frères, ce Dieu n’est-il pas notre Père qui est aux cieux ? N’est-il pas celui qui nous a donné à tous la vie sur cette terre, et celui qui, si nous le suivons, nous donne aussi la Vie du Ciel ? Alors, peut-être pourrions-nous, en cette sainte nuit, réfléchir au cadeau que nous allons pouvoir lui faire, et au magasin dans lequel nous allons pouvoir le trouver.

Le pape Jean-Paul II nous rappelle, dans sa dernière lettre encyclique intitulée La Splendeur de la Vérité (1), que nous sommes tous appelés à être sauvés et à entrer dans la Vie Éternelle par la foi en Jésus-Christ, « Lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9) ; et que ce n’est que sanctifiés par notre « obéissance à la vérité » (1 P 1, 22) que nous pouvons devenir « enfants de la lumière » et « lumière dans le Seigneur » (Ep 5, 8). Cette obéissance, nous dit le pape, n’est pas toujours facile. À la suite du mystérieux Péché Originel, commis à l’instigation de Satan, « menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44), l’homme est tenté en permanence de détourner son regard du Dieu vivant et vrai pour le porter vers les idoles (cf. 1 Th 1, 9). Le plus beau cadeau que nous pouvons offrir au Seigneur, c’est donc celui de notre amour, de notre foi et de notre fidélité, et le magasin désigné celui de notre cœur et de notre conscience.

Mais gardons-nous bien de nous moquer du Seigneur en lui offrant seulement un cadeau de quatre sous ! Notre foi, en effet, doit être profonde et conforme à l’enseignement de l’Église, à la splendeur de la Vérité (avec un grand « V »). Elle ne doit pas être fade et tiède, mais éclairée par l’Esprit Saint, qui lui donne sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu.

Elle doit nous pousser toujours vers un plus grand amour et un plus grand respect de Dieu, de nous-mêmes et des autres.

Vers un plus grand amour de Dieu dans une pratique plus assidue de la prière, des sacrements et des lectures spirituelles, et un plus grand respect des Commandements dans un esprit d’obéissance et de vérité dépourvu de superstition tout autant que de bigoterie.

Vers un plus grand amour de nous-mêmes, non pas empreint d’égoïsme mais de bonté et de respect pour notre propre corps, qui est le temple de l’Esprit Saint ; de respect de la morale et de respect de la vie, qui est un don de Dieu. De respect aussi pour notre esprit et pour notre âme, que nous ne devons pas avilir par des considérations de bas étage.

Mais, direz-vous, nous n’avons pas assez d’argent pour faire un tel cadeau au Seigneur ; la sainteté, ce n’est pas facile !

Mes frères, ne désespérons pas, car, paradoxalement, le Seigneur lui-même nous aide à lui faire ce cadeau, et cela de deux façons : d’une part, il vient nous avertir par la voix de notre conscience chaque fois que nous risquons de tomber dans le péché. D’autre part, même lorsque nous avons péché, il a la miséricordieuse bonté, si nous nous repentons, de venir par ses prêtres nous pardonner et redonner la paix à notre âme.

Notre foi doit toujours nous pousser vers un plus grand amour des autres : sachons aimer tous nos frères sans aucune distinction, et ne jamais juger les pécheurs, même si nous haïssons leur péché.

Sachons, en ce temps de Noël, nous réconcilier avec tous : certains ici, ce soir, seront peut-être en froid avec des membres de leur famille, des voisins ou des amis, et viendront pourtant recevoir le Seigneur sans avoir d’abord tenté l’impossible pour se réconcilier avec eux… Quel dommage ! Sachons, mes frères, toujours demander pardon lorsque nous avons fait du mal, et pardonner à chacun ses offenses si nous voulons qu’à son tour, Dieu nous pardonne les nôtres. Car, à l’image d’une vitre sale qui doit être nettoyée des deux côtés pour laisser pénétrer les rayons du soleil (2), nous devons non seulement demander pardon à nos frères pour les fautes que nous avons commises envers eux, mais aussi demander pardon à Dieu, dans une confession individuelle sincère, avant d’aller le recevoir dans l’Eucharistie.

C’est toujours avec une extrême tristesse que je vois les foules, à la période de Noël, passer des heures dans les boutiques pour leurs emplettes et négliger les quelques minutes de confession individuelle qui pourraient redonner à leur âme la paix de l’Enfant de la Crèche. Car, mes frères, ce n’est pas moi qui le dis mais saint Paul : « Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du Corps et du Sang du Seigneur » (1 Co, 11, 27).

Soyons donc attentifs à cette petite voix discrète de notre conscience qui, du fond de notre cœur, nous invite en permanence à faire le bien et à regretter le mal. Ne laissons pas notre orgueil, notre égoïsme, ou notre impureté l’étouffer. Restons attentifs à l’enseignement de l’Église, qui nous est ponctuellement rappelé par les encycliques, et ne le mettons pas en doute si nous nous disons catholiques romains.

Ne nous créons pas notre propre morale en fonction de l’élasticité de notre conscience, mais écoutons notre Saint-Père le pape : il est la voix qui crie dans le désert du matérialisme, de la consommation à outrance, de la violence, de la guerre, de l’impureté et de la corruption, la voix de la Vérité qui vient se heurter à l’esprit du monde ! Si nous voulons le Ciel un jour, mes frères, ce n’est pas en écoutant les voix enjôleuses et malsaines d’ici-bas que nous y parviendrons. C’est en commençant par accueillir en nous cet Enfant de Noël, et par le laisser s’y développer, y grandir et nous conduire à cette sainteté pour que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au Ciel.

Si nous voulons la paix, mes frères, dans nos consciences, dans nos foyers, dans nos familles et dans le monde, commençons nous-mêmes par nous ouvrir individuellement à la grâce de Dieu, et efforçons-nous d’être saints et de laisser, jour après jour, cette grâce de l’Enfant-Dieu guérir nos âmes malades du péché. Que sa rayonnante Maman et saint Joseph, son très chaste époux, nous y aident en ce jour de Noël. Joyeux Noël à tous, mes frères !

Amen.

(1) Lettre encyclique Veritatis Splendor du souverain pontife Jean-Paul II à tous les évêques de l’Église catholique sur quelques questions fondamentales de l’enseignement moral de l’Église, 6 août 1993, Éditions Téqui, pp. 3-4.

(2) cf. Message du 20 juillet 1984, Un Souffle qui passe…, Tome 1.