Message du 2 avril 1994

Bien chers frères,

Il est sur terre des personnes bien-portantes comme il est des personnes malades qui, parfois, peuvent contaminer les autres ; et chez ces dernières, il en est qui adoptent des attitudes fort différentes face à leur mal. Certaines suivent des traitements draconiens pour s’en débarrasser ; d’autres savent qu’elles sont malades mais s’entêtent à refuser tout traitement, laissant à la maladie une emprise plus grande encore ; d’autres enfin, victimes d’un certain aveuglement, ne veulent pas reconnaître leur mal ni se soigner. Il est aussi des personnes qui ne savent pas encore qu’elles sont malades et ne se soignent pas non plus.

Eh bien, très chers frères, il existe dans le domaine spirituel les mêmes catégories d’individus : d’une part, les chrétiens bien-portants, qui suivent la saine doctrine et désirent de tout cœur rester fidèles à l’enseignement de Notre Seigneur, et, d’autre part, les chrétiens malades, qui défigurent cette doctrine et ne transmettent aux autres que le virus de leurs élucubrations : fables, récriminations et tissus de mensonges.

Les premiers obéissent sans sourcilier à l’enseignement de l’Église, leur Mère, sachant combien elle les aime et ne veut que leur bien. La sainteté est le but de leur vie quotidienne, et ils mettent tout en œuvre pour ne pas déplaire à Notre Seigneur. Ils nourrissent leur âme par la prière, l’oraison, les lectures spirituelles, la fréquentation des sacrements, et, forts de cette nourriture, s’efforcent de vivre chaque jour une charité toujours plus grande et plus belle. Le Ciel tout entier les accompagne, et Dieu se plaît à demeurer en leur âme et à les assister de son Esprit ; et si, par malheur, il leur arrive de céder à l’égoïste nature humaine, ils savent se réconcilier bien vite avec leurs frères offensés et avec Dieu dans une confession sincère, avant de reprendre la route.

Quant aux seconds, chers frères, ils suivent les catégories présentées ci-dessus. Ceux qui sont porteurs d’une maladie grave et suivent des traitements draconiens pour s’en débarrasser sont les chrétiens qui, victimes d’une mauvaise hérédité, d’une mauvaise éducation, de traumatismes plus ou moins graves subis dans l’enfance ou d’erreurs plus ou moins méchantes faites au cours de leur vie, ont d’abord sombré dans une vie de péché, mais qui, par la grâce de Dieu, ont pris conscience de ces erreurs, et s’en remettent à présent totalement à la miséricorde divine et à l’Église : fidèles à la confession et à la messe, ils font tous les efforts possibles pour se débarrasser de leurs faiblesses et ne pas se laisser déstabiliser par les attaques de l’Ennemi, même lorsque parfois le découragement vient assaillir leur âme.

Ceux qui s’entêtent à refuser tout traitement, laissant à leur mal une emprise plus grande, sont les chrétiens qui vivent dans le péché et s’y complaisent. Ils ont été baptisés, ont même fait leur communion et ne s’opposent pas à la foi, mais ils reconnaissent eux-mêmes qu’ils ne sont pas des exemples de piété. Ils refusent généralement d’aller confier leurs péchés à des prêtres – qu’ils considèrent comme des hommes ordinaires – et fréquentent rarement les églises. Ce sont généralement de « bons vivants », friands des plaisirs de la table et de la chair, et plus sensibles au lucre et aux affections humaines qu’à toute forme de spiritualité. En fait, l’enseignement de l’Église ne les intéresse pas puisqu’il les contraindrait à modifier leurs habitudes de vie. Il leur arrive d’ailleurs de récriminer contre cet enseignement. La vie terrestre leur est, en effet, plus précieuse qu’une vie éternelle dont ils disent n’avoir aucune preuve concrète. Leur discernement spirituel ne peut donc pas être des plus affinés.

Ceux qui, victimes d’un certain aveuglement, n’acceptent pas de reconnaître leur mal, sont les chrétiens qui, quoi qu’ils en disent, n’ont pas saisi, dans toute sa splendeur, la vérité de l’enseignement de l’Église. Peu éduqués à la foi, ou, au contraire, imbus d’une certaine curiosité intellectuelle qui les incite à toujours rester ouverts à tout, même à ce qui peut être préjudiciable à leur âme, ils se seront souvent laissés influencer par certaines théories philosophiques, psychologiques, sociologiques, politiques ou scientifiques – pourtant toutes relatives -, par d’autres religions, qu’ils n’hésitent pas, faute de solides connaissances théologiques, à mettre sur le même plan que la leur, ou par de séduisants mouvements ésotériques qui prétendent posséder des vérités cachées et en savoir plus que l’Église elle-même dans le domaine surnaturel.

Leur nature profondément contestataire les pousse souvent à rejeter l’immense respect qu’ils doivent à la personne de Notre Seigneur, qui, s’il est vrai Homme, n’en est pas moins vrai Dieu. À rejeter aussi tout ce qui relève de l’obéissance à l’Église, qu’ils considèrent plus comme une institution humaine aujourd’hui désuète que comme d’essence divine. À rejeter, enfin, la notion de péché qui, sauf lorsque ce dernier est associé à la souffrance – comme dans le cas de la violence -, ne représente plus pour eux qu’une contrainte culpabilisante nuisant au bon épanouissement physique et spirituel de la personne humaine.

Quant à ceux qui ne savent pas même qu’ils sont malades et ne se soignent pas, ce sont les chrétiens naïfs qui ont, certes, été baptisés et ont fait, eux aussi, leur communion, mais qui, englués dans le monde matériel, n’éprouvent le besoin de vivre aucune forme de spiritualité. Ils ne pensent plus qu’ils ont une âme et ne fréquentent l’église qu’exceptionnellement, à l’occasion de certaines fêtes et cérémonies, où ils se rendent allègrement à la communion sans avoir pris soin de passer d’abord par le confessionnal. Mal éduqués à la foi, de tels chrétiens sont bien à plaindre car ils ne sont pas conscients de l’état de leur âme et ne font rien pour y remédier. Ce sont aussi ces prêtres insouciants qui, influencés par des politiques humanistes et laxistes, veulent faire de l’Évangile un simple contrat social, et démolissent vigoureusement la belle foi de certaines de leurs ouailles pour la remplacer par un activisme caritatif qui ne souffre aucune verticalité.

Pourquoi de telles comparaisons ?

Pour que vous ne soyez pas surpris, chers frères, par les différences d’opinions que vous découvrirez dans vos assemblées. Vous y rencontrerez, en effet, outre quelques bien-portants qui suivent la ligne de Rome, un certain nombre de personnes et même de prêtres, malades dans leur foi, désireux de revendiquer certains « droits » et de faire embrasser par l’Église certaines idées qui s’opposent à la foi, aux mœurs et à la Tradition. Souvent allergiques à toute forme de hiérarchie et même d’obéissance, ils s’évertuent, dans leur ignorance ou leur aveuglement, à renverser les valeurs traditionnelles pour établir les leurs et transformer l’Église, qui est la gardienne de l’enseignement de Notre Seigneur, sur un modèle qu’ils croient plus démocratique.

Défendant volontiers des idées que l’Église condamne, ils se montrent prompts à aller vers ceux qu’ils appellent les « exclus » et les « marginaux », qu’ils prétendent que l’Église rejette, comme pour donner à cette dernière une leçon. Cependant, ils ne vont pas vers eux pour leur faire prendre conscience de leurs erreurs, les éduquer à la spiritualité et les conduire charitablement sur les chemins de la sainteté, comme Notre Seigneur nous y invite tous, mais pour les « soutenir ». Quelle idée saugrenue, chers frères !… La rose a beau avoir un tuteur pour la soutenir, si elle n’est point arrosée ni régulièrement nourrie par de l’engrais, elle finira par s’étioler et par mourir. Il en est de même, chers frères, des « exclus » et des « marginaux » lorsqu’ils ne sont point nourris de la Parole de Dieu et secourus par les sacrements.

Que l’Esprit Saint vous ouvre les yeux, très chers frères, sur le grand danger que représentent de tels courants d’idées au sein de l’Église. Qu’Il vous aide aussi à rappeler, contre vents et marées mais avec la plus grande charité, qu’il ne saurait être question d’enlever un iota à la vérité de la Parole révélée, ni de bouleverser la Tradition ou de contester en quoi que ce soit les décisions du Magistère. Même si un synode peut être une occasion de présenter à l’Église certaines remarques ou suggestions, il ne sert de rien d’y polémiquer sur les vérités essentielles de la foi et de la morale.

Que Notre Seigneur et sa sainte Mère vous donnent de savoir toujours plus discerner la vérité de l’erreur et vous bénissent.

+ Vos frères dans la Vérité