Message de Pâques 2020

MESSAGE DE PÂQUES 2020

Bien chers frères,

Le Christ est ressuscité, alléluia ! Il a vaincu la mort et le Péché, alléluia ! Pour entraîner à sa suite tous les hommes, alléluia ! Et c’est aujourd’hui grande fête dans le Ciel et sur la Terre.

Mais cette année, amis, à cause du confinement, les clochers vont carillonner cette bonne nouvelle au-dessus des églises vides. Cependant, bien que vous ne soyez pas autorisés à participer directement à la liturgie catholique pour la vigile pascale et pour le jour de Pâques, soyez tout de même dans l’allégresse car, grâce aux médias, vous allez pouvoir assister, depuis chez vous et dans la prière, aux célébrations présidées par des évêques ou par des prêtres. Et, si votre foi est pure et votre cœur ouvert, vous croirez sans arrière-pensée que Notre-Seigneur est avec vous, près de vous, et qu’il continue, malgré tout, à vous combler de ses grâces !

L’amour sincère que vous éprouvez, chers frères, au fond de votre cœur, pour Dieu Père, Fils et Esprit Saint, pour la Vierge Marie, votre Mère, les anges, les saints et tous vos aimés du Ciel, associé à celui que vous éprouvez envers tous vos frères de la Terre, est, pour le Monde Céleste, ce qu’il y a de plus précieux car il exhale le plus doux des parfums : celui de la communion des saints ! Cet amour est, en effet, comme une haie de fleurs qui s’épanouissent au soleil de Dieu en bordure du chemin qui vous conduit à lui, et il répand un parfum qui s’élève comme un encens jusque dans les Demeures Célestes, jusqu’au plus haut des Cieux.

Alors que Dieu-le-Fils, notre Seigneur, était encore dans le sein du Père, au temps des Hébreux, Yahvé dit à Moïse : « Prends […] aromates et pur encens, chacun en quantité égale et tu en feras un parfum à brûler comme en opère le parfumeur, […] tu en mettras devant le Témoignage, dans la Tente du Rendez-vous, là où je te donnerai rendez-vous. Il sera pour vous éminemment saint. » (Ex 30, 34-36) 

Mais le Verbe de Dieu, qui s’est incarné en la personne de Jésus, a voulu parfaire cette règle en faisant de chacun d’entre vous – qui êtes membres de son propre Corps, l’Église – le parfumeur, et en faisant de l’amour pur qui monte de vos cœurs, l’encens. Et c’est dans un cœur-à-cœur avec lui que Notre-Seigneur vous donne chaque jour rendez-vous.

Dans les temps anciens, le peuple hébreu immolait des animaux sur les autels en l’honneur de Yahvé, telle était la coutume. Même Marie et Joseph, conformément à la Loi de Moïse, montèrent, le jour de la Purification, au temple de Jérusalem pour présenter à Yahvé l’Enfant Jésus et lui offrir le sacrifice prescrit : un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes (cf. Lc 1, 24).

Mais Dieu a envoyé son Fils sur cette Terre afin de réunir en lui seul la victime, l’autel et le grand-prêtre. La victime, c’est lui, Jésus, l’Agneau sans tache immolé par amour pour racheter les péchés des hommes et effacer la Tache Originelle. L’autel, c’est tout à la fois son Corps et le bois de la Croix, où il s’est trouvé fixé ; et le grand-prêtre, c’est encore lui, qui offre au Père, en un unique sacrifice, sa propre Personne – offrande qui se voit réactualiser dans le sacrement de l’Eucharistie à chacune de vos messes, sur l’autel de vos églises, qui signifie aussi son Corps. Quelle grâce, chers frères, Dieu le Père ne vous a-t-il pas faite par son Fils, Jésus-Christ, qui a institué pour vous ce sublime sacrement !

Notre-Seigneur, en effet, n’est pas venu abolir la Loi ou les Prophètes : il est venu l’accomplir (cf. Mt 5, 17) – et l’accomplir en plénitude ! Ainsi, l’apôtre Paul explique, dans sa Première Épître aux Corinthiens, que le premier homme, Adam, a été fait âme vivante (1), mais que le dernier Adam – le Christ Jésus – est un être spirituel donnant lui-même la vie (cf. 1 Co 15, 45). Par son sacrifice, en effet, la Loi s’est trouvée indissociablement unie à l’amour, qui ne meurt pas.

Sans doute, nombre d’entre vous attribueront les paroles « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12, 31) au seul Seigneur Jésus-Christ. En réalité, Notre-Seigneur n’a fait que redire aux hommes de son temps ces paroles mêmes, qui sont  extraites du Livre du Lévitique (Lv 19, 18). Il faut dire que beaucoup parmi le peuple juif appliquaient la Loi sans amour. C’est pourquoi le Seigneur Jésus n’a pas hésité à fustiger les Pharisiens, qui se donnaient toutes les apparences de la perfection mais dont le cœur, peu enclin à la véritable charité, était loin du Père du Ciel.

C’est aussi encore le cas de nombre de chrétiens qui veulent faire bonne figure, se donner des allures irréprochables, faire admirer leur recueillement, leur spiritualité ou leur grande famille, mais chez qui il manque une bonne dose d’humilité, de charité et d’obéissance.

Ce sont souvent les mêmes qui se croient, aujourd’hui, au-dessus des lois, jugent ceux qui ne leur ressemblent pas, et se permettent, à cette heure, de critiquer vertement leurs évêques et leurs prêtres parce que leurs églises sont fermées au culte pour les fêtes pascales.

Ce sont souvent les mêmes qui font fi, aujourd’hui, des lois humaines en sortant de chez eux pour aller quémander une hostie consacrée à un ecclésiastique, ou qui, en plein confinement, ont l’outrecuidance de faire venir chez eux prêtres ou diacres dans ce même but.

Eh bien ! croyez, chers frères, qu’il plaît davantage à Notre-Seigneur que vous restiez chez vous dans un esprit d’obéissance et que vous renonciez à communier plutôt que d’enfreindre des lois qui n’ont rien d’inique ou d’immoral ! Les plus grands saints de l’Église ont toujours donné l’exemple de l’obéissance. Alors, qu’il en soit de même pour ceux qui profèrent de stériles critiques et enfreignent les lois. Car obéir et offrir ce renoncement pour la conversion des pécheurs plaira bien davantage à Notre-Seigneur.

Et nous ajouterons à l’attention de ceux qui agissent ainsi, que si la loi des hommes les prive de « leur » messe et de « leur » communion, elle ne les prive point d’une intimité spirituelle avec Jésus, notre Seigneur, ni avec sa sainte Mère, ni avec les anges du Ciel, ni avec leurs saints préférés. Car ce même Seigneur vous a tous assurés – sous réserve que votre cœur soit sincère, obéissant et brûlant de charité – de la grâce de sa paisible et divine présence, non seulement dans les églises mais aussi là où se trouvent réunis en son nom « deux ou trois » (cf. Mt 18, 20). Et il vous a également dit : « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 6). Pensez aussi, chers frères, à tous ceux qui, au cours de l’histoire – pendant la Révolution française ou dans les régimes totalitaires – ont bénéficié, tout en étant privés des sacrements, de nombreuses grâces simplement en raison de leur foi.

Alors, en ce jour béni d’anniversaire de la Résurrection de Jésus, notre Seigneur, voulez-vous vous engager à plaire à Dieu, qui vous aime ?

En premier lieu, que cette période de confinement et cette privation de son Corps et de son Sang vous donnent une conscience plus aiguisée du sens profond de l’Eucharistie. Ainsi, lorsque vous pourrez de nouveau participer à la messe et recevoir la sainte communion, entrez dans le recueillement, fermez les yeux et laissez Jésus venir à vous et vous parler. Laissez Jésus vous aimer, chers frères ! Car il est vraiment ressuscité et sera là, on ne peut plus concrètement, dans votre cœur, où il se donnera à vous entièrement dans un parfait acte d’amour. Alors, parlez-lui à votre tour. Redites-lui – comme l’apôtre Pierre – de quel amour vous l’aimez (cf. Jn 21, 15-17), et offrez-lui votre vie, celle de tous les jours avec ses joies et ses peines, ses forces et ses faiblesses, ses richesses et ses pauvretés.

Soyez assurés que le Seigneur Jésus ne demande qu’à avoir une plus grande intimité avec vous, qu’à vous encourager et à vous soutenir sur le chemin de la sainteté. Et si vous chutez, il ne demande qu’à vous pardonner et à vous redonner sa grâce à travers le sacrement de Pénitence, administré par un prêtre de son Église catholique.

Quelle autre religion, chers frères, possède un Dieu aussi grand, aussi bon et aussi miséricordieux ? un Dieu aussi proche de la personne humaine, qui s’est lui-même fait Chair et a voulu partager entièrement la vie de sa propre créature afin de la racheter et de la sauver ? un Dieu-Père aussi respectueux et aussi aimant ?

Après qu’il a créé l’homme, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait » et « cela était très bon ! » (Gn 1, 31). C’est pourquoi, aussi pécheurs que soient les hommes, le Père, dans son infinie bonté, ne veut pas détruire sa créature mais la ressusciter à la suite de son Fils et la faire participer à sa Divinité. « C’est lui qui est notre Dieu », dit le prophète Baruch, « aucun autre ne lui est comparable. » (Ba 3, 36)

En second lieu, amis, nous vous exhortons, à la suite de Paul, à parler tous un même langage, et à éviter, entre vous, les divisions. Car pour être les témoins crédibles de la Résurrection de Notre-Seigneur, vous devez être « parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. » (cf. 1 Co 1, 10)

Qu’avec la grâce de Pâques, que vous communique en abondance le Ressuscité, le confinement vous aide à faire des progrès sensibles dans votre vie quotidienne.

Si vous êtes cloîtrés en famille, apprenez à vous supporter les uns les autres avec des efforts réciproques sans tout attendre du prochain. Apprenez aussi à vous pardonner mutuellement (cf. Col 3, 13) et à vous faire spontanément les serviteurs les uns des autres, comme Notre-Seigneur Jésus – qui n’est pas venu « pour être servi, mais pour servir » (Mc 10, 45) – vous l’a enseigné en lavant lui-même les pieds de ses apôtres (cf. Jn 13, 1-17) juste avant d’instituer l’Eucharistie.

Dans ce service, que les enfants obéissent de tout cœur à leurs parents, et que les parents soient patients tant envers eux-mêmes qu’envers leurs enfants, qu’ils veilleront à ne pas exaspérer de crainte de les décourager (cf. Col 3, 21).

Si vous êtes cloîtré seul, évertuez-vous à utiliser votre temps pour des choses constructives et spirituelles, et éloignez-vous de tous ces vices addictifs, contraires à la tempérance, qui peuvent vous entraîner si facilement et si rapidement vers le bas et vous couper de la vie spirituelle et de la grâce de Dieu : consommation excessive de boissons alcoolisées ou de nourriture, pornographie, impureté, oisiveté, etc. Si cela a le malheur de vous arriver, coupez-vous immédiatement de toute source de tentation, appelez votre ange gardien et vos amis du Ciel à la rescousse, priez la Vierge Marie et l’Archange saint Michel, et dites à Notre-Seigneur un acte de contrition sincère. Avant que vous puissiez vous confesser directement auprès d’un prêtre, cette reconnaissance de vos fautes et la ferme intention de recevoir le Pardon de Dieu dès que possible vous permettront de réintégrer la pleine communion de l’Église.

Vous voyez, chers frères, combien toutes ces paroles de sagesse, que vous devez déjà connaître, se révèlent justes et utiles en cette période de crise. Notre rôle de messagers du Ciel n’a, en effet, pas d’autre objectif que de vous rappeler inlassablement tout ce qui vous a déjà été dit dans l’Évangile (cf. Jn 14, 26).

Prenez aussi du temps pour vous : remettez de l’ordre dans votre demeure – que ce soit celle que vous habitez ou votre demeure intérieure. Faites cela à votre rythme et avec Dieu. Ménagez-vous des temps de repos, de lectures spirituelles et d’oraison ou de méditation, et usez judicieusement des médias, qui vous permettent régulièrement de rejoindre des évêques, des prêtres, des congrégations religieuses pour la messe et la liturgie des heures, ou de regarder différents reportages spirituels comme, en ce moment, l’ostension du saint Suaire de Turin, dont Notre-Seigneur, dans ces messages, vous a garanti l’authenticité (2). Que leurs organisateurs en soient profondément remerciés de la part de Notre-Seigneur lui-même, de sa sainte Mère et de vos frères du Ciel.

Enfin, prenez le temps de prier le Ressuscité, par l’intercession de la très sainte Vierge Marie et des saints que vous aimez, pour tous ceux qui sont rappelés à Dieu en cette période épidémique, et pour tous ceux qui, dans un dévouement sans faille et avec courage, se consacrent aux malades, aux plus démunis, et à l’approvisionnement et la vente de denrées alimentaires et de produits de première nécessité. Qu’ils en soient également profondément remerciés.

Priez aussi pour vos dirigeants, pour ceux qui sont orgueilleux, dissimulateurs, menteurs, fourbes et hypocrites, manipulateurs, pervers, cupides, débauchés, qui, dans ce pays et à travers le monde, auront, s’ils ne se convertissent et ne se repentent, à répondre, au jour de leur mort, de leurs manigances, de leurs décisions criminelles (3) ou de leur inaction au Tribunal de Dieu. Priez afin « que le méchant abandonne sa voie et l’homme criminel ses pensées, qu’il revienne à Dieu, qui aura pitié de lui, à notre Dieu car il est riche en pardon. » (Is 55, 7)

Que la joie de Pâques stimule, frères aimés, votre foi, votre espérance et votre charité ! Tous vos amis du Ciel sont à vos côtés. Prions ensemble dans la communion des saints – Église de la Terre et Église du Ciel – dans un cœur-à-cœur avec Jésus ressuscité et la Bienheureuse Vierge Marie, afin que la volonté du Père soit faite en toute chose.

Et que ce même Seigneur et sa sainte Mère vous bénissent au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

+ Vos frères dans la Joie de Pâques

(1) Comprendre : être doué d’une vie purement naturelle et soumis aux lois du dépérissement et de la corruption.
(2) cf. Message du 18 octobre 2000, Un Souffle qui passe…, Tome 3.
(3) contraires à l’éthique et à la morale chrétiennes.

Nihil obstat : Abbé Marc-Antoine Fontelle
Imprimatur : + Mgr Gilbert Aubry