Message du 30 mars 2020

Bien chers frères,

Lorsque Yahvé vit que la Terre s’était remplie de violence et que toute chair avait une conduite perverse (cf. Gn 6, 11-12), il se repentit d’avoir fait l’homme sur la Terre, et il y eut une crue des eaux sur toute la surface de la planète (cf. Gn 7, 24). Cependant, Noé, qui était un homme juste, trouva grâce auprès de Yahvé, et ce dernier décida de le sauver avec sa famille et un couple de tout ce qui est chair ayant souffle de vie (cf. Gn 7, 15) au moyen d’une arche bâtie suivant ses consignes. La Terre, alors, fut envahie par la montée des eaux, et ainsi disparut toute chair qui s’y mouvait (cf. Gn 7, 21). À l’issue de cet événement, Yahvé se dit en lui-même :

« Je ne maudirai plus jamais le sol à cause de l’homme.
Certes, le cœur de l’homme est porté au mal dès sa jeunesse,
Mais plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait. »
(Gn 8, 21)

L’état de la Terre aujourd’hui, chers frères, n’est-il point comparable à celui de la période antédiluvienne ? Partout règnent violence, méchanceté, convoitise, mensonge, corruption, impureté, indifférence… Mais Dieu l’a promis, il ne frappera plus jamais la Terre à cause de sa créature.

Aujourd’hui, chacun assiste, impuissant, à un événement sociétal inattendu : une nouvelle épidémie qui se répand et semble frapper, une fois de plus, les hommes, à l’aveugle : l’un est touché, l’autre épargné ; l’un est pris, l’autre laissé (cf. Mt 24, 40). Et, sous le dictat de médias qui, jour après jour, égrainent des chiffres dont la progression est à la hausse, c’est l’affolement général.

Cependant, que la focalisation sur cette épreuve – qui touche toutes les catégories de la population : jeunes et vieux, riches et pauvres – vous conduise, chacun d’entre vous, à prendre conscience de votre petitesse devant Dieu. « On est bien peu de chose ! », disent certains – et cela est vrai : une guerre, un cataclysme, une épidémie et voilà l’humanité profondément déstabilisée.

« Tout homme n’est qu’un souffle […],
Rien qu’un souffle, tous les humains » (Ps 39 (Vulg. 38), 6. 12)

C’est pourquoi nous vous redisons, chers frères : « N’ayez pas peur ! » car la crainte n’est pas dans l’amour (cf. 1 Jn 4, 18), et, si vous croyez que Notre-Seigneur vous aime et qu’il est la Parole du Père, croyez aussi qu’il vous dit :

       « Ne crains rien, car je suis avec toi.
Ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu.
Je te fortifie, je viens à ton secours… » (Is 41, 10)

Alors, forts de la paix qu’il mettra dans votre cœur, vous traverserez ces moments de confinement et de deuil dans la confiance, et vous lui répondrez avec toute la force de votre foi :

« Même quand je marche dans une vallée pleine d’ombre,
Je ne crains aucun mal,
Car tu es avec moi :
Ta houlette et ton bâton, c’est mon réconfort. » (Ps 23 (Vulg. 22), 4)

Malgré cela, il est une question que nombre d’entre vous se posent : pourquoi, si Dieu aime l’homme, permet-il que se développent la maladie, les épidémies et la souffrance à travers le monde ? Pourquoi permet-il les guerres ? Pourquoi permet-il les cataclysmes ?

Dieu, qui est bon, a créé l’homme à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26), et, nous vous l’avons dit bien des fois, il l’a créé libre : libre de rester sous sa houlette, mais aussi libre de se détourner de lui – c’est ce qui s’est passé au moment du premier Péché et de la Chute. Libre d’obéir à ses Commandements, mais aussi libre de désobéir. Libre de faire le bien comme libre de faire le mal et d’en endosser ensuite les conséquences. Libre de s’engager sur le chemin du Ciel et libre de se perdre. Mais en tout cela, il serait erroné de considérer l’homme comme une entité individuelle. Mieux vaut comprendre « l’humanité », car, dans la communion des saints, tous les hommes sont frères et chaque homme est solidaire de tous les autres hommes.

L’histoire du peuple hébreu, comme votre propre histoire, vous montre combien, paradoxalement, au fil des siècles, Dieu a su tirer du mal et de la souffrance humaine un plus grand bien. En cette semaine sainte, pensez, chers frères, au Fils de Dieu, qui a souffert, qui est mort sur une croix et qui est ressuscité afin de nous racheter et de nous ouvrir les portes Ciel – destination à laquelle tout homme sans exception est appelé.

Cependant, dans un monde où la spiritualité s’étiole et où le matérialisme est roi, les mauvais instincts de l’homme se réveillent. Alors, la soif du pouvoir et de la connaissance, la convoitise, la recherche des plaisirs immédiats et l’appât du gain s’y expriment sans retenue, et l’homme perd de vue ce pour quoi il a été créé : l’amour de Dieu et l’amour du prochain pour la Vie Éternelle. Et il perd aussi de vue le seul moyen qui lui soit donné d’atteindre cette fin : la quête de la sainteté !

En effet, notre Père du Ciel ne veut que votre bien. Et le seul bien ultime et durable auquel il appelle chaque homme sur la Terre n’a rien à voir avec les richesses terrestres – qu’elles soient matérielles ou intellectuelles -, les plaisirs immodérés et la recherche du pouvoir. Le seul bien ultime et durable auquel il appelle tous ses enfants, c’est leur participation à sa divinité dans son Royaume de gloire ! Et pour cela, il a envoyé son Fils bien-aimé, Jésus-Christ, sur la Terre afin d’apporter à tous les hommes sa Parole pour qu’ils s’en nourrissent et pour qu’ils en vivent. Pour qu’ils changent leur cœur de pierre en cœur de chair (cf. Ez 36, 26). Pour qu’ils prennent conscience de leurs fautes et de leurs manquements, et pour que, par leur foi, par leur espérance et par leur charité, ils changent la face du monde !

C’est à Pierre, premier chef de l’Église romaine, une, sainte, catholique et apostolique, que ce Fils a remis les clés du Royaume des Cieux (cf. Mt 16, 19). Et c’est à son Église naissante – aux Onze (cf. Mt 28, 19), puis à Paul (cf. Rm 1, 1) – qu’il a confié la charge de faire des disciples à travers toutes les nations, et de les baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Au-delà de l’indignité de certains de ses serviteurs – qui sont, malheureusement, de pauvres pécheurs comme bien d’autres -, n’écoutez pas tout le mal qui se dit aujourd’hui sur l’Église ! Au contraire, aimez-la, cette Église, et soutenez vos prêtres, qui en sont les intendants et les seuls êtres sur Terre à pouvoir, par le sacrement de l’Ordre, réactualiser le sacrifice de notre Seigneur Jésus-Christ sur la Croix, et offrir à ses enfants, en nourriture d’Éternité, son Corps livré et son Sang répandu pour le salut de tous. Quelle grâce, chers frères ! Car si ce même Seigneur, vrai Dieu et vrai Homme, n’était pas mort sur la Croix pour racheter les hommes de toute iniquité (cf. Tite 2, 14), l’ardoise des péchés de l’humanité n’eût jamais été effacée.

Souvenez-vous aussi qu’en ce temps de pénitence où vous vous voyez privés matériellement de recevoir l’Eucharistie – et cela, sans aucune responsabilité de votre part -, Notre-Seigneur s’offre à vous, dans une communion spirituelle, qui, forte de votre désir de le recevoir, vous apportera de très nombreuses grâces. Mais que ce jeûne eucharistique forcé puisse être l’occasion, chez ceux d’entre vous qui ne se confessent plus – ou pas régulièrement – et qui, n’étant pas en état de grâce, font des communions « sacrilèges », de méditer sur le sens réel de cette communion au Corps et au Sang de Jésus.

Enfin, au-delà de l’angoisse, au-delà de la souffrance, au-delà du deuil et de la peine, saurez-vous entendre, chers frères, l’appel de votre Père à tous, le Dieu des vivants de la Terre mais aussi des vivants du Ciel, vous conviant, par la voix de ses messagers, à cette μϵτανoια (conversion) ?

Déjà, alors que certains, le cœur plein de colère, se révoltent contre lui et l’accusent de tous les maux actuels, des millions d’hommes et de femmes se tournent de nouveau vers le Ciel et l’implorent, le supplient, le prient avec confiance.

Nombre de chrétiens se mettent ou se remettent à prier le rosaire. Quantité de prêtres retrouvent le sens de leur mission spirituelle, célèbrent quotidiennement la sainte messe et implorent Notre-Seigneur de mettre fin à cette épidémie et à ses conséquences sur l’ensemble de la société. Des évêques consacrent leur diocèse à la Vierge Marie en ayant recours à sa protection, en implorant son assistance et en réclamant ses suffrages. Qu’ils en soient tous remerciés au nom de leurs frères du Ciel et de Notre-Seigneur lui-même !

Depuis les Demeures Célestes, nous assistons, en ce début de printemps, aux prémices d’un refleurissement de la foi et d’une résurgence de la charité dans de nombreux endroits du monde. Des hommes, en effet, commencent à découvrir ou à retrouver la soif de l’essentiel. Et nous prions le Père du Ciel pour que cette attitude, sincère dans l’instant, se multiplie encore et encore, et – surtout ! – reste durable.

De multiples familles éclatées à cause du travail ou de l’éloignement du père, de la mère ou des deux parents, se retrouvent et prennent enfin le temps de s’occuper d’eux-mêmes et de leurs enfants, de jouer avec eux, de discuter avec eux. Qu’ils en soient bénis ! Bien sûr, il y a aussi l’envers du décor que sont les violences domestiques. Si celles-ci se multiplient dans le confinement, c’est qu’elles existaient déjà auparavant – au moins à l’état larvaire. Sans doute serait-il sage de saisir cette occasion pour prendre avec courage les mesures nécessaires et mettre un terme définitif à de telles violences.

Au milieu de la confusion, même des personnes qui ne sont pas croyantes commencent à retirer de cette épreuve des choses positives : les échanges se multiplient, la solidarité fleurit, le monde sort d’un autisme qui commençait à lui porter sérieusement préjudice.

Sur le plan écologique, l’arrêt de multiples industries et la restriction des transports permet à la planète de recouvrer son souffle par un air purifié. Des rivières retrouvent leur transparence, des arbres refleurissent, des animaux et des plantes reprennent leurs droits. À travers les villes, les hommes retrouvent le sens des responsabilités et la propreté règne de nouveau. Quelle métamorphose ! Cela devrait, amis, tous vous interpeller sur une façon de vivre et de travailler plus responsable et plus respectueuse de la Création, que le Père vous a confiée pour que toutes les générations puissent en vivre dignement.

Alors, chers frères, gardez courage et soyez dans l’espérance ! Placez-vous sous la protection de la Très Sainte Vierge Marie, notre sainte Mère, Patronne principale de la France (1), et adressez-lui cette très ancienne supplique :

« À l’abri de votre protection, sainte Mère de Dieu, nous nous réfugions.
Ne méprisez pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve,
Mais de tous les dangers délivrez-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie. » (2)

Priez le rosaire avec foi, et priez aussi les saints que vous aimez et les saints protecteurs de vos villes qui, à travers l’histoire, ont été invoqués fructueusement pendant les périodes d’épidémies. Convertissez-vous, soyez solidaires, charitables, et vous changerez la face de la Terre !

Gardez confiance en Dieu et ne vous révoltez pas contre les départs vers l’Autre Monde même s’ils sont prématurés, car notre finalité à tous, c’est la Vie Éternelle ! Et croyez bien, chers frères, que si Dieu permet tous ces décès, c’est qu’ils sont dans l’ordre des choses. Dans le cas où ces personnes n’auraient pas été victimes du virus, elles seraient mortes, de toute façon, d’une manière ou d’une autre : lorsque l’heure du grand départ a sonné, c’est l’heure ! et c’est l’heure où que vous soyez et quoi que vous fassiez, même si cela reste pour vous un mystère.

Relisez, chers frères, les messages de la Toussaint sur le grand passage et les Demeures Célestes (3), et croyez que vos défunts sont des vivants au-delà du voile de la mort. Même si vous ne bénéficiez plus de leur compagnie dans cette chair, croyez que ceux qui sont sauvés vous sont toujours présents – d’une autre forme de présence – dans la communion des saints.

Pour vous, vivez en Dieu et faites de votre vie le marchepied d’une Éternité de délices (cf. Ps 16 (Vulg. 15), 11).

Que Notre-Seigneur et sa très sainte Mère vous bénissent et vous gardent.

+ Vos frères dans la Vérité

 

(1) En 1922, le pape Pie XI proclamait Notre-Dame de l’Assomption Patronne principale de toute la France dans sa lettre apostolique Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam.

(2) Cette antienne mariale est la plus ancienne prière adressée à la Vierge Marie (IIIe siècle). C’est une invocation collective pour gagner son intercession dans les moments difficiles. En voici le texte en latin : « Sub tuum præsidium confugimus, sancta Dei Genitrix : nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus, sed a periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et benedicta. »

(3) Message du 1er novembre (I) et (II), Un Souffle qui passe…, Tome 3.

 

Nihil obstat : Abbé Marc-Antoine Fontelle
Imprimatur : + Mgr Gilbert Aubry