Message du 23 juillet 2020

Bien chers frères,

Chaque être humain devrait remercier le Père de lui avoir donné la vie et ce que vous pourriez appeler le « désir de vivre », intrinsèquement lié à l’instinct de survie. C’est cette force vitale toute spéciale qui permet à chacun d’entre vous, à l’exception des personnes qui souffrent de dépression grave ou autre pathologie affectant le psychisme, de se lever chaque matin avec le désir de vivre et d’aller de l’avant à travers une multitude d’activités constructives telles que le travail, les activités domestiques ou éducatives, la pratique d’un sport ou d’un art, d’une religion, la quête de la connaissance, celle de la perfection, etc.

Avez-vous déjà tant soit peu songé à cette force extraordinaire qui vous permet de vous intéresser aux choses, d’anticiper, de programmer, de vous projeter dans l’avenir et, en même temps, d’en retirer un certain plaisir sans penser à votre finitude ?

Dans des conditions de vie normales, le nouveau-né recherche la sécurité, découvre son environnement, tire profit des caresses et de la nourriture qui lui sont offertes, et attend que cela se reproduise encore et encore. Le jeune enfant, dont la curiosité est attisée par le monde extérieur, se lance dans divers apprentissages, et leur acquisition réussie l’incite à progresser plus avant. L’adolescent, pour sa part, découvre la vie d’une manière plus pragmatique, avec ses joies mais aussi ses peines et ses exigences, et il acquiert peu à peu des savoir-faire plus complexes et des compétences qu’il pourra utiliser plus tard durant sa vie d’adulte. Le jeune adulte, lui aussi, continue à se projeter dans l’avenir : il choisit un métier, se lance dans des études, envisage de fonder une famille ou de consacrer sa vie à Notre-Seigneur. Il se réjouit de toutes les richesses que porte la Terre et en nourrit tous ses sens. C’est  pourquoi il est appelé à en rendre grâce au Dieu-Créateur en disant :

« De tes chambres hautes, tu abreuves les montagnes ;
la terre se rassasie du fruit de tes œuvres ;
tu fais croître l’herbe pour le bétail
et les plantes à l’usage des humains,
pour qu’ils tirent le pain de la terre
et le vin qui réjouit le cœur de l’homme,
pour que l’huile fasse luire les visages
et que le pain fortifie le cœur de l’homme. » (Ps 104 (Vulg 103), 13-15)

« Que tes œuvres sont nombreuses, Yahvé !
Toutes avec sagesse tu les fis,
la terre est remplie de ta richesse. » (Ps 104 (Vulg 103), 24)

Et derrière tout cela bouillonne en permanence cette force vitale que le Père a infusée en vous en créant l’être humain, qu’il continue de façonner de ses mains de potier (cf. Jr 18, 3-6) – ce souffle de vie qui lui appartient et dont il offre à chacun de ses enfants de partager la propriété (cf. Gn 2, 7) tout en en conservant l’usufruit. Ainsi, il n’est pas une seule inspiration, pas une seule expiration qu’il n’ait voulues en chacun d’entre vous jusqu’à l’heure de sa mort (Ps 104 (Vulg 103), 29), où lui est ôté le don de la vie terrestre. Sachez toutefois, chers frères, que même si une mort vous semble injuste ou cruelle, elle advient toujours au moment le meilleur au vu de l’Éternité – c’est-à-dire celui que Dieu a voulu ou tout simplement permis. Découvrant, lorsque vous serez avec nous au Ciel, ce qu’il aurait pu advenir de chacun de vos aimés comme de tout individu sur cette Terre si l’heure de sa mort avait été reportée – avancée ou retardée – et les retombées que ce report aurait pu avoir, vous ne pourrez qu’en rendre grâce au Père et au Fils dans l’Esprit Saint.

C’est la perspective de la tombe et du retour à la poussière que la force vitale communiquée par le Père parvient à minimiser dans votre psychisme. Sinon, vous iriez angoissés, déprimés, errant sur les routes de la vie, suppliant Dieu sans cesse de délivrer votre âme de ses angoisses à la manière du psalmiste :

« Pitié pour moi, Yahvé, je suis à bout de force,
guéris-moi, Yahvé, mes os sont bouleversés,
mon âme est toute bouleversée.
Mais toi, Yahvé, jusques à quand ?
Reviens, Yahvé, délivre mon âme,
sauve-moi, en raison de ton amour.
Car, dans la mort, nul souvenir de toi :
dans le shéol, qui te louerait ? » (Ps 6 (Vulg 5), 3-6)

Mais Dieu n’a pas voulu la mort de sa créature, et la tombe n’est pas la fin de toute vie ! Car pour sauver les pécheurs repentants et leur redonner son souffle, il a envoyé son Fils unique, notre Seigneur Jésus-Christ, qui est ressuscité des morts :

« Tu envoies ton souffle, ils sont créés,
Tu renouvelles la face de la Terre. » (Ps 104 (Vulg 103), 30)

Et le Verbe s’est fait Chair pour que nul être humain au monde ne puisse dire – ni même murmurer dans un simple soupir – que Dieu est trop loin de l’homme et ne le comprend pas, que Dieu ne peut se mettre à la place de sa créature, et qu’il reste insensible, depuis son Ciel, aux souffrances qu’elle endure. C’est donc au Fils, pleinement Dieu et aussi pleinement Homme, consubstantiel au Père et uni à lui, qu’a été donné tout pouvoir de juger, afin que l’humanité entière honore le Fils au même titre que le Père et l’Esprit Saint, et que tous ceux qui mettent leur foi dans le Ressuscité aient la Vie Éternelle (cf. Jn 5, 22-24).

Si le Verbe ne s’était point fait Chair, si Jésus n’était pas ressuscité, non seulement l’homme mais également toute la Création eussent sombré dans la mort et le néant. Alors, chers frères, louez le Père pour ses bontés et pour sa miséricorde et louez son Fils Jésus, le Christ, pour avoir accompli dans la chair la volonté du Père : volonté non seulement de racheter la Faute Originelle qui pesait sur toute la Création, mais aussi volonté d’entraîner l’homme à la suite de son Fils jusque dans l’Éternité pour le faire participer à sa divinité même.

Celui qui met son espérance dans le Ressuscité ne pense donc pas à la mort comme une fin mais comme un second souffle surgi de la Résurrection même du Christ. C’est pourquoi son désir de vivre ne saurait être altéré ni par la vieillesse ni par la maladie. Au contraire, il se fait de plus en plus ardent, focalisé sur la grande Rencontre avec Jésus, le Maître de la Vie, avec la Vierge Marie, Mère de tous les hommes, et avec tous les saints, et sur la découverte des merveilles du Ciel. Enfin, chez le croyant, ce désir de vivre trouve paradoxalement sa plénitude et son assouvissement dans la mort charnelle, qui n’est qu’une nouvelle respiration au moment de l’entrée dans l’Éternelle Vie, comme celle d’un enfant qui vient de naître.

Alors, amis, laissez l’Esprit Saint – celui qui vous unit au Père et au Fils – vous inspirer de chanter les louanges du Créateur et les louanges de la vie dès la conception :

« Je te rends grâce pour tant de prodiges :
merveille que je suis, merveille que tes œuvres.
Mon âme, tu la connaissais bien,
mes os n’étaient point cachés de toi,
quand je fus façonné dans le secret,
brodé au profond de la terre.
Mon embryon, tes yeux le voyaient ;
sur ton livre, ils sont tous inscrits les jours qui ont été fixés,
et chacun d’eux y figure. » (Ps 139 (Vulg 138), 14-16)

C’est seulement en notre Seigneur Jésus, le Christ, que le plan du Père voit son accomplissement, et que le désir de vivre qui habite le cœur de chacun d’entre vous dès le principe se verra assouvi. En vérité, il ne peut l’être totalement que s’il se meut en désir de sainteté. Alors, tout brûlants de charité, vous n’aurez de cesse que d’aimer et d’aider vos frères, de leur faire partager votre foi dans le Ressuscité, et de les entraîner à sa suite jusque dans son Royaume de Gloire sous les yeux attendris de la Très Sainte Vierge Marie, sa Mère.

Ainsi, toujours en progrès dans l’œuvre du Seigneur, vous pourrez répéter avec Paul inlassablement : « Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? […] Mais grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1 Co 15, 55. 57)

Que ce même Seigneur et sa sainte Mère vous bénissent et vous gardent dans la paix, et avec un ardent désir de vous sanctifier,

+ Vos frères dans la Vérité

 

Nihil obstat : Abbé Marc-Antoine Fontelle
Imprimatur : + Mgr Gilbert Aubry