Message du 25 décembre 1997

MESSAGE DE NOËL

Bien chers frères,

C’est aujourd’hui jour de joie au Ciel et sur la Terre parce que Dieu est venu parmi les hommes. Alléluia ! Méditez sur cette naissance, amis, et comprenez que si elle n’avait été qu’un simple événement historique, le doux nom de « chrétien » aurait, depuis longtemps déjà, disparu de la face de la Terre et rejoint les noms des grandes dynasties qui peuplent les archives de vos livres d’histoire.

Non, amis, il n’en est pas ainsi ! La naissance de Jésus, le Christ, est un événement cosmique : événement où Dieu en personne s’est transporté en chair et en os dans le sein d’une femme pour naître de sa propre créature par amour pour elle. Jamais aucun être humain n’avait encore pu témoigner d’une telle merveille !

La naissance de Notre Seigneur, chers frères, est le don du Dieu-qui-aime le plus extraordinaire qui ait jamais été fait à l’homme, dans le prolongement du don même de la vie. L’homme-qui-aime se donne à sa femme et la femme-qui-aime à son mari, et tous deux ne font plus qu’un. L’enfant qui naît de leur amour est la chair de leur chair. De même, Dieu-qui-aime s’est donné une fois pour toutes à sa créature et c’est ainsi qu’une femme, une vierge, a conçu un Fils du Saint-Esprit, à la fois vrai Dieu et vrai Homme, et fruit de ce don sublime.

Frères, Jésus, Fils de Dieu donné au monde, est le prototype de la création nouvelle, modèle et chemin de tout homme désireux de parvenir à sa glorieuse destination. Le Fils de Dieu donné au monde est Celui en qui toute créature affaiblie et défigurée par le Péché, peut se trouver revivifiée et transfigurée par l’Esprit. Le Fils de Dieu donné au monde est celui par qui le premier Adam, issu du sol, se trouve transformé par le Second, qui vient du Ciel (1 Co 15, 47), pour le rendre semblable à lui.

Cette naissance, frères aimés, qui correspond à un moment de l’histoire, est donc infiniment plus que ce simple moment : elle est source d’engendrement. En mettant au monde Jésus, Marie ne communique-t-elle point à l’humanité tout entière la Parole vivante et éternelle du Père ? C’est pourquoi cette naissance historique est aussi la première d’une multitude de naissances spirituelles.

Dès lors, en effet, qu’un cœur humain est touché par cette Parole, par la Bonne Nouvelle de l’Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dès lors que ce cœur reconnaît pour vraie cette Parole et se met à son écoute, dès lors qu’il commence à en vivre, alors, chers frères, de ce cœur fécondé par l’amour de Dieu, surgit un cœur nouveau, vivifié par la grâce : l’amour de ce cœur pour le Père et les choses du Ciel devient intarissable ! Il invite Jésus à habiter chez lui ; il fait de l’Esprit Saint son compagnon de route, et, reconnaissant en Marie la Mère bienheureuse de son Hôte divin, il la choisit pour mère et pour éducatrice, et la vénère aussi comme il plaît à Jésus qu’elle le soit.

Ah ! chers frères, quelle transformation ! Mais vous vous dites : « Est-ce là la vérité ? Comment est-ce possible ? » Amis, n’avez-vous pas conscience qu’en sollicitant pour vous le Baptême alors que vous n’étiez pas encore en mesure de le faire vous-mêmes, vos parents ont demandé à Dieu de venir habiter en votre âme et d’être votre compagnon de route ? N’avez-vous pas conscience qu’ils ont aussi demandé à notre douce mère, la Vierge Marie, de vous protéger et de vous éduquer comme son propre Fils ? Comment honorez-vous, à travers votre vie, ce grand engagement ?

Il est si peu d’êtres humains qui savent la grandeur de cette démarche fondamentale qu’est le Baptême d’un enfant. Car la plupart la considèrent naïvement comme une simple formalité. Il est si peu d’êtres humains qui comprennent qu’il s’agit là d’un réel engagement, dont ils devront rendre compte au Dernier Jour. Et vous, amis, qui avez été baptisés, qui avez fait baptiser vos enfants, avez-vous réellement conscience de votre responsabilité ? Une fois ce sacrement reçu, il n’est plus permis, si vous êtes adultes, de vivre comme avant ! Une fois ce sacrement donné, il n’est plus permis, si vous êtes parents, d’éduquer un enfant avec les valeurs du monde, de céder à tous ses caprices et de le laisser copier les enfants de son âge ! Il s’agit, au contraire, de l’éduquer à l’amour de celui qui a élu domicile en son âme et à l’écoute de la petite voix intérieure par laquelle il lui parle ; de l’éduquer à l’amour de ses parents, de sa famille, et aux plus hautes valeurs morales, au respect des autres, au sens du partage, du devoir, et même du sacrifice.

Nous vous en supplions, chers frères, ne vous laissez pas amollir par les douceurs empoisonnées que vous offre le monde, par ses plaisirs faciles. Tout cela est un piège dangereux pour l’âme humaine. Dieu n’est pas dans les douceurs et les plaisirs faciles, et il est las de voir l’esprit des hommes s’épaissir, leurs oreilles se boucher et leurs yeux se fermer au point de ne plus se complaire que dans le culte des idoles et d’en oublier jusqu’à cet Enfant qu’il a envoyé dans le monde pour y apporter sa Parole ! Souvenez-vous, amis, des Vignerons homicides (Mc 12, 1-12) : chaque fois que vous vous coupez de la Parole de Dieu, c’est de votre héritage même que vous vous séparez. Ne l’oubliez jamais !

Nourrissez-vous, chers frères, de l’Évangile et apprenez à aimer la Parole vivante. Nourrissez-vous d’elle et imprégnez-vous d’elle. Faites-la vôtre, absorbez-la comme un nectar afin d’acquérir force et jugement pour vivre dans le monde une vie de perfection en fils aimants, respectueux et obéissants. Vivez de la Parole pour devenir des missionnaires de vie et enfanter à votre tour, par elle, dans le Christ, de nouveaux enfants de Dieu. Telle est la vérité de Noël, telle est la vérité de cet Enfant qui est venu au monde pour transformer le monde !

Au moment où sa Mère, Marie, lui donnait la vie en le donnant au monde, il donnait lui-même cette vie à son tour pour que vive le monde, pour qu’il vive de la vie de l’Esprit, pour qu’il vive de la vie de Dieu – vie que nul n’eût pu posséder si le Fils de Dieu n’avait d’abord donné la sienne. Tel est le grand mystère d’amour et de souffrance qu’on nomme Rédemption parce qu’il voit son apothéose dans la gloire de Pâques.

Frères aimés, vous qui croyez en Notre-Seigneur Jésus-Christ, vivez une authentique vie chrétienne. Soyez des exemples pour tous, et l’Enfant de la Crèche vous comblera de ses grâces. Mais aussi, ne rougissez pas d’être chrétiens et montrez que vous aimez l’Église une, sainte, catholique et apostolique : c’est ainsi qu’il convient d’aimer Dieu. Tous les saints que vous vénérez sans exception – et Jésus à leur tête – ont tant aimé l’Église qu’ils sont allés parfois jusqu’au martyre pour elle.

Comprenez donc que tout baptisé qui choisit de vivre volontairement sa foi en dehors de l’Église contrevient aux promesses de son Baptême, pèche gravement contre la charité en nuisant à l’unité du Corps même du Christ, et s’expose à l’erreur. Alors, n’est-il pas infiniment plus doux de vivre dans le giron d’une Mère qui veut qu’aucun de ses petits ne se perde ?

Ouvrez vos cœurs tout grands, amis et accueillez aujourd’hui le Seigneur-qui-vient à Noël ! Accueillez Marie, son admirable Mère, et priez ! Priez pour que le monde se tourne vers Dieu, pour que les hommes se convertissent et que règne la paix ! À cette fin, soyez d’authentiques missionnaires de Noël et demandez à Dieu de vous donner la force d’apporter son Fils partout où il le jugera bon.

Joyeux et saint Noël, chers frères aimés, à vous, vos familles et vos amis. Que Notre Seigneur vous bénisse et que sa bienheureuse Mère veille sur vous toujours.

+ Vos frères dans la Joie de Noël