Message du 4 mars 1990

Bien chers frères,

Soyez prompts, en ce premier dimanche de Carême, à prendre de bonnes résolutions pour abandonner davantage la direction de votre vie quotidienne à la Volonté de Dieu, que vous devez parvenir à faire vôtre. Vous n’êtes plus, en effet, au temps de l’Innocence où la créature humaine, vivant dans une soumission aimante et volontaire à la Parole de Dieu, était encore le reflet véritable de la Perfection divine…

Né de la Parole et animé par elle, l’homme n’était cependant pas un automate : il jouissait d’un bonheur incommensurable fait de contemplation, d’émerveillement et d’amour. Et il reconnaissait la puissance de son Créateur qu’il respectait et louait, tant était grande Sa bonté. L’homme ne centrait point encore son attention sur lui-même mais sur Dieu et sur la Création, qu’il considérait comme l’expression admirable de la grandeur et de la générosité du Père. Un tel émerveillement, que vous trouverez sans doute naïf, était pourtant la plus belle manifestation de son amour pour Dieu. Mais le Mal était là qui rôdait, et il vit en l’homme un terrain de prédilection à la tentation : tentation de détourner son regard de Dieu pour l’orienter égoïstement vers lui-même. Tant que le regard de l’homme était fixé sur Dieu et sur Ses saintes Volontés, l’harmonie a été préservée, mais dès lors qu’il a été détourné de Lui, l’harmonie a été rompue…

Quel rôle le Démon a-t-il donc joué au Jardin d’Éden ? Il a appelé l’homme à ne plus écouter la seule parole de perfection, de paix, d’harmonie et d’amour pour écouter plutôt une autre voix : la sienne, celle du Tentateur, celle de la controverse, de la contestation, du doute, de l’orgueil et des vilains sentiments, celle qui remet en question les vérités les plus essentielles, l’obéissance la plus fidèle, la pureté la plus innocente, le respect le plus amoureux. Il a appelé l’homme à détourner son regard de Dieu pour le centrer sur lui-même, sur son corps, sur son intelligence, et sur la satisfaction égoïste qu’il pouvait retirer de tels attributs. Dès lors qu’il s’est laissé tenter et s’est mis à douter de la Parole de Dieu, dès lors qu’il a laissé entrer en lui le désir orgueilleux de se mettre en valeur, l’homme a voulu savoir, connaître et expérimenter. Percevant ses limites, il ne les a pas humblement acceptées, et au lieu de se contenter du pur bonheur tout innocent qui lui était offert, il a outrepassé le permis pour conquérir l’interdit, pour devenir l’égal de Dieu et partager Ses privilèges.

Dans le Monde Spirituel, c’est Satan, l’Ange de Lumière, qui a été le premier à braver Dieu de la sorte. Condamné pour l’Éternité par Dieu, il cherche depuis lors à imprimer dans les autres créatures sa volonté de rébellion. Restez donc vigilants !

Si l’homme a détourné son regard de Dieu pour le porter sur lui-même et a perdu, par cet acte, la Vie d’Innocence, celle d’Éternité, il n’a pas pour autant perdu l’Amour du Créateur qui reste sans limites envers Sa créature. En effet, Dieu a envoyé à l’homme Son Messie, Son propre Fils, afin de lui permettre de reconquérir la Vie Éternelle par sa foi, son espérance dans les joies du Ciel, sa charité, et son respect des Commandements.

Lorsque l’homme d’aujourd’hui se trouve face à un objet de convoitise, de quelque nature qu’il soit, c’est en s’armant des vertus les plus belles qu’il le doit contempler afin qu’il ne soit point terni par le reflet de ses propres désirs – orgueil, puissance, sensualité, ou autres – mais conserve au contraire sa pureté et sa fonction premières. Car il n’est rien dans la nature de mauvais en soi : c’est du dedans de l’homme que sortent les desseins pervers :

« Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme ! » (Mt 7, 15).

Ainsi, en vivant jour après jour la réforme intérieure en vue de l’accession à la Vie de l’Éden, Vie perdue mais qui peut, grâce à l’Enseignement du Christ, à Sa Passion, à Sa Mort et à Sa Résurrection, être retrouvée, l’homme oriente de nouveau son regard vers Dieu et s’efforce, la Grâce aidant, de se débarrasser de ses imperfections.

Mais, direz-vous, Jésus Lui aussi a bien été en proie aux tentations (cf. Mt 4, 1-11) ! Certes, Il l’a été mais Il a toujours opposé force résistance à leurs assauts. Ne devriez-vous pas, frères, agir de même ? Pour vous aider à comprendre, écoutez donc ceci.

Si vous avez décidé d’économiser de l’argent pour vous acheter une jolie maison et donner un toit à vos enfants, si vous en avez dessiné les plans et choisi l’emplacement, tous les représentants de la terre pourraient venir vous offrir de changer de voiture ou d’acheter maint objet extraordinaire que vous ne céderiez point ! Pourquoi ? Parce que votre volonté, toute mobilisée par votre projet, serait assez forte pour ne pas se laisser troubler par d’autres objectifs… Tout homme digne de ce nom doit être capable, chers frères aimés, de se fixer un but dans l’existence et de tout mettre en œuvre pour l’accomplir. Et rejoindre le Christ par une vie de perfection n’est-il pas le but le plus noble et le plus louable qui soit ?

Alors croyez-vous que le Fils de Dieu eût accepté de céder au Diable ? Connaissant l’enjeu de Sa venue et les bienfaits qu’en retirerait l’humanité, Il n’eût pour rien au monde modifié Son ineffable Plan de Rédemption. Si donc vous cédez aux tentations, amis, c’est que votre amour pour Dieu n’est pas assez profond, pas assez sincère ! Or vous êtes les membres de Son Corps et chaque fois que vous péchez, c’est l’humanité entière qui pèche par votre faute. Agissez donc pour le Seigneur comme vous agiriez si vous souhaitiez acheter une maison sur la terre : l’enjeu est tout de même de taille puisqu’Il vous offre une demeure dans l’Éternité !

Allons, amis ! Armez-vous de courage, et que ce Carême soit pour vous l’occasion de purifier votre âme de toutes les scories qui la rendent semblable au premier homme, celui de la terre, pour la rendre pareille au second, celui du Ciel (cf. 1 Co 15, 47) !

Souvenez-vous de la promesse de Notre Seigneur sur les quarante jours* et armez-vous de volonté ! Demandez au Seigneur Sa Grâce, et à la bienheureuse Mère de Dieu force et protection. Demandez à saint Michel son bouclier et aux saints et saintes que vous chérissez leur aide et leur soutien.

Que le Seigneur vous bénisse.

+ Vos frères dans la Foi

 

* v. Message du 21 octobre 1984 in Un Souffle qui passe…, Tome 1.