Message du 22 février 1990

Bien chers frères,

Lorsqu’un être jeune quitte cette terre, vous avez trop tendance à vous écrier : « Ce n’est pas juste ! Comment Dieu peut-Il permettre telle épreuve ? » Et vous ajoutez souvent à vos lamentations : « Il était baptisé, et il n’avait fait de mal à personne. Il n’allait pas à l’église, mais il était croyant !…»

Croyant en qui ? Croyant à quoi ? Amis, dès lors que cet être connaissait les Commandements sans s’efforcer de les mettre en pratique, de telles paroles ne veulent pas dire grand-chose ! En effet, votre passeport pour le Ciel n’est autre que la dose d’amour que vous témoignez à Dieu et à vos frères, amour exprimé à travers les actes, les paroles et les pensées de toute votre vie. Si donc vous prétendez aimer Dieu, comment pouvez-vous passer votre vie à L’ignorer tout en disant : « Je suis croyant » ?

Aimer Dieu, c’est L’accueillir dans votre cœur afin qu’Il le transforme. C’est Le laisser le sculpter à Sa guise sans révolte ni murmure, en ne recherchant en tout que ce qui peut Lui être agréable. Cependant, vos activités vous éloignent si souvent de Dieu, pauvres frères ! Vous vous laissez entraîner dans la tourmente du quotidien, dans les pièges de la matière, des tentations, et vos pensées sont si loin de votre Père du Ciel ! Avez-vous seulement envie de Lui crier : « Père, je Vous aime, que Votre Volonté soit faite et non la mienne » ? Non point ! Au contraire, vous pensez : « Dieu m’a laissé libre, et si je suis sur cette terre, j’ai le droit de profiter de la vie ! » Alors, naïvement, vous vous vautrez avec délectation dans ce matérialisme qui tue votre âme… Non pas que vous fassiez plus de mal que les autres : vous ne tuez personne, vous ne volez personne, vous n’êtes pas méchants, mais, en cela, vous ne faites que votre devoir : vous êtes « ces simples serviteurs » dont parlait le Seigneur (Lc 17, 10).

Si votre Père du Ciel vous a dotés de certaines qualités et possibilités, ce n’est pas pour que vous en jouissiez égoïstement mais pour que vous les mettiez à Son service et au service de vos frères dans le respect de Sa Loi. L’Église, en effet, vous donne un Code de vie, chers amis. Le suivez-vous ? Respectez-vous ces Commandements qui seuls peuvent vous ouvrir la porte du Ciel ? Élevez-vous votre âme vers Dieu dans la prière du cœur, la méditation, l’oraison ? Rendez-vous grâce à Dieu pour Ses bontés ? Lui dites-vous souvent votre amour ? Pensez-vous à vous confesser régulièrement, non pas avec hypocrisie ni sans trop croire aux vertus de ce Sacrement, mais avec foi et obéissance, en dévoilant au prêtre tous les recoins les plus obscurs de votre âme, ceux qui sont meurtris par l’écharde du péché et dont vous éprouvez tant de honte ? Combien, ô combien de chrétiens n’ont jamais osé ouvrir totalement leur âme à un prêtre en Confession ! Combien taisent certains péchés, certaines souffrances intérieures, certaines interrogations secrètes ou tentations insoupçonnées de tous ! Frères aimés, que le Seigneur vous donne toujours le courage d’ouvrir totalement votre cœur en Confession afin qu’ayant reçu ce Sacrement, vous puissiez être totalement transparents devant Dieu. C’est cette transparence qui est pour Notre Seigneur la meilleure terre à ensemencer, celle qui produit les meilleurs fruits. Car une âme pure est comme un reflet du Ciel, et, puisque les semblables s’attirent, chers amis, vous comprendrez alors qu’au moment de la mort, une âme sainte soit transportée auprès de Celui qu’elle aime et pour qui elle a vécu sa vie entière.

Toute forme d’égoïsme, d’orgueil, d’impureté, tout attrait démesuré pour la matière alourdit votre âme, chers frères. Faites donc l’expérience de la transparence et ouvrez votre cœur à Dieu ! Dès lors, vous verrez quelles transformations s’opéreront en vous.

« Et si ces transformations n’ont pas eu le temps de se produire chez l’être que la mort emporte prématurément, qu’advient-il de son âme ? demanderez-vous. Dieu se montre-t-Il si impitoyable ? » Que le récit suivant vous éclaire et vous donne à comprendre qu’avec Dieu, tout n’est que pure Grâce tant est démesurée l’indignité humaine…

 

Un adolescent qui sait qu’il devra partir un jour pour l’étranger entend son entourage le conseiller sagement : « Étudie bien le pays, sa géographie, son climat, et surtout, apprends bien la langue qui s’y parle. Ainsi, tu seras prêt !…»

Mais l’adolescent, emporté par sa jeunesse, préfère remettre tout cela à plus tard : il sort beaucoup, s’amuse, écoute de la musique, lit des romans, des bandes dessinées, s’intéresse aux arts et partage son enthousiasme avec les autres. Il se révèle être un fils respectueux, un élève doué, un ami attentionné sur qui l’on peut compter. Chacun fait l’éloge de ses nombreuses qualités…

Cependant, l’échéance du départ approche et son père lui dit : « As-tu pris le temps de te procurer les livres que nous t’avions conseillés et les as-tu étudiés ? » Mais l’adolescent avoue qu’il a oublié… Les paroles de son père ne lui rappellent que trop son devoir, et il accepte donc que lui soient offerts différents ouvrages topographiques ainsi qu’une méthode d’apprentissage de la langue à étudier.

Les premiers temps, il se penche sur ces ouvrages mais, trop vite rebuté par leur apparente difficulté, il se laisse de nouveau emporter par ses passions et se replonge dans la vie des jeunes de son âge.

Or, le jour du départ est précipité et voilà déjà notre adolescent au-delà des frontières : le pays inconnu se révèle à ses yeux, et il ne sait quelle direction prendre. Les écriteaux pourtant ne manquent pas, mais il ne connaît point l’alphabet du pays. Il se rappelle bien l’avoir rencontré en feuilletant vaguement la méthode d’apprentissage qui lui avait été offerte, mais ses connaissances ne sont pas suffisantes pour comprendre un traître mot. Alors, il désespère… Faire demi-tour ? Impossible ! Téléphoner ? Impossible ! Et il se souvient des sages paroles de son père. Il est là, sans abri, sans moyen de locomotion, face au grand point d’interrogation de toute sa vie. « Qu’as-tu fait de ta vie ? » lui dit alors une voix. Et l’adolescent, désemparé, s’enfonce de plus en plus profond dans les affres du désespoir.

Il revoit alors tous ces moments agréables qu’il a passés en futilités et se rend compte à présent du peu de valeur des jouissances immédiates. Il entend de nouveau les conseils de son entourage, ceux de son père, les rappels à l’ordre qu’il n’a point écoutés. Il comprend maintenant combien il aurait dû le faire et il se met à pleurer…

De leur côté, les parents s’inquiètent : « Il est parti trop tôt ! Parvient-il à se débrouiller ? » Et ils tentent de se rassurer : « Après tout, il avait dans sa chambre des ouvrages sur le pays et une méthode d’apprentissage de la langue, alors, tout ne peut qu’aller bien pour lui !…»

 

Voilà, chers frères, un exemple typique de votre naïveté : celle de ces parents qui croient que parce que leur fils a pu avoir en main quelques ouvrages qu’il a à peine consultés, il va être capable d’aborder une contrée inconnue sans problème. Allons, amis, soyons sérieux ! Si le fils n’a pas étudié ces ouvrages, comment voulez-vous qu’il puisse en retirer le moindre bénéfice ? Alors, de grâce, ne dites pas de votre enfant : « Il est vrai qu’il ne fréquentait pas l’église mais il était baptisé et c’était un bon petit ! » Car le Baptême est un passeport pour le Ciel dans la mesure où il fait de l’enfant un fils de Dieu, attentif à Son Enseignement ; mais si l’enfant ne suit pas cet Enseignement, il court à sa perte et son Père s’en montre attristé.

Si donc votre enfant se trouve dans cette situation, chers parents, ne vantez pas les vertus qu’il possédait pour excuser son impiété : vous mêleriez le sentimentalisme à la foi authentique. Votre enfant avait beau avoir de nombreuses qualités humaines, sa spiritualité n’était pas celle que Dieu attendait, n’est-ce pas ? Ne le défendez pas non plus en disant qu’il n’était pas à l’âge de faire des sacrifices et de s’enfermer dans les églises et qu’il avait raison de « profiter » de la vie, car vous commettriez alors la grave erreur de croire que la fidélité à Dieu prive de bien grands bonheurs ici-bas…

Alors, que va-t-il advenir de l’enfant insouciant ?

Prenant peu à peu conscience du fait que votre enfant ne parle pas la langue du pays, vous désirez tout mettre en œuvre pour le sauver. Alors c’est à vous, maintenant, qu’il incombe de l’étudier afin de pouvoir prendre contact avec les autorités du pays et de leur demander d’aider votre enfant. Au lieu de vous lamenter, chers parents dans la peine, ne perdez pas de temps, mais découvrez ci-après la marche à suivre la plus sûre.

Changez de vie et mettez-vous dès à présent en quête de Dieu. Lisez des ouvrages sérieux sur la spiritualité et ne cédez surtout pas à la tentation du spiritisme. Écoutez parler du Ciel et désirez le Ciel pour votre enfant et pour vous-mêmes. Faites des sacrifices et offrez-les pour son âme : efforts de caractère, efforts pour dissimuler votre chagrin, pour ne point vous replier sur vous-mêmes, pour continuer de vivre en accomplissant votre devoir d’état dans une plus grande perfection, efforts pour aller vers Dieu sans rancœur ni réticences. Car Dieu n’est pas responsable du départ de votre enfant, soyez-en convaincus ! Cependant, n’en doutez point, si Dieu a permis cette épreuve, c’est afin de gagner à Lui vos âmes et celle de votre enfant et de les unir dans l’Éternité. L’acceptation de ce départ vous rapprochera de Dieu, chers parents éprouvés, et de Marie, Sa Très Sainte Mère, qui a connu en Son Cœur la même épreuve que vous, et qui a retrouvé Son Fils comme vous retrouverez votre enfant si vous implorez Dieu avec sincérité. Que votre blessure, chers parents, ne vous pousse point à la révolte, mais au contraire à désirer connaître Dieu plus ardemment afin de pouvoir Lui demander des Grâces pour votre enfant.

Comme le principe des vases communicants, votre soif de Dieu et votre recherche se transformeront en mets précieux qui iront nourrir l’âme de votre enfant et la combler de bienfaits. Telle est la Communion des Saints et ses bienfaisantes vertus.

Comprenez, chers frères, que tout être humain est toujours indigne de l’Amour du Père et que, dans cette indignité, c’est, outre le peu de bien qu’il a pu faire dans sa vie, surtout le poids immense de la Grâce de Dieu qui le sauve parce que Dieu est Amour et Miséricorde. Efforcez-vous donc de vivre selon Sa Loi et de Le mieux aimer chaque jour. Débarrassez-vous de votre propre péché et vivez en véritables fils de Dieu. Ne soyez pas des hypocrites, et faites de votre recherche de Dieu une préoccupation de tous les instants, aussi bien dans votre vie familiale et professionnelle que dans vos loisirs. Dieu n’a jamais empêché qui que ce soit d’apprécier les merveilles de la nature ni la grandeur de la création. Ce qui Le peine, c’est de voir Ses enfants jouir de tout cela de façon malsaine ou d’en user sans Lui en rendre grâce ni penser qu’Il existe, Lui, le Créateur.

Que Notre Seigneur vous bénisse, chers parents dans l’épreuve, et que ce message vous fasse grandir en sainteté et en compréhension des choses spirituelles. Pour cela, réfugiez-vous dans le Cœur de Marie. Elle saura vous consoler et vous guider vers Son Fils et vers le vôtre. Priez-La de veiller sur votre enfant et gardez confiance : tout dépend de vous à présent ! Alors, ne perdez pas votre temps en futilités comme l’a fait votre enfant, mais rattrapez doublement le temps perdu ! Les douceurs que vous en retirerez pour l’Éternité seront sans pareilles. Courage, donc, chers parents !

+ Vos frères du Ciel