Message du 18 novembre 1990

Bien chers frères,

Vous venez d’écouter la Parabole des Talents (Mt 25, 14-30) et il semble que vous n’en saisissiez point toute la portée. La trouvez-vous donc si tendre, vous qui voulez toujours voir en Dieu un bon « papa gâteau » qui répugne à châtier Ses enfants, et qui clamez partout haut et fort que Dieu accueille tous les hommes dans Son Paradis ?

Amis, la bonté du Père est aussi justice. Le Père aime, certes, Ses enfants d’un amour infini, mais Il attend tout de même de leur part une certaine intelligence spirituelle, une certaine intelligence du cœur qui les conduise à accomplir Sa Volonté à Lui plutôt que la leur propre, et à gérer les biens qu’Il leur donne avec sagesse et parcimonie. Si vous hésitez à nous croire, voyez donc ce qu’il advient du Mauvais Serviteur qui, pourtant, rend à son maître le bien qui lui appartient !

Quels sont donc ces « talents » que le Maître a confiés à l’homme afin qu’il les fasse fructifier ? Tout d’abord, Il lui a donné la faculté d’aimer, d’aimer comme Lui nous aime, mais cet amour ne doit pas être corrompu par un esprit prodigue ou concupiscent qui aurait tôt fait de dilapider ce potentiel sans discernement. Il convient, chers frères, d’aimer Dieu en premier, et de L’aimer en esprit, c’est-à-dire de tout son cœur et de toute son âme, et en vérité, c’est-à-dire sans artifice et dans l’abandon le plus total. En aimant Dieu de la sorte, l’homme n’a de cesse que d’accomplir en tout Sa sainte Volonté, et c’est sans hésiter qu’il déclare : « Père, que Votre Volonté soit faite, et non la mienne ! » Telle est la première preuve d’amour authentique que Dieu attend de lui. Mais le cœur de l’homme est tellement empli d’orgueil et de convoitise, de méchanceté et de mauvais désirs qu’il a beaucoup de mal à se soumettre à ce joug qu’est la Volonté du Seigneur.

Bien sûr, l’amour de Dieu ne saurait se vivre dans la perfection sans aller de pair avec l’amour du prochain dès lors que tout ce que l’homme fait pour ses frères, c’est à Dieu Lui-même qu’il le fait. Sachez donc, amis, faire preuve de discernement et ne point imiter ces loups déguisés en agneaux (cf. Ac 20,29-30) qui, sous des dehors fort charitables, donnent à leurs frères, certes, de bonnes choses, mais aussi le poison qui peut perdre leur âme : l’enseignement et les médias en sont des exemples. Cette fausse prodigalité est du Diable et n’a jamais permis à qui que ce soit de pénétrer dans le Royaume, rappelez-vous cela ! Que l’Esprit Saint vous inspire donc pour que vous sachiez aimer vos frères en perfection, votre famille, vos enfants, vos amis et tous les autres, et ne jamais leur donner que de bonnes choses pour la santé de leur corps, de leur esprit et de leur âme.

Ah ! frères, combien de chrétiens pourtant convaincus se heurtent aux conseils donnés dans ces messages parce qu’ils ne peuvent supporter d’y voir mis à nus leur étroitesse d’esprit, leur superstition, leur hypocrisie, leur concupiscence et tous ces défauts qui mettent entre eux et le Seigneur un obstacle les empêchant de faire fructifier totalement leurs talents. Car les vrais talents, ceux que le Seigneur Lui-même vous a confiés, amis, ne peuvent que passer par votre cœur. Et si vous fermez votre cœur, croyez que jamais vous ne parviendrez à comprendre la Vérité. Ne soyez pas de ces hommes qui prétendent chercher la Lumière et qui, lorsqu’ils l’aperçoivent, prennent peur et retournent bien vite à leur obscurité. La Lumière, en effet, celle de Dieu, n’est pas douce aux yeux des hommes : elle les transperce et brûle en eux jusqu’à la moindre imperfection. Si donc vous ne désirez point la sainteté dès cette terre et ne mettez point tout en œuvre pour y parvenir grâce aux talents que Dieu vous a confiés : bonté, générosité, charité, intelligence du cœur, douceur, patience, honnêteté matérielle, intellectuelle, spirituelle, force, renoncement, désir de perfection ; si donc vous ne vous dépouillez point de tous les défauts qui pourraient étouffer vos talents : orgueil, amour-propre, égoïsme, intellectualisme, impatience, malhonnêteté, mauvaise foi, concupiscence, convoitise, faiblesse, tiédeur, alors, vous vous verrez enlever même ce que vous aurez et vous vous retrouverez dans les Ténèbres du dehors.

Nous vous encourageons donc à nourrir dès votre enfance les qualités dont Dieu vous a dotés, car, si vous ne les fortifiez point pour les rendre inébranlables, vos défauts, eux, ne manqueront pas de se développer, et, sous l’emprise du monde, ils étoufferont ces qualités sans aucun scrupule. Elles resteront en vous, certes, mais à l’état larvaire, sans force ni vigueur. Alors, au Jour de la Rencontre, le Seigneur vous dira : « Qu’as-tu fait de ces qualités dont J’ai doté ton cœur ? » et vous ne pourrez que répondre : « Elles sont là, Seigneur, telles que Vous les y avez déposées ! Mais j’ai préféré toute ma vie l’attrait du monde : celui de la chair, qui a enivré mes sens; celui de l’argent, qui m’a permis de satisfaire mes désirs; celui du pouvoir, qui a comblé mon orgueil, et celui des connaissances humaines, qui m’a permis de réussir et d’impressionner mon entourage. Tout cela, il est vrai, ne m’a pas laissé le temps de m’occuper de ma foi… ». Et si votre aveuglement vous a conduits trop loin, vous vous verrez précipités dans un abîme de souffrances en découvrant, à la Lumière tranchante de la Vérité, l’abjection de votre indifférence spirituelle et de votre péché.

S’il en est déjà ainsi de ceux qui ont conservé leurs qualités sans les faire fructifier, imaginez donc ce qu’il peut advenir de ceux qui ont dilapidé le bien qui leur avait été confié, par exemple la foi, pour ceux qui ont toute leur vie refusé Dieu ! Luc, dans l’Évangile, ajoute à ce sujet une parole encore plus terrible du Maître : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi. » (Lc 19, 27).

Que cette Parabole fasse donc l’objet de votre réflexion de ce dimanche, chers frères. Relisez-la, méditez-la et ne criez pas : « Quel est ce monarque sanguinaire qui égorge ceux qui ne veulent pas de lui ? », mais tentez plutôt de comprendre les choses du Ciel avec un cœur sain et juste et non avec une sensiblerie douteuse ou à la lumière de la justice humaine.

Pour cela, formez votre cœur à la compréhension des choses spirituelles. Voyez, par exemple, la Sainte Hostie : pourquoi est-il des hommes pour qui Elle n’est qu’un simple morceau de pain, et d’autres pour qui Elle est Dieu en personne ? Si vous montrez, amis, un livre à un sauvage, ce dernier pourra en apprécier la forme et les couleurs et en tourner les pages, mais si celles-ci ne comportent que du texte, il n’en retirera aucun enseignement et son intérêt s’émoussera bien vite. Si au contraire vous commencez par lui apprendre à lire, il découvrira le livre sous une autre dimension : il souhaitera le posséder et découvrir l’histoire qu’il contient, les connaissances qu’il transmet. Les simples pages noircies d’encre prendront pour lui un sens, leur sens de vérité que connaissent déjà ceux qui savent lire : elles deviendront alors son bien, sa richesse, sa joie, et combien il souhaitera s’y plonger et s’y replonger à l’infini ! Vous l’avez compris, chers frères, il en est de même pour l’Eucharistie. C’est pourquoi vous à qui Dieu a fait don de la foi devez absolument faire découvrir à tous ceux qui ne croient pas ou qui doutent la sublime Présence qui se cache derrière les simples espèces du pain et du vin, et leur parler des merveilles que contient cette Nourriture de Vie, afin qu’ils ne La méprisent pas mais La considèrent, au contraire, avec le plus vif intérêt et le plus grand respect.

Puissent ces explications vous aider à mieux comprendre Notre Seigneur, que nous avons découvert ici à la lumière de Sa bonté, de Sa générosité, de Sa grandeur et de Sa justice. Puissent ces explications vous faire réfléchir sur votre petitesse et sur votre ingratitude, sur votre orgueil et sur votre égoïsme, mais aussi sur tous les talents que Dieu vous a confiés. Qu’avez-vous fait, frères, et que faites-vous de ces talents ? Les exploitez-vous dans une perspective strictement humaine pour vous procurer des biens matériels et de la gloire, ou les faites-vous fructifier pour Dieu et pour vos frères ? Que le Seigneur vous donne l’humilité d’être lucides sur vous-mêmes et de vous laisser guider dans vos choix par l’Esprit Saint.

+ Vos frères dans la Vérité