Message du 4 mai 1991

Bien chers frères,

Vous vous interrogez encore sur le mystère de la souffrance et nous aimerions vous donner à ce sujet quelques indications supplémentaires.

La plupart de vos souffrances sont de nature profondément égoïste : vous souffrez de ne pas être aussi beaux ou aussi forts que certains, aussi riches ou aussi puissants que d’autres ; vous souffrez du fait que la nature vous a défavorisés par quelque malformation ou quelque problème qui vous semble insoluble ; vous souffrez parce que vous êtes pécheurs et que vos faiblesses vous découragent. Ah ! frères, avez-vous donc pensé à l’Amour de Notre Seigneur ?

Sans cesse vous vous lamentez pour une chose ou pour une autre, et souvent vous exagérez vos soucis, vos souffrances, mais avez-vous pensé à Notre Seigneur sur la Croix ? ou si cet événement vous semble trop éloigné pour émouvoir votre cœur, avez-vous pensé aux victimes des guerres, de la violence, de la famine, de la torture et de la persécution ? Dans les pays en paix, il est aisé de vivre de manière confortable, et c’est ce confort lui-même qui vous porte à vous apitoyer sur tout ce qui ne comble point votre orgueil et votre bien-être. Mais avez-vous pensé, amis, à ceux qui vivent dans la crainte permanente d’un bombardement qui peut détruire tous leurs biens et même leur propre vie ? Avez-vous pensé, vous qui vous mettez chaque jour à table avec le nécessaire, à tous ces frères qui meurent de faim dans des pays éloignés, et à ceux qui sont victimes de catastrophes naturelles et voient leur logement et parfois même leur famille disparaître sous les décombres, dans les flammes ou sous les eaux ?…

Amis, vous n’avez pas le droit de vous plaindre ! Le matérialisme a corrompu votre vision des choses, et, dans la mesure où vous ne vous sentez pas directement impliqués, dans la mesure où ces événements se produisent loin de chez vous et ne portent pas atteinte à votre vie de tous les jours, vous continuez de vivre égoïstement comme si de rien n’était !

Frères, vous qui possédez tant, que donnez-vous à vos frères dans le malheur ? Et vous qui possédez peu, leur offrez-vous au moins quelque prière ? La vie des hommes dans certains pays est aussi différente de la vôtre que la grotte d’un ermite peut l’être d’un somptueux palais, le savez-vous ?

Vous qui vous plaignez de vos petites migraines et de vos palpitations, de vos problèmes d’identité et de vos angoisses métaphysiques, vous qui vous plaignez parce que le chien du voisin a piétiné votre jardin, parce qu’il n’y a plus de beurre au supermarché ou que la télévision est en panne, que ne vous tournez-vous vers les pauvres, vers les pauvres de ces pays qui savent tellement mieux que vous ce qu’est la souffrance, et qui, pourtant, la supportent en silence ! N’éprouvez-vous aucune honte à rester sans cesse à l’écoute de vous-mêmes et à vous plaindre, alors que vos frères sont des millions à souffrir et à vivre constamment dans l’angoisse du lendemain – mais pour des raisons qui sont loin d’être aussi futiles que les vôtres ?

Vous à qui Notre Seigneur a légué Son Enseignement et, avec lui, tant de talents, que vous demande-t-Il dans votre vie de tous les jours ? Il vous demande d’abord de Le remercier et de Lui rendre grâce pour l’insigne privilège que vous avez de Le connaître, et Il vous demande d’aimer : de L’aimer Lui et de vous aimer vous-mêmes en vous acceptant tels que vous êtes ; mais aussi d’aimer vos frères et de leur donner, par votre bonté, par votre douceur et par votre charité, toute l’aide et toute l’affection nécessaires pour leur permettre de découvrir le Christ à travers vous et de Le suivre à leur tour. Il vous demande de ne point centrer tout votre intérêt sur votre petite personne en restant toujours à l’écoute de ses besoins, de ses désirs, de ses caprices, et en ne vivant que pour elle. Il vous demande de ne point sans cesse penser à vous-mêmes, à ce qui vous touche et à ce que les autres devraient faire pour satisfaire vos souhaits. Il vous demande de ne point toujours mettre en avant votre amour-propre, et, si vous recevez quelque blessure, quelque remarque déplaisante, de les déposer immédiatement au pied de Sa Croix sans répliquer, afin qu’elles ne nuisent point à la qualité de l’amour qu’Il a déposé délicatement dans votre cœur. Car si vous vous laissez atteindre par les traits acérés des méchants qui refusent de se laisser transformer par l’Amour de Dieu, ce sont des sentiments identiques aux leurs qui, en vous, se réveilleront, et vous riposterez au lieu d’offrir à Notre Seigneur vos souffrances :

« Vous avez entendu qu’il a été dit : ‘Œil pour œil et dent pour dent.’ Eh bien ! Moi Je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. » (Mt 5, 38-39).

Si vous n’agissez pas ainsi, vous souffrirez davantage, car votre âme, qui sait lorsqu’elle offense Dieu, vous reprochera votre emportement. Le calme et le silence, amis, impressionnent toujours beaucoup plus les hommes que la force brutale…

Vous qui vous plaignez sans cesse d’être défavorisés par la vie, tournez-vous donc vers tous ces frères qui souffrent vraiment et qui n’ont rien pour s’abriter, rien pour se vêtir, rien pour se nourrir ; vers ceux qui pataugent au milieu de la dévastation et de la puanteur des cadavres en décomposition, vers ceux qui n’ont plus de famille et qui n’ont souvent pas même la chance de connaître Notre Seigneur pour solliciter de Lui quelque secours… Pensez à les aider par vos prières et par vos dons. Pour vous, cessez de vous apitoyer sur vos propres misères – sans pour autant vous négliger ou vous mortifier outre mesure -, et s’il vous arrive d’être tentés de le faire, comparez donc votre existence à celle de ces frères éprouvés, voulez-vous ? Ainsi, vos problèmes personnels seront ramenés à une plus juste dimension.

Priez, chers frères, priez ! Ne devenez pas les esclaves de vos possessions matérielles, et ne passez pas votre vie à accumuler des biens. Contentez-vous du nécessaire et sachez donner de votre superflu : de votre argent, de votre temps, de votre amour. Rien de ce que vous aurez accumulé sur la terre de richesses vous n’emporterez dans le Ciel ! Cependant, tout ce que vous aurez su donner, Notre Seigneur vous le rendra en Amour dans l’Éternité.

Élevez votre âme et nourrissez-la abondamment de prières et de lectures spirituelles. Enseignez vos frères avec amour, mais dans un langage clair qui n’accepte pas le compromis. Ne vous montrez pas faussement tolérants et ne craignez pas de parler du péché et de l’Enfer puisque nombre de pasteurs se refusent à le faire pour ne pas effrayer leurs brebis et les éloigner de leur église. Ce n’est pourtant pas en ne parlant point aux brebis du loup qu’elles sauront le reconnaître lorsqu’il viendra dans la bergerie ! Et voilà bien, chers frères, ce qui se passe aujourd’hui dans l’Église : le Loup s’est infiltré dans la Bergerie et beaucoup ne savent pas le reconnaître parce qu’ils n’ont pas appris à le reconnaître (1), parce qu’ils n’ont pas appris quel danger il représente pour la Bergerie tout entière…

Alors, vous qui possédez ce discernement, bons pasteurs et fidèles brebis, enseignez à temps et à contretemps et dites à vos frères nos mises en garde (2). Ne vous découragez pas, et si ce sentiment s’empare de votre âme de temps à autre, chassez-le bien vite par la prière et sollicitez l’aide de vos amis du Ciel. N’oubliez pas que le Démon est le maître du découragement et qu’il peut plus facilement régner sur une âme en position de faiblesse.

Que Notre Seigneur vous garde, amis, et qu’Il vous bénisse. Que la Très Sainte Vierge, que vous prierez avec plus d’assiduité et de ferveur en ce mois de Marie, vous aide et vous protège de Son manteau de Grâces.

+ Vos frères dans la Vérité

 

(1) Cf. Mt 7, 15-20.
(2) Cf. 2 Tm 4, 2.