Message du 16 décembre 1985

Bien chers frères,

Combien de milliers de chrétiens se laissent séduire par la vague de faux esprit qui souffle aujourd’hui sur le monde et oriente leur foi dans des directions qui ne sont pas en accord avec la Sainte Église !

Sous des dehors généreux, certaines personnes se permettent d’influencer nombre d’âmes pieuses et de les entraîner vers une foi dont l’esprit n’est pas Celui de Jésus-Christ bien qu’elles Le professent.

Frères dans le Christ, combien votre foi est faussée par le monde ! Lorsque Dieu est présent dans une âme, cette âme ressent intimement le lien qui la rattache à Lui et elle n’en est que plus respectueuse, plus discrète, plus charitable. Ne recherchez donc pas Dieu dans ces rassemblements où dominent l’exaltation et l’hystérie. Car Dieu est l’Hôte Silencieux de l’âme qu’Il dote de Sa Paix.

Il est des chrétiens qui se réunissent pour prier ensemble et invoquer l’Esprit : ils prétendent être alors saisis par la Grâce, leurs souffrances disparaissent pour un temps, leur peine s’évanouit, ils louent le Seigneur dans des langues bizarres et se grisent de sons étranges. Ils recherchent ces manifestations concrètes de « l’Esprit » qu’ils écoutent avec attention s’il s’exprime bizarrement ou s’il est prophétique, et avec exaltation s’il porte à la joie. Ils pratiquent souvent un rituel de guérison et obtiennent des résultats étonnants. Au cours de certaines cérémonies, ce « pouvoir » est transmis à d’autres personnes qui, soudain, se sentent « investies » pour accomplir à leur tour ces prouesses. Des milliers de personnes semblent retourner à la foi et assistent de nouveau à la Messe en ayant à présent l’impression de participer vraiment au Sacrifice du Sauveur. Les fruits de l’arbre semblent bons…

Que dire, chers frères, de la jeune fille pure, timide, effacée, qui attend avec patience et persévérance l’époux que Dieu lui a choisi ? Son sourire est discret, son attitude réservée, sa tenue de bon goût. Elle est soumise au Seigneur et se laisse instruire par Lui, prie beaucoup, aspire à une vie sainte, vaque aux tâches ménagères vaillamment : elle sera une épouse parfaite pour l’homme qui demandera sa main. Malgré toutes ces qualités, quelle est pourtant la fille qui attire les regards des hommes ? C’est celle qui manifeste sa présence par la mise en valeur de son corps à travers la sensualité de sa tenue, de sa démarche, de ses vêtements, de son maquillage, de son parfum, de sa voix, ou par la mise en valeur de son intelligence à travers l’étalage de son érudition… Cette demoiselle ne s’encombre généralement point de principes ni de réserve et semble être parfaitement heureuse de vivre cette « libération ». Capricieuse et pétillante, elle est fière de séduire. Elle est de ces filles qui aguichent les hommes et auxquelles nul ne peut résister s’il n’est suffisamment pur et déterminé.

Lasse de ne point voir venir l’époux, la vierge sage ne doit pas désespérer. Si elle copiait le monde, elle pourrait elle aussi séduire mais elle y perdrait sa vertu et son âme : tel n’est donc pas son rôle…

Comprenez, frères aimés, que l’Église est la vierge sage chez qui souffle le Véritable Esprit. Ses compagnes se sont écartées d’Elle pour plaire au monde et se compromettre avec lui afin de mieux l’attirer à elles. En effet, l’Église n’est pas attirante aux yeux des hommes. Comment le serait-Elle en recommandant aux hommes la sainteté, la rigueur, la maîtrise de soi, l’accomplissement du devoir d’état, la prière fréquente recueillie, l’adoration silencieuse, la fréquentation des Sacrements, l’humilité, la discrétion, l’acceptation de la souffrance, la confiance dans la foi ? La spiritualité qu’Elle propose ne peut que paraître terne à qui ne la vit point car elle est un dialogue intérieur personnel entre l’homme et son Créateur à travers le Christ, ce Dieu qui peut sembler parfois si lointain mais qu’il faut suivre avec foi et confiance, surtout dans les moments difficiles. N’a-t-Il pas promis qu’Il serait au milieu des hommes ? Elle est aussi, cette spiritualité, charité humble et discrète qui ne se vante pas, ne parade pas. Elle est la Paix de Dieu dans l’âme convertie. Elle est amour pour Jésus et pour Marie car l’Un et l’Autre ne peuvent qu’être liés intimement dans l’Esprit Saint. Elle est fidélité et soumission au Pape et aux Commandements.

Il est vrai, chers frères, que la vierge sage n’est plus au goût du jour dans votre société, et que le Démon, qui accomplit des prodiges, sait par quelles voies il peut séduire jusqu’aux élus eux-mêmes !

Certains chrétiens recherchent une spiritualité « palpable », vécue pleinement dans leur corps, et la magie d’états pré-extatiques dans lesquels le prétendu « Esprit » apporte une solution à leurs problèmes, une prophétie, le soulagement d’une souffrance ou d’une maladie, etc. Voilà, dans le domaine spirituel, la réplique parfaite de la fille du monde. Tout cela n’est bien souvent que séduction, frères, séduction !…

La spiritualité n’est pas un plat qui se choisit à la carte : elle se doit soumettre et obéir, même si cela déplaît, car soumission et obéissance volontaires sont les gages du parfait amour. Quel zèle déploient ces frères qui se moquent de la soumission et de l’obéissance tout en se croyant investis de l’Esprit Saint en personne ! Vous pourrez bientôt vous interroger pour tenter de savoir qui, d’eux ou de l’Église, détient vraiment l’Esprit ! Cette envie de pouvoirs spirituels et cette intrusion du monde laïc dans le ministère du consacré sont véritablement déplacées ! Méfiez-vous, chers amis, de toutes ces pratiques réclamant « initiation » et rappelez-vous les hérésies de jadis…

Dans leur désir de générosité et d’amour universel, certaines personnes pensent qu’en donnant raison à tous les hommes de toutes les religions, elles parviendront à concilier l’inconciliable. Encore faudrait-il que Jésus soit d’abord Chef de tous…

Le faux esprit tente de séduire l’Église pour L’attirer vers le monde et faire disparaître Ses Joyaux : l’Eucharistie, le Seigneur Présent dans la discrétion et le silence, et la Confession par laquelle s’obtient l’état de Grâce. Le faux esprit tente d’établir une unité purement humaine entre les chrétiens en les incitant à faire des compromis avec le monde et avec d’autres formes de foi d’où l’Eucharistie et la Confession sont absentes. Ce n’est pourtant qu’en reconnaissant la valeur de ces deux Joyaux que tous les hommes se rejoindront dans la Vérité.

Frères, Dieu est le Père de tous les hommes de tout peuple, de toute race et de toute religion. Pourtant, quelque religion que ces hommes aient adoptée, c’est par Jésus et seulement par Lui qu’ils pourront aller au Père. Si le Père souhaite l’Unité, ce n’est point dans une différence où chaque élément, comme dans un puzzle, garderait son indépendance tout en complétant les autres, mais dans une identité à la Vérité où chaque élément est comme un miroir de la totalité. Comment donc de véritables chrétiens peuvent-ils accepter de voir ce Trésor qu’est l’Hostie Consacrée disparaître, étouffé entre les mains de ceux-là mêmes qui se sont séparés de l’Église, dans le seul et unique but de ne point choquer ces pauvres frères qui ne veulent pas reconnaître la Présence du Seigneur dans l’Eucharistie, ou qui ont refusé de Le rencontrer ?… Pourquoi, dans un noble et louable but d’unité, vouloir s’incliner devant des doctrines fausses ou qui portent atteinte à votre propre Trésor ? Quelle est cette pudeur qui ne veut plus appeler « hérésie » ce qui ne reste pas moins hérésie que par le passé ? Pourquoi suivre ce souffle empoisonné du Diable qui, sous des dehors charitables et merveilleux, fraternels et universels, veut coûte que coûte éteindre le Véritable Esprit, la vraie foi, et tuer l’Église ?

Que chacun se penche sur la vie des saints ! Ces derniers ont-ils cherché à transmettre les dons mystérieux dont le Seigneur les avait gratifiés ? Ont-ils cherché à initier leurs frères à ces charismes ? Ont-ils cherché à les faire connaître ? à les démontrer ? Non point, chers frères, parce qu’un charisme authentique est une souffrance perpétuelle où viennent se mêler le doute et les attaques du Démon ; où l’être humain se sent si humble et si petit qu’il désirerait disparaître sous terre plutôt que d’en retirer puissance et gloire. Un charisme n’appartient pas à celui qui le gère, car l’Esprit souffle où Il veut, quand Il veut, et seuls les prêtres sont investis du pouvoir d’appeler l’Esprit à volonté pour les besoins de leur sacerdoce et la vie de la communauté.

Lorsqu’un charisme est authentique, chaque parole de sagesse, chaque phrase prophétique, chaque message est reçu comme un trésor que le messager désire aussitôt déposer entre les mains d’une personne sûre : son directeur spirituel, plutôt que de le dilapider en le livrant sur-le-champ aux foules attirées par le « merveilleux ». Chaque message est reçu comme une certitude qui bien vite se transforme en blessure, car le Démon vient instaurer le doute dans l’esprit du messager pour le détourner de sa mission.

Quand le Seigneur élit domicile dans une âme, chers amis dans la foi, Il rend cette âme humble par le fait même de Sa Présence. Il lui indique ses péchés et ses manquements et l’invite sans cesse à progresser, non point en se faisant plaisir à elle-même dans la répétition d’expériences douteuses et compromettantes où le Démon travestit ses désirs personnels conscients et subconscients en « manifestations de l’Esprit Saint », mais en renonçant, au contraire, aux plaisirs personnels, surtout lorsqu’ils attirent sur elle l’attention de toute une assemblée, pouvant inciter ainsi à l’orgueil et à la vanité, même inconsciemment.

Amis, appliquez-vous à vivre dans l’esprit des grands saints : Jean de la Croix vous incite à la prudence et au discernement, Mère Thérèse d’Avila et François de Sales à la fidélité à l’Église, Louis-Marie Grignion de Montfort à la réforme intérieure, Vincent de Paul au dépouillement, Jean-Marie Vianney, Bernadette Soubirous, Thérèse de Lisieux, à l’humilité. Paul vous redit la vanité des charismes s’ils ne sont accompagnés de charité. Jésus Lui-même vous rappelle que le plus grand des privilèges a été donné à Ses prêtres puisque, par la Consécration du Pain et du Vin, ils Le rendent Présent véritablement.

Comprenez alors que nous soyons attristés lorsque nous voyons certains chrétiens attacher presque plus d’importance à des manifestations « extra-ordinaires » pour la seule raison qu’ils peuvent les percevoir sensiblement… L’Esprit Saint n’est pas un clown, chers frères, et Ses manifestations ne sont pas toujours aussi systématiques et spectaculaires que vous tendez à le croire. N’oubliez pas que Dieu a doté l’homme de possibilités que vous connaissez encore très mal. Lorsque des individus sont réunis, ils peuvent receler une grande force énergétique qui n’a rien à voir avec l’Esprit Saint, à laquelle ce dernier peut s’allier, mais aussi le Démon ! Soyez donc très prudents.

Fuyez l’ostentation et l’orgueil spirituel, frères. Ne cherchez pas à vous faire plaisir à vous-mêmes, à combler votre solitude, à tuer vos doutes par des preuves concrètes, à rassasier votre spiritualité en fonçant tête baissée dans le « merveilleux » pour qu’il s’exprime sous vos yeux ou même à travers vous. Avez-vous donc tellement soif de pouvoirs ? soif d’être des instruments de l’Esprit Saint ? Alors, contentez-vous d’obéir aux Commandements dans la sagesse et la discrétion. Vivez saintement et sachez offrir vos souffrances et vos contrariétés au Seigneur pour participer à Son Calvaire. Un tel programme de vie suffit, n’en doutez pas, à combler le Seigneur. N’oubliez pas que le zèle en matière spirituelle conduit très souvent aux déviations dans la foi et au sectarisme.

Ne vous permettez pas de juger les autres et d’affirmer que tel sera sauvé et tel autre condamné : le Seigneur sauve qui Il veut, quand Il veut, et par Sa seule Grâce s’Il le veut, mais cela, frères, n’est pas votre affaire. C’est celle du Seigneur ! Votre rôle à vous est de faire des conversions et de ramener ou d’amener à la Confession et à l’Eucharistie vos frères dans le doute ou dans l’ignorance. Ne les séduisez pas par des manifestations « extraordinaires » qui ne sont pas le privilège de votre foi. Conduisez les plutôt vers les Sacrements où vous pouvez être certains que souffle le Véritable Esprit, puisqu’il a été donné aux prêtres de L’y convier.

Vous recherchez par trop les phénomènes extraordinaires et cela entache votre foi. C’est au fond de votre cœur que vous découvrirez la plus grande merveille lorsque vous serez vraiment en paix avec Notre Seigneur après une confession générale sincère et une Sainte Communion : ce n’est ni dans l’agitation, ni dans l’exaltation, ni dans des discours en langues bizarres, ni en présence d’êtres qui désirent tellement s’identifier au Seigneur qu’ils en perdent l’humilité et l’amour désintéressé de leur Maître. Restez simples, restez humbles, restez purs, restez fidèles à l’Église !

Si des charismes vous ont été donnés, ne les laissez pas s’exprimer d’une manière anarchique et désordonnée sans les soumettre à l’approbation d’un prêtre compétent. Ne les laissez pas s’exprimer en présence de tous, prétextant qu’ils sont facteurs de conversion. Restez humbles et conservez tout cela dans votre cœur tant qu’autorisation ne vous aura pas été donnée de partager les fruits de la moisson. N’oubliez pas que l’obéissance est l’un des dons qui plaisent le plus au Seigneur !… Offrez votre vie au Seigneur, vos joies, vos peines, vos angoisses, vos déceptions. Priez pour les vraies vocations et pour que le Souffle du Véritable Esprit, celui de la Fidélité, de l’Humilité, de l’Obéissance et de la Pureté dans l’Amour passe sur la terre. Soyez en Paix.

+ Vos frères dans la Foi