Message du 18 octobre 1986 (III)

Chers frères,

À vous qui n’aimez pas la foi émerveillée des mystiques et préférez entendre parler de Dieu en termes d’actions charitables et d’aide matérielle ; à vous qui n’aimez pas les prières traditionnelles qui ont marqué votre enfance et leur préférez – ô combien ! – des paroles personnelles ; à vous qui assistez à la Messe par tradition, par habitude ou par devoir et rechignez à vous y rendre plusieurs fois par semaine ; à vous qui abandonnez la pratique de la Confession régulière auprès d’un prêtre, oubliant qu’il ne s’agit pas seulement d’un dialogue mais d’un Sacrement dont vous pouvez retirer des Grâces ; à vous qui vous rendez à la Communion par routine sans éprouver l’ardent désir d’y retrouver votre Dieu ni la douceur de Sa Présence ; à vous qui prétendez vivre une foi moderne qui fait parfois fi du respect ou de l’obéissance au Pape pour vouloir réformer l’Église ; à vous qui avez perdu le sens du péché, blessure à l’Amour de Dieu, et désirez légaliser le bien-être matériel et les plaisirs des sens ; à vous qui avez perdu le sens du sacrifice et du renoncement, de la pureté et de l’innocence ; à vous qui ne croyez plus à l’existence du Monde Invisible, des anges et du Diable ; à vous qui allez même jusqu’à douter de la Résurrection de Jésus-Christ, de la Présence Réelle et de la Vie Éternelle, nous sommes au regret de déclarer solennellement que vous avez bien peu compris l’Enseignement de notre Maître !

Vous êtes, en effet, comme ces étudiants en lettres qui obtiennent de brillantes notes à leurs commentaires littéraires en interprétant les auteurs suivant leur propre sensibilité, et qui, lorsqu’ils ont l’occasion de rencontrer ces mêmes auteurs et de les interroger sur le sens de leurs œuvres, sont tout étonnés de découvrir qu’ils étaient à mille lieues de la vérité ! Si donc vous vous dites chrétiens, ayez d’abord la sagesse de bien connaître votre foi et de ne la point saboter au profit de théories ou de goûts personnels.

Vous êtes aussi comme ces comptables qui font usage de machines à calculer, mais qui ne se rendent pas compte qu’ils perdent leur mémoire et leur entraînement à ne point accomplir eux-mêmes le travail. Séduits par la facilité, ils préfèrent renoncer à l’effort et tirer profit de l’appareil. La foi chrétienne n’est pas une solution de facilité, chers frères ! Bien au contraire, elle est très exigeante, mais celui qui la vit peut en retirer d’immenses bienfaits.

Vous êtes enfin comme ces vacanciers qui préfèrent prendre un téléphérique pour arriver au sommet plutôt que de gravir à pied la montagne (1), et qui s’inquiètent de ceux qui montent à la force de leurs jambes et de leurs bras. Vous reconnaissez leur zèle, certes, mais vous craignez de les voir choir dans les abîmes…

Pris dans le carcan de vos habitudes sociales, de vos responsabilités, de vos bonnes œuvres – car, il faut le dire, vous vous montrez souvent très dévoués -, vous préférez rechercher Dieu dans un monde concret qui vous apporte la satisfaction de voir aboutir vos efforts. Que recherchez-vous à travers tout cela ? À n’en pas douter, quelque chose de palpable à offrir au Seigneur, une manière d’exprimer votre fidélité à Son Enseignement. Mais avez-vous jamais pensé qu’il puisse exister aussi pour vous une façon plus intérieure et plus surnaturelle de connaître le Seigneur ? Vous aimez à juger les choses matérielles, à prendre des décisions, à organiser, à mesurer en chiffres, à constater la réussite de vos entreprises, soit ! Dieu vous a donné une intelligence et vous l’utilisez au maximum de ses possibilités, soit ! « N’en ai-je pas le droit ? », direz-vous. Ah ! frères, c’est votre droit le plus strict ! Mais quel rapport tout cela a-t-il avec la simplicité de la foi ? Désirez-vous plaire au Seigneur ? Désirez-vous aller un jour au Ciel ? Alors, écoutez Jésus : « Si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. » (Mt 18, 3).

Les personnes dont la foi reste simple et qui sont tout imprégnées de Dieu, vivant avec Lui du matin au soir et du soir au matin, vous effraient et vous donnent le vertige. Vous pensez qu’elles doivent être bien malheureuses sur terre pour chercher ainsi refuge dans un monde d’idéaux qui vous paraissent inaccessibles. Vous craignez pour elles de voir un jour ces idéaux déçus et préférez, quant à vous, ne pas chercher « si haut » puisque la matière, déjà, vous satisfait ! Frères, n’ayez aucune inquiétude pour ces personnes si elles progressent dans les Voies du Seigneur, et, afin de vous assurer qu’elles n’en dévient point, nous allons vous livrer quelques critères de jugement.

Lorsque le Seigneur nourrit une âme et qu’il la fait accéder à la Vie Divine, la vie matérielle de cette âme se modifie et cela ne doit pas vous inquiéter ! L’âme, en effet, n’aspire plus aux mêmes buts et ne possède plus les mêmes besoins. Ses préoccupations sont différentes : en dehors de son devoir d’état, qu’elle essaie d’accomplir avec perfection, elle ne cherche plus coûte que coûte à enrichir sa culture de connaissances matérielles de nature intellectuelle ou artistique si elles ne lui sont pas expressément nécessaires. Elle ne pense pas à suivre les hommes qui s’entichent de modes, de spectacles, d’auteurs littéraires ou scientifiques, de performances intellectuelles ou sportives. Elle ne se mêle plus au troupeau qui, pour suivre la « norme », se précipite aveuglément par-dessus bord, mais elle s’élève, sans orgueil aucun, dans une profonde paix et une grande joie, jusqu’au poste du guetteur : de là, elle contemple le ciel et la mer, et devient celle qui signale le danger au navire en perdition afin de le sauver du désastre.

Ne méprisez pas, chers frères sceptiques, ceux qui aspirent à la perfection en tout et ont constamment dans la tête une pensée pour Dieu, dans le cœur une prière à Dieu et dans la bouche une parole sur Dieu. Dans la mesure où vous ne remarquez chez eux aucun comportement de nature pathologique ou sectaire qui puisse nuire à leur entourage, vous n’avez pas d’inquiétude à vous faire. Sont-ils moroses ou anxieux ? N’assument-ils pas leurs responsabilités ? Négligent-ils les tâches ménagères ou leur travail pour se réfugier dans le rêve ? Ont-ils rejoint quelque secte dangereuse ? quelque mouvement qui les accapare totalement et les empêche de vaquer à leurs devoirs familiaux ? Sont-ils déséquilibrés et choquent-ils les autres par un comportement excentrique ? S’ils ne sont pas de ceux-là, alors, que leur reprochez-vous donc ? De ne penser qu’à Dieu dès qu’ils ont l’esprit libre pour le faire ? de ne plus apprécier les romans et autres littératures futiles ? de ne plus avoir de goût pour la politique ? de ne plus apprécier les sorties au cinéma, au théâtre, au restaurant ? Avec une vie aussi « peu ouverte sur le monde », vous vous demandez comment ils peuvent encore garder le sourire et rester sereins…

Frères, ceux qui sont passionnés de cinéma et qui en fréquentent les salles plusieurs fois par semaine ne vous choquent pourtant pas le moins du monde : ils parlent toujours des derniers films qu’ils ont vus, de ceux qui vont sortir, et vous n’auriez pas idée de penser qu’ils puissent, eux, être « malades » ! Car ce passe-temps favori est pour vous une activité qui entre dans les « normes » de la société. Mais que quelqu’un aime à parler toujours de Dieu et du Ciel, qu’il se rende à la Messe plusieurs fois par semaine et prie énormément, et vous le soupçonnez déjà d’être victime de quelque trouble…

Croyez-vous, en toute sincérité, que votre propre foi soit vécue plus « normalement » ? Ne vous montrez-vous pas souvent plus tourmentés, plus anxieux, plus agacés que ces frères qui s’abandonnent à Dieu dans une totale confiance ? Et puis, ne vous êtes-vous pas demandé si, à votre tour, vous n’étiez pas sujets d’inquiétude pour eux quand vous vous affairez dans moult directions mais négligez la prière – prétendant ne pouvoir vous astreindre à réciter le chapelet ou à faire oraison, alors que jamais vous n’avez persévéré suffisamment dans ces voies pour pouvoir en vivre les bienfaits ? quand vous refusez les lectures spirituelles – prétextant manquer de temps ou ne pas les bien comprendre, alors que vous dévorez toutes sortes d’autres ouvrages ? quand vous critiquez la recherche spirituelle – fuyant la mystique comme la peste, craignant qu’elle ne vous entraîne au-delà de votre bien sécurisante matière ?… Frères, n’êtes-vous pas vous aussi comme ces papillons qui s’accrochent désespérément à leur chrysalide, craignant de découvrir où peuvent les entraîner leurs ailes ? (2)

En fait, vous êtes victimes d’une peur incontrôlée de l’inconnu. Pourtant, pouvez-vous dire qu’il s’agit d’inconnu lorsque Dieu est présent ? L’aspiration à la sainteté devrait être le but de tout chrétien ! Si elle se doit vivre à travers les faits et gestes du quotidien, elle implique, parallèlement, une recherche et une découverte progressive de Dieu, sans crainte ni contrainte, dans la confiance la plus pure !

La connaissance de Dieu s’acquiert, frères aimés : tout d’abord, il la faut désirer ! Elle n’est point seulement de nature intellectuelle mais elle se vit avec le cœur, à l’écoute de la voix intérieure, dans la disponibilité et la simplicité de l’émerveillement.

L’âme, en la découvrant, devient la victime des doutes, des échecs et des chutes, mais, dans l’humilité, toujours elle persévère, toujours elle s’enrichit. Elle dévore des ouvrages saints : les Saintes Écritures, Source inépuisable de vraies richesses, et les vies et les écrits de saints, véritables guides pratiques de la vie spirituelle. À travers de telles lectures, elle acquiert l’intelligence du cœur et aspire à ressembler, dans la vie de tous les jours, à ces hommes et ces femmes que l’Église a reconnus comme modèles de foi et de piété.

« Tout cela est exagéré ! rétorquerez-vous. Que ceux qui veulent ne penser qu’à Dieu embrassent la vie religieuse ! »

Chers frères agacés, la sainteté est la même pour tous, laïcs aussi bien que religieux, et elle est également possible dans ces deux états. Ajoutons qu’il est parfois beaucoup plus difficile d’y atteindre dans le premier, surtout lorsque ceux qui se proposent ce programme de vie sont perpétuellement soumis aux remarques, aux critiques et à l’incompréhension de leur entourage le plus proche !…

Le Seigneur vous offre les ailes du papillon alors que vous n’êtes encore que de vulgaires chenilles. Les refuserez-vous ? Mais pour les endosser, il vous faut soumettre à une transformation intérieure au cours de laquelle vous rencontrez souvent l’obscurité et la sécheresse, comme la chrysalide. Afin d’y parvenir plus aisément, nous vous invitons à orienter votre cœur plus souvent vers Dieu et vers le Ciel avec une foi d’enfant. Vous en retirerez de grands bienfaits, et, pour commencer, la joie de comprendre peu à peu ceux que vous aimez et qui déjà vivent dans la foi du cœur. Jusqu’à présent, vous n’avez pu parvenir à dialoguer sans passion, chacun restant sur des positions bien arrêtées. Si vous voulez découvrir leur bonheur et partager leurs certitudes, acceptez de comprendre que Dieu Lui-même a transformé et leur cœur et leur vie. Vous possédez le même Dieu, n’est-ce pas ? Alors pourquoi ne point vous laisser, vous aussi, guider par Lui et aimer par Lui en faisant davantage abstraction de votre petite personne ?

Apprenez à connaître la grandeur de l’Amour de Dieu qui se manifeste jusque dans les plus petits détails de la vie de tous les jours. À travers la Communion des Saints, Il permet un échange si subtil entre les êtres que nul ne le peut connaître sans s’en émerveiller ! Qu’y a-t-il, en effet, de plus grand au monde que l’amour ? l’amour des amis, l’amour des parents, mais aussi l’amour – victorieux de la mort – de tous les enfants déjà au Ciel, pour leurs parents restés sur la terre. Et l’amour des parents partis au Ciel, pour leurs orphelins. L’amour, enfin, du mari pour sa veuve et de l’épouse pour son veuf. N’avez-vous jamais perçu, au fond de votre cœur, le sentiment unique de la présence de vos aimés du Ciel ? Quelle Grâce, chers frères, quelle Grâce !

Alors, amis, ne regardez pas dédaigneusement les personnes qui ressentent la présence de Dieu et la vérité de Son Message de Vie jusqu’au plus profond de leurs entrailles, et comprenez que jamais être humain ne pourra aimer Dieu comme Il mérite de l’être s’il ne suit les traces de Jésus. Daignez enfin comprendre que la Vierge Marie, les anges et les saints font partie intégrante de cet Amour de Dieu et qu’ils ne sauraient en être bannis sans porter atteinte à Sa Plénitude.

Tournez-vous vers les vies des saints et contemplez des exemples vivants de la foi qu’il plaît à Dieu que vous possédiez. Autant de saints, autant de vies différentes, mais ils ont tous un point commun : à un moment ou à un autre de leur vie terrestre, le Seigneur a fait irruption dans leur âme et les a transformés et nourris de Sa Sagesse. Entretenant avec Lui une relation privilégiée, ils sont restés à l’écoute du Ciel, obéissant à l’Église jusqu’à leur dernier soupir, vivant leur foi sous différentes formes, certes, mais se ressourçant toujours à la même Fontaine de Grâces ! S’ils ont vécu dans le monde, leur âme ne s’est pas laissé griser par les choses du monde. Mettez-Vous donc, comme eux, à l’écoute du Ciel si vous désirez vraiment rencontrer Dieu dans votre vie. Ouvrez-Lui votre cœur et abandonnez-vous à Lui dans la confiance, l’humilité et l’amour.

+ Vos frères dans la Joie du Ciel

 

(1) v. message du 23 septembre 1990, Tome 2.
(2) * v. message du 11 octobre 1986.