Message du 22 décembre 1982

Frères,

Il est bon, dans la paix de la nuit de Noël, de méditer sur le Mystère de l’Incarnation à la lumière d’un bilan de santé du monde contemporain.

De plus en plus les hommes se haïssent, se méprisent en dépit des grands principes de fraternité et de socialisation prêchés par différentes associations ou partis politiques. Des menaces de guerres sont habilement réfrénées, le pouvoir d’achat s’accroît et rares sont les hommes qui savent résister au désir d’une consommation à outrance. Chacun n’a d’yeux que pour les apparences, pour les choses visibles, pour cette fine pellicule de vernis qui enduit les êtres les plus abjects, les plus pervers, les plus fourbes. L’argent pollue considérablement les hommes – et en ce temps de Noël encore bien davantage. Le mythe du Père Noël l’emporte sur l’Enfant de la Crèche qui, Lui, est bien réel. Chacun s’extasie sur de magnifiques présents et oublie qu’il y a deux mille ans, un Enfant naissait dans le plus grand dépouillement, un Enfant qui allait devenir le Sauveur de l’humanité entière. La Messe de Noël est devenue, comme les Messes de Communion Solennelle, une tradition, un rite, une habitude ; le lieu où dans une apparence de recueillement, la tenue vestimentaire du voisin d’en face a pris plus d’importance que les paroles du prêtre. Et même si le sermon fait parfois vibrer la corde sensible de certains d’entre vous qui assistent rarement à la Messe, il est bien vite oublié dans les bâfrées du réveillon et les histoires de mauvais goût…

Le Christ-Roi est né parmi les hommes : un Roi de Simplicité, d’Amour, de Bonté, de Vérité, un Roi venu apporter sur la terre la Lumière des Cieux, un Roi venu toucher le cœur des hommes, venu faire de nouveaux apôtres de l’Amour, un Roi venu bâtir un Temple pour Son Père, non seulement sous la forme d’une institution visible qui s’appelle l’Église, mais également au plus profond de chacun des êtres humains.

Il ne s’agit pas de se montrer à la Messe un jour de Noël pour manquer la Messe le reste du temps. Il ne s’agit pas d’aller se confesser une fois l’an pour chuter toute l’année devant toutes les tentations de ce monde si profondément corrompu par le Mal. Le Ciel n’est pas dupe ! Il connaît vos intentions les plus secrètes, il connaît vos aspirations. Désirez-vous l’argent, la richesse, la puissance matérielle, intellectuelle, spirituelle même, vous serez abaissés dans l’Autre Monde jusqu’à l’image la plus juste de votre condition mortelle : sans votre Père, sans Son Amour, sans Sa Divine Grâce, vous n’êtes rien ! pas plus que toutes ces vitrines illuminées, tous ces cadeaux empoisonnés offerts parfois plus par obligation que par amour, et dont le choix inconsidéré cherche plus souvent à impressionner qu’à satisfaire…

L’Enfant de la Crèche, chers frères, est venu vous sauver de l’emprise qu’exerce la matière sur votre âme. Le Monde Spirituel est un monde de liberté de choix, d’esclavage délibéré pour un Dieu invisible, impalpable, mais qui se révèle parfois si intimement à l’être dans le silence de la prière ou de l’oraison.

Est-il nécessaire pour y accéder de se priver de tous les plaisirs de la terre ? de renoncer à tout ce qui est agréable ? Il n’a jamais été question de cela ! L’Enfant de la Crèche, Lui, n’a pas renoncé au sein de Sa Mère, ni à l’amour qu’Elle Lui a témoigné si tendrement. Il n’a pas renoncé, plus tard, à l’amitié de Ses Apôtres, si soigneusement choisis en fonction de leurs qualités spirituelles et morales. Il n’a pas renoncé à partager avec les hommes Ses repas quotidiens, ni à contempler les merveilles de la nature qu’Il aimait voir dans un parfait équilibre, car en Dieu, il n’est point de tempête, point de révolte, point de mort.

La pureté du corps, temple de l’Esprit Saint, et la pureté d’intention vont de pair. Ne pensez pas qu’il soit impossible d’atteindre à cette vertu. Une lutte farouche est nécessaire, mais lorsque l’Esprit Saint vient vous éclairer de Sa Lumière, alors, la paix s’établit en vous pour faire de vous des soldats de Dieu. « Vous serez parfaits comme votre Père du Ciel est parfait » (Mt 5, 48), dira plus tard l’Enfant devenu Homme.

Comprenez que vous êtes des êtres physiques avant tout et que toute influence extérieure, toute sensation intérieure, impressionnent à jamais votre cerveau. Ainsi, chers frères, vivez et pensez sainement afin que vos enfants, qui sur le plan physique sont faits de votre chair, ne soient pas dès leur naissance handicapés dans leur corps. Notre Très Sainte Mère a été conçue sans péché pour devenir la Mère de notre Sauveur : unie à l’Esprit Saint, elle a donné naissance à un Être dépourvu de toute tare physique ou intellectuelle, un Être Nouveau, un Homme à l’image de l’Homme originel. Dans les entrailles de sa mère, l’enfant communique intimement avec elle et perçoit ses sensations, ses sentiments, ses désirs et ses manques. La paix et la joie doivent donc être les états prédominants de la future mère. De même, l’enfant en bas âge ne devrait-il recevoir aucun choc émotionnel car sa vie entière en dépend. Une atmosphère d’amour et de paix est nécessaire à l’éducation chrétienne des enfants. Dans les moments de découragement, de crainte, de fatigue, ayez une confiance toujours plus grande en l’Esprit Saint, qui pourvoira à vos demandes. Les anges ont veillé sur la Sainte Famille afin de Lui apporter la paix. Qu’ils veillent aussi sur vous !

Le Mal cherche sans cesse à s’infiltrer dans votre âme, mais avant de toucher l’âme, il touche l’esprit à travers des images mentales ou des paroles mentales transmises par le cerveau. C’est par l’accumulation répétée d’images mentales que se créent des habitudes qui semblent ensuite indestructibles ; c’est par les chocs émotionnels que se créent les inhibitions, les frustrations, les névroses et toutes les maladies dites psychiques qui sont en si grand nombre aujourd’hui.

Comment éviter cela ? Il faut, frères, laisser le Mal à l’extérieur de vous et ne pas l’autoriser, même sous l’emprise de la tentation, à entrer. La Grâce et la Pureté de l’Enfant de la Crèche vous y aideront. Comprenez que vous êtes ce que le monde fait de vous ; mais vous pouvez lutter contre les influences incessantes du monde et cesser d’être des esclaves du Diable qui vous maintient sous son joug. Pour cela, vous devez avoir la volonté d’éloigner de vous toute idée malsaine avant qu’elle n’impressionne votre cerveau sous forme d’images mentales car si de telles images s’impriment en vous, elles auront une force presque indestructible. Ce sont les luttes incessantes, les privations, les mortifications qui constituent une première étape à cet état de paix ; mais ensuite, frères, avec la Grâce si précieuse, vous saurez reconnaître la tentation avant même qu’elle n’atteigne votre esprit et vous serez libérés de la force du péché car vous n’aurez plus de mal en vous. Vous serez en état de Grâce. Cet état, au lieu de n’être que passager à la suite d’une sincère confession, peut devenir durable par une discipline de tous les instants.

L’Enfant de la Crèche n’avait pas en Lui le péché des hommes ; aussi le Mal n’a-t-il pu se manifester à Lui plus tard qu’extérieurement : « Va-t’en Satan ! » (Mt 4, 10), dit Jésus au Démon pour le chasser du territoire sacré de Sa vie, où il tentait de s’infiltrer.

Comment vous parler avec plus de franchise, chers frères ? Vous êtes aptes, à présent, à comprendre tout cela : votre foi n’est pas une superstition : elle est réelle. Votre Dieu n’est pas un mythe : Il existe, Il est un Dieu d’Amour venu pour vous sauver du Mal, mais il est nécessaire que vous parveniez à contribuer à Son action en vous. Le jardinier qui accepterait que son champ soit ensemencé mais qui, d’autre part, accepterait également qu’il soit un lieu de passage, ne récolterait que bien peu : les jeunes pousses y seraient immédiatement écrasées sous les pas et les roues. Si vous ensemencez votre champ, veillez à ce qu’il soit entretenu et chassez tout ce qui pourrait nuire à la récolte.

Le fonctionnement de votre cerveau, l’influence du Mal sur votre esprit et, de là, sur votre âme, est un phénomène rigoureusement « scientifique », dépourvu de toute superstition ou croyance ridicule. Vous êtes dans un système où tout agit sur tout, où tout influence tout, jusqu’à la moindre parcelle de votre être. De même, par une vie de foi et de sainteté, d’amour et de prière, pouvez-vous, vous aussi, agir sur vous-mêmes et sur les êtres qui vous entourent.

Pourquoi de telles recommandations à l’approche de Noël ? Parce qu’à chaque Noël, l’Enfant-Dieu peut renaître en votre âme si vous sollicitez Sa Présence. Il peut se développer en vous et vous faire atteindre Ses Grâces. Il est Tout Amour, Toute Pureté, Toute Paix. Il vous aime et attend que vous L’aimiez, que vous Le preniez dans vos bras, que vous L’acceptiez dans votre cœur. Il vous supplie de Le suivre en ne cédant pas aux chemins de la facilité, mais en travaillant en vous-mêmes, en luttant avec acharnement contre le Mal. Il vous promet alors de vous faire progresser en sagesse vers la Lumière de Son Royaume. À genoux devant la Crèche, contemplez l’Enfant-Dieu. Que ce support de méditation ravive en votre cœur la foi et l’amour. Un Enfant nous est né pour vaincre le Mal, suivons-Le, Alléluia !

Le Ciel tout entier charge son messager de la terre de vous souhaiter à tous de pieuses fêtes.

La Paix soit avec vous. Alléluia !

          + Vos frères dans la Foi