Message du 22 décembre 1983

Bien chers frères,

Malgré l’approche des fêtes de Noël et de Nouvel An, il est indispensable que nous vous parlions du suicide car cet acte de haute trahison spirituelle devient de plus en plus fréquent dans votre société. Si une meilleure information était donnée à son sujet, peut-être que moins de jeunes, moins de personnes désespérées penseraient à cette solution pour remédier à leurs problèmes.

S’il arrive à l’être humain de mettre fin à sa vie, vous devez vous demander pourquoi. Généralement, la décision d’un tel acte, lorsque la personne y pense vraiment, est soudaine. Elle vient hanter l’esprit à la suite d’une grande déception, d’une grande contrariété, d’une grande souffrance morale ou physique, d’une crainte farouche de la souffrance ou de la torture, d’un acte considéré par la société ou par l’Église comme hautement répréhensible.

L’être humain croit ainsi se débarrasser de la souffrance, ou bien se purifier – aspect de cet acte auquel peu de personnes pensent et cela est dommage, car, si nous n’avons pas affaire à un tempérament suicidaire de nature pathologique, l’être qui s’impose cet acte est généralement très idéaliste, profondément insatisfait de la société qui l’entoure et des relations qu’il y entretient, et extrêmement insatisfait de son propre comportement, fruit d’une enfance difficile ou d’une émotivité exacerbée. C’est à la suite d’une déception plus grande encore que l’acte sera commis.

Frères, si la société ne jugeait pas sans cesse les êtres, si elle s’avouait à elle-même qu’il existe en chaque être, soit à l’état larvaire, soit parfaitement révélées, les manifestations du comportement le plus abject transmis par le péché originel, ainsi que les aspirations les plus pures et les plus élevées, si elle reconnaissait que l’homme charnel n’est que le résultat d’un passé génétique et d’une éducation, si elle mettait tout en œuvre pour aider psychologiquement les êtres au lieu de les détruire à petit feu en leur faisant miroiter la libération de soi dans la liberté d’action, alors, la situation serait différente.

Les envoyés de Satan possèdent de nombreuses âmes dans lesquelles ils s’installent sournoisement. Entités de nature spirituelle, ils agissent lentement sur le psychisme qu’ils s’évertuent à déséquilibrer en creusant un fossé entre les aspirations des êtres humains vers le bien, le beau, la perfection, l’infini, l’amour, et leurs propres imperfections. Car ils poussent les hommes à se rendre abjects à leurs propres yeux et, ensuite, à se comparer avec leur idéal. Lorsque les hommes se rendent compte qu’ils se sont trop éloignés de cet idéal, ils poursuivent leur vie dans le péché et sombrent parfois dans la dépression, qui les entraîne au suicide. L’équilibre chimique du corps est modifié par des sécrétions glandulaires déréglées, et le vide s’installe dans le cerveau : un vide de vie, un vide de couleurs, un vide où viennent errer des souvenirs terribles, un vide où résonnent la voix des démons et le son de leurs reproches… Après avoir incité les êtres au mal, ils les poussent aux regrets éternels, à l’impression de non-retour, à la certitude que leur péché ne pourra être lavé que dans la mort. L’être en proie aux remords pense rarement à la perspective d’une autre vie au-delà de son acte. Pense-t-il même seulement à Dieu ? Plutôt au néant ou à la damnation, chers frères…

Les suicidés peuvent-ils être heureux dans l’Au-delà ? Telle est la question que vous vous posez parfois. À cette question, nous ne répondrons pas par la négative, mais mieux, par : Dieu seul est Juge de la vie d’un homme et des éventuelles circonstances atténuantes dont il peut bénéficier. En effet, Dieu ne considère pas seulement le moment où cet acte est commis mais aussi tout le passé qui a pu conduire l’être à un tel acte. Il ne juge pas sur une loi mais avec tout Son Amour.

Il faut savoir, à cet égard, que chaque homme participe à l’élévation spirituelle de l’humanité entière, et que chaque comportement individuel est le maillon d’une chaîne humaine qui remonte à l’origine de l’homme et qui se prolongera encore bien longtemps et même au-delà.

Ainsi, lorsqu’un être se suicide, la société entière est responsable dans la mesure où elle n’a pas montré envers cet être tout l’amour qu’il attendait d’elle, toute la compréhension qu’il désirait ; dans la mesure où elle n’a pas cherché à le comprendre pleinement, à découvrir les secrets de son âme qu’il aurait pu épancher s’il avait eu confiance. Nous ne disons pas cela pour vous culpabiliser, parents et proches : vous n’êtes pas les seuls à porter cette responsabilité ! Le maître d’école, les voisins, les camarades, les patrons, les collègues de travail, le cinéma du coin de la rue, le metteur en scène, l’écrivain, le prêtre, tous sont responsables, et cela va très loin…

Alors, nous vous disons : soyez bons, ne parlez pas sans réfléchir, vous pouvez blesser. N’interprétez pas hâtivement les paroles de vos frères, et si celles-ci vous paraissent blessantes, demandez-vous plutôt si ce n’est pas vous qui leur donnez un sens qu’elles n’ont pas. Tentez, en effet, vous aussi de comprendre les autres : ne les rejetez pas quel que soit leur problème. Ne vous arrive-t-il point d’éloigner de vous des personnes parce que leur physique ne vous est pas sympathique ? parce qu’elles ont une voix désagréable ? parce qu’elles parlent trop ? parce qu’elles vous énervent ? parce qu’elles n’ont pas le même niveau intellectuel que vous ? Ne vous arrive-t-il pas de ne pas les inviter avec d’autres amis, sachant pourtant que cela pourrait leur causer un immense plaisir ? sachant aussi qu’elles attendent beaucoup de votre amitié ? Sur quelles apparences jugez-vous donc, frères ?…

À l’inverse, ne vous laissez pas envahir par des êtres déséquilibrés, dont vous savez, pour avoir maintes fois essayé, que vous n’obtiendrez aucune amélioration quoi que vous fassiez, car leur corps et leur esprit nécessitent d’abord une désintoxication. Il existe des endroits où les délinquants peuvent être secourus. Priez pour eux. À l’origine de la délinquance, il y a toujours un manque d’amour. À l’origine du suicide, il y a aussi un manque d’amour. La drogue est un suicide lent. L’être ne veut point se l’avouer à lui-même mais il sait pertinemment qu’à l’issue de son accoutumance, il y a la folie, le déséquilibre, la mort. Pourquoi les jeunes ne s’ouvrent-ils pas davantage à des adultes compréhensifs ? Pourquoi la franchise est-elle bannie de votre société d’hypocrites où seules les apparences comptent ?

Lorsqu’un problème est trop lourd à porter, il est plus facile de faire appel à une autre personne ou à plusieurs, mais il faut bien les choisir. Parfois, l’être se confie et trouve la violence là où il croyait sincèrement trouver l’amour et la compréhension – ou, tout au moins, un secours… Pensez à la démarche souvent pénible de ces êtres en difficulté qui viennent vous demander de l’aide. Ne les renvoyez pas, prétextant que vous n’avez pas le temps ou que vous verrez cela plus tard. Faites l’effort de les écouter, car peut-être demain n’auront-ils plus le courage de vous parler, et peut-être cela se terminera-t-il plus mal que vous ne l’auriez pensé…

Frères, soyez très compréhensifs : ne jugez pas, ne blâmez pas, ne condamnez pas ! Laissez Dieu le Père juger seul car Lui seul connaît le passé biologique d’un être, Lui seul sait les événements qui ont marqué sa vie, Lui seul connaît ses problèmes et ses aspirations, ses luttes et ses échecs, ses victoires et ses regrets, et Il sait aussi que c’est pour Lui, le Père Céleste, que l’être lutte, qu’Il soit appelé Dieu ou Amour ou Bien ou Idéal ou Perfection. Car tous les hommes n’ont pas eu la chance d’être élevés dans la religion chrétienne et de connaître Jésus. Vous qui avez été baptisés, ne condamnez pas vos frères qui n’ont pas eu ce privilège et sachez que la phrase du Credo : « Je reconnais un seul Baptême pour le pardon des péchés » concerne principalement les chrétiens, prononcée qu’elle est toujours par des chrétiens. En effet, comment le Seigneur qui est Tout Amour pourrait-Il condamner un homme qui ne L’a jamais rencontré ? Ne vous montrez donc pas sectaires ou empressés de méjuger ceux qui ne connaissent pas notre Dieu. Sachez aussi que si, par malheur, il vous arrivait à vous de renier votre Baptême, alors le Seigneur saurait vous rappeler vos paroles dans l’Autre Vie !…

C’est par l’éducation, l’amour et la compréhension que vous éviterez au monde le suicide. Car le monde entier court vers le génocide s’il ne se ressaisit point : suicide collectif d’une civilisation d’égoïsme et de matérialisme ! Pensez à Dieu qui vous aime et dites franchement à qui veut mettre fin à sa vie :

« Ne soyez pas ridicule : vous n’êtes pas seul ! Tout le monde cherche un ami. Regardez autour de vous et ne vous découragez pas ! N’écoutez pas la voix du désespoir. Ne soyez pas dégoûté de vous-même ou des autres. Côtoyez des personnes aimantes. Parlez-leur. Écoutez leurs conseils et vivez ! Car la vie vaut la peine d’être vécue si l’on sait la regarder dans les yeux ! Il n’y a jamais rien que Dieu ne pardonne si l’on sait se repentir sincèrement. N’hésitez pas à prendre conseil auprès d’un bon prêtre et à vous confesser. Dieu vous viendra en aide ! Courage, ami. Ayez confiance et vous verrez !… »

Que le Seigneur vous garde du suicide et de la mort violente.

+ Vos frères dans la Paix