Message du 26 février 1984

(Une histoire contée par nos frères du Ciel dédiée à des parents surpris par la vocation de leur fils)

 

 

JE LE RECONNAÎTRAI, MON PÈRE, C’EST MON FILS…

Une mère avait mis son enfant dans un pensionnat et venait le visiter à son retour de voyage. Elle se promenait dans le grand parc du Collège, accompagnée du Supérieur, tout en cherchant des yeux son fils.

« Lorsqu’il vous verra, avait dit le prêtre, il viendra vers vous. Nous avons tant d’enfants ici qu’il nous est difficile d’appeler un élève en particulier. L’aire de jeu est très vaste.

– Je le reconnaîtrai, mon Père, dit la mère. C’est mon fils ! Regardez, là-bas, cet enfant qui court derrière un autre… Le groupe est animé, joyeux, plein de vie : cela ressemble beaucoup à mon fils ! J’aime à le voir gambader dans ce pré… Patrick !.. » cria-t-elle, mais elle ne reçut point de réponse. Elle s’approcha et vit que ce n’était pas son fils.

« J’aurais juré… » dit-elle.

Un peu plus loin, ils rencontrèrent un groupe d’enfants assis sur l’herbe, en train de jouer aux devinettes.

« Patrick n’aime pas beaucoup les devinettes, dit-elle, il n’est certainement pas ici ! Quelle perte de temps plutôt que de s’oxygéner par un si bel après-midi, ne croyez-vous pas, mon Père ? Il faudrait que ces enfants fassent de l’exercice !…

– Madame, répondit le prêtre, les enfants sont libres de leurs jeux. Entre les cours, les études et les heures des repas et de sommeil, les enfants ont le choix de leurs activités.

– Je n’aimerais pas voir mon fils assis pendant des heures alors qu’il fait si beau…, répondit la mère. Mais enfin, mon Père, où donc est Patrick ?

– Finissons notre tour du parc, Madame, et ensuite nous passerons, si vous le voulez bien, par la chapelle.

– Par la chapelle ? Pourquoi donc ? Ma foi, si le Seigneur peut vous éclairer sur le lieu où se trouve mon fils…

– II est peut-être à la chapelle, Madame.

– Mon fils ? à la chapelle par un si bel après-midi ? Vous plaisantez, mon Père ! Je n’ai pas appris à mon fils à aller s’enfermer lorsqu’il peut courir à l’extérieur et faire de l’exercice !

– Madame, si vous voulez bien me suivre… »

La porte de la chapelle s’ouvrit et, tout au fond, près du tabernacle, un enfant à genoux était seul, en prière…

« Pauvre enfant !… pensa la mère, si solitaire…

– Patrick ? dit le prêtre.

– Oui, mon Père ! répondit l’enfant.

– Venez donc saluer Madame votre Mère.

– Bien, mon Père. »

L’enfant interrompit sa contemplation et s’avança vers sa mère.

« Je vous souhaite le bonjour, Mère, dit-il.

– Je…, dit la mère hésitante, je pensais vous trouver à l’extérieur avec vos camarades. Votre présence ici me surprend beaucoup !

– Je parlais à Dieu, dit l’enfant.

– Et de quoi Lui parliez-vous, mon fils ? demanda le prêtre.

– Je Lui disais, mon Père, que je me sentais beaucoup mieux auprès de Lui qu’à la lumière du soleil… Je Lui disais que je pensais avoir perdu un temps précieux en jeux inutiles et qu’à présent, j’allais me consacrer davantage à la découverte de Son Amour. »

Et, se tournant vers sa mère, l’enfant lui confie, le visage rayonnant :

« Mère, plus tard, j’aimerais être moine ! »

Un rayon de soleil filtrait à travers un vitrail et nimbait d’or le visage illuminé de l’enfant pendant que, dans la pénombre, le visage de la mère se décomposait…

« Mais enfin, Patrick, et vos études d’avocat ? Votre père vient justement de…

– Madame, vous aurez l’occasion de reparler de tout cela avec votre fils plus tard. Cet enfant, voyez-vous, me paraît posséder une grande sagesse, et si Notre Seigneur a décidé de lui tendre la main, il n’est pas séant de l’en dissuader. Peut-être l’a-t-Il choisi, Lui, comme avocat ? Les desseins du Ciel sont impénétrables… »