Message du 8 mai 1988 (II)

Bien chers frères,

Dans la tourmente et les contrariétés, même le meilleur des hommes doit rester vigilant. C’est dans ce contexte qu’il apprend à connaître les limites de son caractère.

Vous ne devez point rechercher, chers amis, les situations douloureuses, mais, lorsqu’elles s’imposent à vous, vous avez pour tâche – sauf dans certains cas exceptionnels – de les supporter avec patience en offrant vos souffrances au Seigneur, et de tenter l’impossible pour y mettre fin, car Dieu aime l’harmonie de Ses enfants au sein de Son Amour.

Il est différentes étapes dans l’amour du prochain. Nous vous avons déjà longuement parlé sur ce sujet, mais comme vous vous interrogez encore, nous allons aborder avec vous le thème de l’amour de prédilection, qui est la forme la plus haute, la plus belle et la plus spirituelle de l’amitié.

L’homme est trop souvent tenté d’assimiler le mot amour à l’attirance qu’il peut éprouver pour la femme. Cependant, l’amour dont nous allons vous parler à présent est tout autre, et se rapprocherait davantage de ce que vous nommez amitié. Il n’est point l’attirance de deux corps mais l’attirance de deux âmes, ce qui fait qu’il peut être vécu aussi bien par des êtres de sexe différent que par des êtres du même sexe.

Le modèle de l’amour non charnel est indiscutablement l’amour filial ou sa réciproque, l’amour paternel et maternel. La Sainte Famille en reste l’exemple le plus sublime.

Vient ensuite l’amour fraternel que Jésus a vécu avec Ses Apôtres et tout particulièrement avec l’Apôtre Jean. L’amour fraternel est une correspondance subtile entre les idéaux de l’un et l’autre des amis, se doublant d’une admiration réciproque pour des qualités souvent différentes mais complémentaires, d’une patience à toute épreuve envers les défauts de l’humaine nature de l’un comme de l’autre, d’un désir d’aider l’autre à acquérir en tout la perfection, d’un zèle incommensurable à lui être agréable à travers la gentillesse, le dévouement, la douceur, la tendresse, et tous ces petits détails de la vie qui contribuent à la rendre plus belle, plus joyeuse, plus pure, dans l’harmonie de la Création originelle.

Chaque moment de joie vécu par l’un – que ce soit au sein de sa famille, dans son travail, dans ses loisirs, avec ses amis – est partagé par l’autre sans réticence ni jalousie : le cœur du second s’enflamme de la joie du premier. Chaque découverte de l’un, qui va le conduire plus près de Dieu, plus en avant sur le chemin de la perfection, est partagée par l’autre, et les deux âmes ensemble font l’ascension des obstacles avec plus de facilité et de courage.

Mais cela n’est pas tout. Le critère le plus sûr pour déterminer l’étape ultime de la perfection de cet amour est celui de la souffrance, dont tant d’êtres humains disent qu’elle n’a aucun sens. Les deux âmes progressant ensemble y deviennent sensibles et comprennent peu à peu sa mystérieuse valeur d’amour. Associée à la Souffrance de Jésus sur la Croix, toute souffrance individuelle offerte à Dieu participe, à son humble dimension, au grand Mystère de Rédemption. Nul amour de prédilection ne peut être vécu s’il n’accepte et même ne désire plus que tout partager avec l’âme aimée les souffrances qu’elle éprouve, et s’il n’est prêt à prendre jusqu’à l’intégralité de ces souffrances pour l’en débarrasser.

Regardez Marie au Calvaire, et ne croyez point que l’amour d’une mère soit si différent de l’amour de prédilection : il en est au contraire le plus absolu et le plus parfait des modèles. Aimer son prochain comme soi-même, chers frères, n’est-ce pas tout partager avec lui, aussi bien ses joies que ses blessures ? Voyez la mère dont l’enfant s’est blessé et pleure à chaudes larmes : n’est-elle pas prête à prendre totalement sa souffrance pour le voir de nouveau sourire ? Et Jésus, dont vous êtes les amis de prédilection, ne s’est-Il pas offert pour tous vos péchés ? N’a-t-Il pas souffert pour tous les travers de l’humaine nature, dont Il désire plus que tout voir celle-ci débarrassée ?

Malheureusement, cet amour de prédilection n’est pas si fréquent : même les meilleurs amis du monde sont bien souvent trop personnels, trop égoïstes, trop orgueilleux. Ils n’osent ouvrir leur cœur totalement à l’autre de crainte d’être jugés ou abandonnés et éprouvent encore bien des difficultés à vivre un véritable altruisme.

Dans l’amitié de prédilection, l’amour l’emporte totalement sur toute forme de réticence à l’effort ; il ne s’agit point de se forcer ou de se sacrifier mais plutôt de s’offrir, de se donner. Quelle merveille, chers frères, que la perfection d’une telle amitié !

Lorsque vous voulez connaître si vraiment vous aimez, si votre amitié a atteint le sommet de la perfection, méditez ce texte et tirez-en les conclusions qui s’imposent. Si vous doutez encore, demandez au Seigneur de travailler votre cœur et d’affiner vos sentiments : quand il s’agit de perfection, Il ne refuse jamais !

Que Dieu vous bénisse et vous aide dans vos épreuves, chers frères aimés. Soyez attentifs au culte marial en ce mois réservé à notre tendre Mère. Priez et vivez dans l’amour de vos frères.

+ Vos frères dans la Paix