Message du 4 août 1991

(Fête du saint Curé d’Ars)

Mes frères,

Vous qui désirez être les amis du Bon Dieu, ne mettez point de barrières à votre progression vers la sainteté. Ah ! mes frères, la sainteté ! quelle merveilleuse espérance pour un être humain qui reste chaque jour confronté aux vicissitudes de la vie dans le monde ! Cette sainteté, mes frères, c’est l’acquisition de la plus grande perfection dès cette terre, et la perfection, c’est vous oublier vous-mêmes pour laisser toutes les qualités, tous les talents que le Bon Dieu vous a confiés s’exprimer à travers vous pour Sa plus grande gloire et le plus grand bien de vos frères humains.

N’avez-vous point remarqué, mes frères, qu’à chaque minute de votre vie, vous tendez toujours à ramener tout à vous-mêmes ? Vous vous inquiétez sans cesse de votre apparence, de votre intelligence, de ce que les autres pensent de vous. Vous vous montrez facilement impatients lorsque les choses ne vont point comme vous l’avez décidé, facilement irritables ou coléreux lorsque vos frères vous contredisent ou contrarient vos projets. Vous aimez tellement à voir le monde autour de vous plier sous votre autorité ! Dans votre vie familiale, pourquoi montrez-vous si peu de délicatesse ? dans votre vie professionnelle, si peu de souplesse ? dans le monde, si peu de simplicité ? Pourquoi cherchez-vous toujours à vous mettre en valeur et à briller de l’éclat factice de l’orgueil ?

Mes frères, comme il est doux, pourtant, de toujours rester simples et tournés vers les autres pour les aider, les aimer et les servir ! Car aimer, ce n’est point s’attacher aux caprices de sa petite personne, mais se détacher de soi-même pour aller vers les autres, vers les plus malheureux. Et ne croyez surtout pas qu’aux yeux du Bon Dieu les plus malheureux soient nécessairement ceux qui ne possèdent rien, ni maison ni argent ! Les plus malheureux, ce sont surtout ceux qui ne connaissent pas le Bon Dieu ou qui Le connaissent mal, ceux qui L’offensent et ceux qui Le rejettent, alors qu’Il est venu en personne sur cette terre pour se faire le Serviteur de toute l’humanité. Alors, mes frères, il vous faut suivre Son Exemple en cheminant dans une voie de perfection, et, pour cela, il vous faut apprendre à Le mieux connaître et à mieux connaître Sa Volonté.

Cependant, au lieu de se tourner vers le Bon Dieu, il y a des hommes qui passent leur temps à se contempler dans le miroir de leur orgueil et de leurs désirs, et qui ne voient toujours devant eux que le reflet d’eux-mêmes et de leur convoitise. Ils aiment à voir les autres les imiter et penser comme eux, parler comme eux et agir comme eux, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils ne sont pas à l’abri de l’erreur car ils ne sont pas le Bon Dieu !

Mes frères, le seul moyen de vous placer à l’abri de l’erreur, c’est de toujours regarder le Bon Dieu au lieu de vous regarder vous-mêmes, et de toujours imiter le Bon Dieu en la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Son Fils, qui a donné à tous les hommes l’exemple de la Perfection.

Mes frères, adoucissez vos cœurs et prenez conscience de vos propres faiblesses au lieu de sans cesse juger et condamner vos frères humains. Combien vous vous montrez peu charitables envers eux, peu attentifs à leur misère, méprisants, moqueurs, froids ou indifférents ! Le pécheur ne doit pas être condamné. Le Bon Dieu lui a laissé sa chance : de quel droit la lui ôteriez-vous ? et par quelle autorité ? Vous savez, mes frères, le Bon Dieu est toute Miséricorde, et, si profond que tombe le pécheur dans l’abîme de l’égoïsme, du vice ou de la perversion, Notre Seigneur va rechercher immédiatement la brebis perdue, sur un seul appel au secours lancé du fond du gouffre ! Vous voyez, c’est cela qu’il y a de plus merveilleux avec le Bon Dieu, qui est pour tous les hommes non pas une force abstraite et insaisissable mais un véritable Père, un Père bon et aimant comme les pères humains, un Père qui connaît chacun d’entre vous beaucoup mieux encore qu’il ne se connaît lui-même.

Et le Bon Dieu aime tous les hommes, du plus petit enfant au plus vénérable vieillard, du plus brillant chercheur au plus simplet des êtres, du plus beau des athlètes au plus chétif des malades. Car le Bon Dieu ne saurait juger les hommes sur de simples apparences comme les hommes eux-mêmes aiment tant à le faire, mais sur l’éclat de leur âme, sur la chaleur de leur cœur et sur l’ardeur qu’ils ont à L’aimer et à aimer leurs frères.

Alors, mes frères, comment peut-on aimer le Bon Dieu, et comment peut-on Lui plaire, direz-vous ? Voilà tout un programme !

En premier lieu, il vous faut briser le miroir dans lequel vous vous contemplez sans cesse : départez-vous de votre personne orgueilleuse et égoïste, et, en même temps, de ce si grave péché qui a causé la chute de l’homme et que le Fils de Dieu est venu racheter, et ouvrez vos cœurs tout grands à l’Amour du Bon Dieu. Laissez-vous aimer par Lui en vous abandonnant à Sa Volonté comme tant de personnes s’abandonnent aux rayons du soleil en été, et laissez-vous aimer par le Bon Dieu en restant fidèles aux Commandements qu’Il vous a transmis par Son Église, sans toujours chercher à les adapter à vos propres exigences ou à vos propres idées mais en les vivant dans l’obéissance, avec votre cœur.

Aimer le Bon Dieu, mes frères, n’est-ce pas d’abord rester obéissant à Sa Parole ? Et pourtant, il est tant et tant de chrétiens qui, aujourd’hui, l’interprètent à leur manière, cette Parole ! qui la déforment et la dépouillent de son sens pour lui en donner un nouveau qu’ils trouvent plus adapté à leur temps !

Tout cela n’est que piège du Diable ! Car la Parole de Dieu n’est pas, mes frères, une parole de facilité ! Elle est une Parole d’obéissance, et celui qui la veut observer jusqu’au bout doit prendre sa croix et suivre Notre Seigneur sans rechigner, sans tenter de troquer sa croix contre une moins lourde. Mes frères, la Parole de Dieu est très exigeante, et les chrétiens qui croient que le Bon Dieu accueillera au Ciel tous les hommes sont dans l’erreur ! N’est-il pas dit, en effet : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » (Mt 22, 14) ? Alors, soyez de bons chrétiens !

Le bon chrétien n’est pas un adepte du monde, qui vit selon la chair dans l’égoïsme, les passions et la concupiscence, ne cherchant qu’à briller aux yeux des autres et à les soumettre à ses volontés ! Non, mes frères ! Le bon-chrétien est un adepte du Ciel, qui vit selon l’Esprit dans l’humilité, la modération, la chasteté, ne cherchant qu’à aimer et à plaire au Bon Dieu.

Prenons, mes frères, quelques exemples :

Lorsque vous vous querellez, qu’est-ce qui vous retient de faire le premier pas vers la réconciliation ? Votre orgueil et votre amour-propre, sans aucun doute ! Vous voulez toujours avoir raison et refusez de vous humilier, mais vous savez pourtant ce qui plairait au Bon Dieu, n’est-ce pas ? Alors, réconciliez-vous entre vous, sachez reconnaître vos torts et vous montrer magnanimes lorsque d’autres se sont trompés. Dans vos familles, que de hargne à cause des affaires d’argent ou de succession ! Avec vos frères, que de fausseté, que de convoitise, que d’impureté ! Ah ! mon Dieu, que tout cela est laid et combien votre âme en souffre ! Combien le Démon, qui est le maître de la discorde, aime à vous voir divisés !

Sachez donc, mes frères, vous faire tout petits afin de tout arranger, de tout réparer. L’amour ne doit-il pas, en effet, être le plus fort et venir à bout des mésententes et des querelles ? S’il n’en est pas ainsi, c’est, mes frères, que vous n’aimez pas suffisamment !

Lorsque vous avez commis quelque faute grave, qu’est-ce qui vous retient d’aller la confesser auprès d’un prêtre ? Votre orgueil et votre amour-propre, sans aucun doute ! Vous vous dites : « Qu’est-ce que cet homme va penser de moi ? » alors que cet homme est l’oreille du Bon Dieu. Et vous préférez en demander pardon directement au Bon Dieu, croyant qu’Il va vous exaucer. Mais écoutez ceci : lorsque vous demandez une livre de farine à votre boulanger, il attend que vous lui tendiez votre argent, sinon, vous n’obtiendrez pas ce que vous désirez. L’argent, vous l’avez gagné à la sueur de votre front et il vous permet ensuite d’acquérir quelque bien. De même, le pardon de vos péchés se gagne à la sincérité de votre humiliation auprès d’un prêtre, seul être à qui Notre Seigneur ait donné le pouvoir d’absolution. Si vous vous confessez directement au Bon Dieu, vous êtes encore comme ces passagers clandestins qui parviennent à s’immiscer dans la cale d’un bateau et qui font tout le chemin jusqu’à une terre étrangère, mais qui, arrivés là-bas, sont découverts, et, n’étant pas en règle, sont renvoyés à leur point de départ. La Confession, en effet, est un Sacrement dont l’homme ne peut recevoir la Grâce que s’il s’y soumet avec humilité, obéissance et amour.

Mes frères, confessez-vous donc fréquemment et balayez ainsi votre âme de toutes les imperfections qui l’empêchent d’accueillir totalement Notre Seigneur, afin que vous puissiez dire avec l’Apôtre : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2, 20) !

Par de fréquentes confessions, votre âme deviendra semblable à une demeure dont les vitres propres* laissent entrer à profusion les rayons du soleil, et c’est cette même lumière qui vous révélera petit à petit les coins de poussière qu’il reste encore à nettoyer. Plus vous serez obéissants au Bon Dieu, et plus Il vous accordera de Grâces, et, en particulier, celles de rester à l’écoute de Son Esprit de Vérité et de Discernement, et de recevoir dans une âme pure la Nourriture Spirituelle qu’Il a laissée aux hommes en héritage pour les faire vivre de perfection.

Cependant, combien de chrétiens s’éloignent de l’Église parce qu’ils ne veulent plus obéir à sa Loi, comme des enfants rétifs s’éloignent de leurs parents à leur majorité parce que ces derniers ont voulu les préserver des pièges du monde ! Et que croyez-vous, mes frères, que veuille faire de vous l’Église ? des êtres malheureux, privés de nourritures terrestres ? Non point ! Elle désire seulement, comme des parents aimants, préserver ses enfants des pièges et des poisons du monde, les préserver de l’accoutumance au matérialisme et aux choses malsaines. C’est pourquoi, bien que le monde se laisse de plus en plus dominer par l’argent et les plaisirs des sens, l’Église n’ôte pas un iota de l’Enseignement de Notre Seigneur, qui conservera toujours toute son exigence.

L’enfant qui s’éloigne de ses bons parents se laisse peu à peu infester par le démon de la contestation et sombre dans la violence, les jouissances malsaines et l’impureté, pour parfois ne jamais plus s’en relever. De même, le chrétien qui s’éloigne de la Confession, de la Sainte Communion et de la prière se coupe de l’état de Grâce pour se laisser lui aussi envahir par le démon de la contestation : il ne veut plus que Dieu décide à travers Son Église de ce qui est bon pour lui. Il veut décider par lui-même et imposer à l’Église et au Bon Dieu ses propres volontés ! Puis, comme l’Église n’accepte pas ses doléances, il finit par se créer sa propre religion. Ah ! mes frères, quel orgueil ! quel manque de foi ! quel irrespect !

Si une vertu doit être placée en premier dans la hiérarchie des vertus qui plaisent au Bon Dieu, c’est bien l’obéissance par amour, comme le Fils a obéi par Amour à la Volonté du Père. Lorsque des parents conseillent leurs enfants à la lumière de leur propre expérience de la vie afin de leur éviter de commettre les mêmes erreurs qu’eux, n’est-il pas plus sage que les enfants les écoutent avec amour et respect, même s’ils ne comprennent pas encore que tel est leur intérêt ? Suivez donc fidèlement l’Enseignement de l’Église, mes frères, et que l’esprit de rébellion, qui nuit tant à l’amour, à l’unité et à l’harmonie en Notre-Seigneur Jésus-Christ, soit maudit ! Car si l’Église, dans sa grande sagesse, conseille l’homme sur la manière dont il se doit comporter, c’est afin que ce dernier évite les erreurs et qu’il progresse en toute sécurité sur les traces du Sauveur.

Que dire de plus, mes frères ?

Que le Ciel tout entier souffre de voir aujourd’hui tant de haine, tant de violence, tant de corruption, tant d’impureté, tant d’irrespect envers le Bon Dieu, envers les hommes et envers la vie !

Que le Ciel tout entier souffre de voir les hommes mépriser l’Enseignement de l’Église et les paroles du Pape, et rejeter les Sacrements au profit de mouvements ou de sectes auprès desquels ils vont rechercher leur ration de surnaturel : d’un surnaturel insoumis à l’Église et insoumis à Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui seul tout pouvoir a été donné au Ciel et sur la terre (cf. Mt 28, 18) ; d’un surnaturel séduisant qui respire le mensonge et la fausseté dès lors qu’il n’est pas abordé dans l’obéissance à ce même Seigneur ! Que le Ciel tout entier souffre de voir les hommes si peu humbles et si peu obéissants, si peu portés vers la prière et vers la vraie charité, celle qui n’attend rien en échange d’un geste généreux.

« Nul ne va vers le Père sans passer par Moi. » (Jn 14, 6) dit Notre Seigneur. Si vous êtes de bons chrétiens, mes frères, vous ne vous hérisserez pas en entendant cette parole, mais vous comprendrez avec votre cœur qu’elle contient toute la vérité puisque, à Lui seul, Notre Seigneur est le Chemin et la Vie (cf. Jn 14, 6). Que pourriez-vous désirer de plus ?

Dans cet esprit de perfection qu’Il nous a enseigné, sachez donc redevenir de ces petits enfants qu’Il affectionnait tant, et vous soumettre avec amour à la Confession, ne serait-ce que par obéissance si vous n’en avez encore point compris la véritable signification.

Sachez aussi vous souvenir que vous avez au Ciel une Maman, et que vous pouvez vous blottir sur Son Sein Immaculé pour qu’Elle transforme vos cœurs en des cœurs doux et charitables, certes, mais aussi en des cœurs soumis à la Sainte Église, car dans le domaine spirituel, mes frères, la sincérité ne fait pas tout, alors que l’obéissance, quand elle s’accompagne d’efforts et de souffrances, conduit inéluctablement au Bon Dieu sur les traces mêmes de Son Fils. Puissiez-vous suivre tel Chemin ! C’est ce que je vous souhaite.

+ Jean-Marie Vianney, prêtre

 

* v. Message du 20 juillet 1984 in Un Souffle qui passe…, Tome 1.